Le tango me rend médium

Publié le par Frédéric Zarod

Cette nuit, j'ai eu encore une vision, oui, le tango me rend médium, c'est à cause de l'abrazo, l'abrazo comment dire, ça vous met dans tous les états, faut pas être sensible, pour danser le tango, parce que cette danse, elle vous tord les boyaux, vous mélange les pinceaux, vous décoiffe sur le parquet, un parquet flottant, alors ça tangue, ça nous arrange des histoires d'amour, des amourettes par temps de flotte, des aventures qu'on a l'impression de vivre, mais qu'on n'vit pas, mais qu'on n'vit pas.

En vrai, le tango, ça ressemble à une passerelle, t'es entre deux mondes, entre deux rives, et sur le pont de Saint-Bénézet, moi, je vois BsAs, sur le pont, je fais un pas de plus, j'en deviens un médium, loin de Buenos Aires, je veux dire, un intermédiaire, un intermédiaire du spectacle, celui des pauvres gens, ceux d'à côté, ceux d'ailleurs, les gens qui dansent, vous et moi, vous voyez Madame, c'est aimanté, là, mon coeur est un aimant quand je danse, le bal, c'est le paradis des femmes qui peuvent séduire sans danger, on fait semblant, hein, la vida es una milonga, le bal c'est toute une vie, oui, et toi, tu leur fais du pied, c'est le seul endroit où tu n'te prends pas de gifle pour ça, ils disent comme ça, le tango, c'est une danse de.... c'est un pas de deux, en vérité, t'es rempli d'affection, t'es plein de tendresse, et de la tendresse, j'en vois plein dans les yeux des danseuses, c'est beau, le tango, et j'ai eu cette vision...

Je rentre dans une milonga, et ça commence comme ça, chez ces gens-là, et la tanda suivante, c'est au suivant, au suivant, et la tanda qui suit, c'est encore Grand Jacques, je suis heureux, jusqu'à la cumparsita, c'est Jacques, c'est Brel, le diable, les marquises, voir un ami pleurer. En guise de cumparsita, c'est.... ne me quittes pas, oui, ne me quittes pas... enfin, non, ne me quittes pas, pas tout de suite, laisse-moi être encore un peu... dans tes bras, juste encore, juste un peu.

 

Avignon le 20 juin 2015

 

Chez ces gens-là, Jacques Brel

"Sur la place chauffée au soleil, une fille s'est mise à danser. Elle tourne toujours pareille aux danseuses d'antiquités..." Sur la place, Jacques Brel, 1953

Ma série Les Tangotitudes, été 2013

"Quand je bois les mots" Mon hommage à Jacques Brel, un clin d'oeil à Marseille, à ma Provence, et au tango argentin, té ! (vous pouvez lire le texte intégral dans mon blog Tango Plume)

"El astròloco" Flavio Tagini, album Tango para 7 locos, inspiré de l'oeuvre de Roberto Arlt, et dédicacé par Horacio Ferrer

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