Aux portes de l'Orient

Publié le par Frédéric Zarod

Tango Mystique - chapitre 10

 

Comment ai-je franchi les portes de l'Orient sans passer par Buenos Aires?

Je suis l'orgueilleux, le jaloux, le médisant, ma rage de dents était égale à ma haine, Dieu m'a chassé de la société des hommes, j'ai glissé mon corps, l'ai traîné jusque dans vos milongas, vaincu par les démons, à bout de souffle, je cherchais la Lumière, le Sauveur parmi vous, mais vous m'avez caché sa Présence, vous avez fait un cercle autour de mon âme, l'obscurité s'est rabattue sur ma face, je suis redevenu aveugle, moi l'orphelin, j'ai essuyé vos refus, vos excuses glaciales et moqueuses, votre mirada était toujours pour celui d'à côté, mon coeur n'était déjà plus de la pierre, mais ma main ne voulait toujours pas s'ouvrir, je voulais prendre le tango, et le tango m'a brisé une seconde fois. Alors je me suis tourné aux portes de l'Orient.

Je n'ai pas traversé la Méditerranée, malgré l'Italie au bout de mon bras gauche, l'Espagne à l'extrêmité de la main droite, j'ai fait un cauchemar, j'ai rêvé que mon bateau de fortune s'était échoué sur les récifs, que j'avais terminé ma vie de danseur maudit sur les plages de la Corse, j'ai fait un souhait, en me gardant bien de m'adresser à un djinn, j'ai prié pour que les courants emportent mon embarcation vers les contrées lointaines... Istanbul n'était qu'un rêve. Mais j'étais revenu dans ma Provence, le mistral de mon enfance, les chênes verts, les parfums de lavande, la saveur des olives, et ce ciel azur que désirent les gens du nord.

Comment ai-je franchi les portes de l'Orient?

Mes rêves de Buenos Aires, je les ai remis à plus tard, au port de Marseille, je n'ai jamais vu le Sarmiento jeter l'ancre. El choclo, desde el alma, milonga sentimental, des partitions de tango se sont envolées et j'ai appris à rester debout, vacillant, tremblant sur mes jambes, les épaules lourdes, chargées du poids de mes erreurs... Je suis monté à des échelles, j'ai scié du bois, monté des murs, couvert des charpentes, transporté nuits et jours des marchandises, conduit des remorques de quarante tonnes, et creusé des fossés, coulé du béton et du mortier, buriné des façades, installé des gaines électriques, chargé et déchargé des camions, mais je n'avais encore jamais guidé... une femme.

Dans mon égarement, alors, j'ai prié le Seigneur.

Ô mon Jésus

Pardonne moi mes péchés

Préserve moi du feu de l'enfer

Conduis mon âme vers le Père tout-puissant, j'ai tellement besoin de ta miséricorde,

Je danse depuis si longtemps que je me suis éloigné de Ta Lumière,

Le tango ne veut pas de mon orgueil, de ma jalousie, de ma médisance,

Pourtant je veux connaître les secrets du tango,

Les secrets du guidage, de la connexion,

J'entends sa musique, mais comment la faire descendre dans mon corps,

Partager sa beauté avec ma danseuse,

Entend ma prière, et qu'il en soit fait selon la Volonté de Dieu

Amen

 

J'ai franchis les portes de l'Orient. Le Tout-Puissant m'a répondu. Pourquoi faire le tour du monde, si je n'ai pas été capable de faire une seule fois le tour de moi-même?

Je me suis tourné vers les portes secrètes de l'Orient, en vérité que ceux qui ont des oreilles entendent.


Aujourd'hui l'anachorète est parti, dans ces montagnes que les plaines vomissent, dans ces rochers que les prairies détestent, je prie jour et nuit, je me tiens debout sur une seule jambe, les pluies diluviennes m'ont ébranlé, les tempêtes de neige ont glacé ma chair, je suis tombé, la fièvre m'a emporté, j'ai fait des rêves, des anges m'ont visité, mais des diables aussi, j'ai fait un vol qui a duré une éternité, et d'un vol, j'en ai fait mille, je suis tombé comme tombent les pierres en colère,
je suis tombé si bas, si bas, que de mon vol j'en ai fait une habitude, j'ai chuté si droit, que j'ai appris ce qu'est l'axe, m'a colonne s'est brisée,
j'ai demandé pardon au Seigneur, j'ai prié Jésus, Dieu ne m'a pas répondu,
je suis l'orgueilleux, le jaloux, le médisant, j'ai dormi, vomi, pardonné dans cette grotte.


Dans deux jours, le nouveau soleil, ma barbe est couverte de moisissure et de champignons, mes phalanges sont des racines, mes regards des stalactites, il faut dire que j'ai tant pleuré, que mon corps est comme un bois mort, j'ai mille ans, les sombres nuages forment un rideau devant mon abri de fortune, ce matin, une vieille femme est venue, m'a offert du beurre et une galette de blé, le festin a réchauffé mes entrailles et aussi mon coeur.


J'ai demandé à Dieu: "Seigneur, je ne veux plus du tango, mais pourquoi j'y pense encore ce matin?" Un ange est passé. Est-ce lui qui a déposé les secrets du guidage et de la connexion dans mon ventre?

Avignon le 22 décembre

Tango Mystique:

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