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Publié le par Violette

 

8 x 8 = 64  et  6 + 4 = 10

Autrement dit: 1 (l'homme) et 0 (la femme), entre les deux, leur énergie respective, avec le 8 avant et le 8 arrière... Comment introduire le mystère des Huit qui s'invite aux origines du tango argentin? Le nombre 64 nous renvoie également à l'échiquier... 1880, c'est ici que la partie commence...

 

Le tango nous vient des esclaves noirs, du candombé d'origine africaine, nous dit-on, ça fait 69 fois que vous devez lire cela. Mais bien avant que les danseuses européennes dessinent des huit avant et des huit arrière avec leurs talons-aiguilles, esquissent leur plus bel ocho cortado, saviez-vous que l'année de naissance officielle de la Reine des danses sur les berges du Rio de la Plata, contient l'une des plus grandes énigmes qui plane encore de nos jours sur nos milongas: officiellement le tango argentin est né en 1880, nous avons déjà un doublon de 8...

Etant particulièrement attachée aux secrets des chiffres et des nombres, je me permets de vous soumettre une remarque sans doute tirée par les cheveux ~ blonde que je suis: 1880, de part et d'autre de nos célèbres huit avant et huit arrière (l'un étant devant l'autre), l'homme et la femme sont évoqués; le chiffre un, symbole phallique, la barre érigée, ou digne représentant de l'Obélisque de Buenos Aires, situé à l'intersection des avenues Corrientes et 9 de julio, sur la Plaza de la Repùblica,  et... le zéro, qui évoque le rond, le cercle, l'oeuf, le ventre de la femme enceinte.

 

Je vous prie de bien vouloir m'excuser, car, en règle générale, j'évite de sombrer dans l'érotism... ésotérisme et des interprétations abusives susceptibles de blesser quelques historiens du tango rioplatense. Je suis surtout l'esclave des mots bien avant d'être enchaînée aux lois de la numérologie et au caractère divin du nombre d'or.

C'est bien connu, les femmes sont attirées par les filières littéraires, les hommes enfermés davantage dans le rôle du matheux. Néanmoins, je demeure bonne comptable, et plus il y a de zéros derrière un chiffre, plus je m'en réjouis.

 

Esclave des mots, mais surtout l'esclave des pas et des pivots, des huit, ochos atras y adelante, du tour à gauche, puis du tour à droite, de la media Luna et du ocho cortado, l'enfer du giro et controgiro, que nos cavaliers nous imposent sans vergogne, Danaïde de la milonga, les chevilles bridées, comme un fer aux pieds, perchée et punie sur mes talons aiguilles, danseuse soumise à la cadena, des figures inlassablement enchaînées, tournantes et virevoltantes, histoire que mon partenaire me fasse tourner la tête, que je tombe étourdie dans ses bras, qu'il fasse de moi ce qu'il veut tant j'appartiens carrément... au tango, à son étreinte de soie et de braise, à son abrazo tendre ou contraignant, des positions qui parfois vont jusqu'à torturer notre squelette, nos tendons, nos muscles et nos chairs, une tourmente soixante-quatre fois répétée par ses huit infernaux, ses chaînes dont chaque pas avec pivot constitue le maillon secret des origines d'une danse issue des esclaves africains et des prostibulos des quartiers de Buenos Aires et de Montevideo.

Les origines du tango ~ 1880, naissance officielle d'une danse universelle

Les origines du tango ~ 1880, naissance officielle d'une danse universelle

Une belle, néanmoins triste, histoire qui commence avec la traite des noirs en Amérique du sud, si les origines du tango se nourrissent des souffrances et des espoirs fomentés par l'esclavage humain, on n'a pas fini de se plonger dans ce grand livre vivant et passionnant du tango rioplatense: 1880, tel pourrait être son titre, à l'instar du roman d'anticipation de George Orwell, 1984, où il est encore question.... d'esclavagisme, d'exploitation de l'homme par l'homme!

 

Cela nous semble si simple... quatre chiffres, une année, à partir du candombé et de la habanera, 1880, naissance officielle d'une danse qui deviendra universelle, inscrite désormais sur la liste des patrimoines "immatériels" à l'UNESCO, et vécue, partagée, sous forme d'une thérapie, ou d'une addiction, par des millions de danseurs et danseuses, dans les milongas éparpillées aux quatre coins de la planète.

Des champs de coton au yerba maté, des percussions africaines au bandonéon allemand, du canyengue jusqu'aux valses et tangos aux violons sirupeux des années 1965, des dictatures en Argentine à la suprématie du rock'n'roll... le tango argentin (uruguayen et chilien) a survécu, et s'est déchaîné dans le monde entier! Et nous, à notre tour, nous en sommes devenus les esclaves dignes!

Les codes de Buenos Aires, mirada et cabeceo, les règles du bal

Les codes de Buenos Aires, mirada et cabeceo, les règles du bal

 

Quelle est la place de l'Homme sur terre, dans l'univers?

Et de la Femme... dans nos milongas?

 

 

"L'Homme est la seule créature qui consomme sans produire. Il ne donne pas de lait, il ne pond pas d'œufs, il est trop débile pour pousser la charrue, bien trop lent pour attraper un lapin. Pourtant le voici suzerain de tous les animaux. Il distribue les tâches entre eux, mais ne leur donne en retour que la maigre pitance qui les maintient en vie..." Citation, extrait de "La Ferme des Animaux", George Orwell.

 

Quand je me soumets aux règles de nos machos de danseurs dont certains aiment sévir ou dominer dans les bals, ainsi qu'aux codes portègnes, à la loi si rigide de la mirada et du cabeceo, j'en viens souvent à me poser ce genre de questions...

 

"Si tu sers un maître ingrat, continue de le servir" (auteur inconnu)... Et Dieu sait que le tango argentin est un maître ingrat!

 

1880 un ésotérisme du tango argentin, huit avant huit arrière, ocho atras y adelante, ocho cortado, mystère dans le couple qui danse

 

Quelle est ma place en tant que tanguera, en tant que femme, en tant qu'être humain?

Moi qui veux tellement diriger ma vie, je m'aperçois que ma créativité, mon inspiration de muse, les méandres de ma grâce féminine et le mystère de mes élans gothiques, trouvent leur véritable naissance dans ma condition de suiveuse milonguera et de femme encore relativement déchue par un vieux patriarcat phallocratiquement exacerbant, parce que je me sens non seulement et injustement étriquée dans la milonga, mais encore fort esseulée, et vulnérable dans mon existence quotidienne de femme transgenre... je puise à travers ma trans identité, des ressources invraisemblables. Ne s'agit-il point de (sur)vivre au milieu de la norme hétéro du bal?

La contrainte, gage de progrès spectaculaires en tango argentin ~ une règle sadienne qui s'immisce sournoisement pendant les 50 nuances roses de mes huit avant, arrière, avant, arrière:

 

Voici ladite règle, exclue des trésors du droit françois, fort éloignée d'une philosophie du boudoir, que Monsieur le Marquis puisse pardonner mes incartades si je fesse en parodie sa Justine, ayant bien affaire, fière un tant soit peu effrontée, avec le travail de mes propres fessiers et galbe de mes gambettes sur des exercices de technique de lady, exercices qui n'eussent été l'équivalence d'une séance de la Très Sainte Inquisition, si je n'avais pris le soin d'ôter à leurs prémisses toute la quintessence machiavélique qu'il n'est point urgent de citer en ce lieu, sans quoi, mon enchaînement didactique d'ochos atras y adelante eût pris la tournure malencontreuse d'une soumission à un genre décliné du trepalium, ici à ne pas confondre avec la série télévisée française d'anticipation dont je n'ai pas pu suivre, à ce jour, un seul des épisodes, puisqu'il y a huit années de cela, possédé par l'un de mes plus effroyables courroux, j'avais jeté par la fenêtre, au quatrième étage, mon téléviseur à écran plat que je croyais responsable d'un endoctrinement très avancé à côté duquel, par mesure de précaution - ou sous l'influence d'une intuition servie d'une manière attendrissante par mon ange gardien, à moins que ce ne fût par ma Très Chère Sainte Blandine de Lyon, patronne des servantes, esclave et martyre chrétienne attachée à un poteau, livrée sous Marc Aurèle en pâture à l'arène, par la suite fouettée, les bêtes n'ayant pas voulu d'elle, puis brûlée, et encore mise en filet et présentée à la férocité du taureau, renvoyée en prison, pour finir en août 177, égorgée par le bourreau sous la curiosité grégaire de la foule médusée par son calme d'un autre monde et sa foi inébranlable -, mes décisions de jadis n'allaient pas tarder à me conduire sur le chemin de la Reine des danses, ses effets salvateurs et bienfaits thérapeutiques.

Publié dans tango

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