La plume, le sabre et l'éventail

Publié le par Frédéric Zarod

La plume, le sabre et l'éventail - Musique: "Por una cabeza" (Carlos Gardel)

 

Est-ce que l'habit fait le moine? J'ai l'impression d'avoir été un samouraï dans une vie antérieure. Désolé, je n'ai pas encore invité de geisha.

Eh! oh! Je vous rappelle qu'une geisha est une personne qui exerce les arts, le terme remontant au XVII ième siècle.

"Leur fonction n’a d’autre objectif que celui de servir et divertir une clientèle aisée par la conversation, les arts et le jeu. Il est donc établi qu’une « Geisha » ne se livre pas à la prostitution." (citation source: GEISHA & MAIKO dans Click Japan).

En Argentine, je vous l'accorde, il y avait les prostibulos, en français on dit bordel, et le tango argentin a cette sulfureuse réputation de confondre la danseuse de tango avec la prostituée. Historiquement, ce serait reconnu comme tel, contrairement à cette confusion entre la geisha et la fille de joie, mais là... je veux bien admettre qu'il y avait un code du bushido, quand même... Les poules de luxe qui maniaient aussi bien l'art que le glaive, c'est vieux comme Hérode.

A propos, ça me rappelle une chanson de Jacques Brel, L'Air de la Bêtise:

"Pour nous faire oublier

Que les putains les vraies

Sont celles qui font payer

Pas avant mais après"

(Les Nouvelles Editions musicales Caravelle, Paris, 1957)

C'est pour dire! L'argent, le sexe, le pouvoir, rien de nouveau sous le soleil, et qu'est-ce qu'elle est vieille cette histoire de la fille de maison close qui déploie l'art et la manière, les charmes qui vont avec, pour s'en sortir, rejoindre le palais d'un prince?

Mais depuis, côté tango argentin, on a pris soin de bien dissocier les deux... Cela n'empêche pas quelques dérapages sur le plan cinématographique argentin, comme par exemple avec "La puta y la ballena" (film de 2004). Si vous êtes sages, je vous mettrai le trailer à la fin de cet article!

 

Revenons à notre samouraï... Attention Fred, ne t'identifie pas trop à ton rôle, un sabre japonais, ça peut être dangereux! A défaut de tanguera, qu'est-ce que vous voulez, j'ai pris ce que j'avais sous la main, à savoir, un katana qui traînait par là.

Danser et surtout s'entraîner en solo, c'est à double tranchant, j'ai comme cette épée Damoclès au-dessus de ma tête, et j'entends - oui, j'entends des voix, le tango m'a rendu médium - j'entends des gens dire: "Fastoche, danser tout seul, maintenant, montre-nous un peu avec une danseuse, que tu fasses un peu moins le malin..."

Finalement, le règne des apparences sert bien la pensée unique: qu'il est bien plus difficile de danser le tango argentin en solo qu'avec une danseuse, moi je vous le dis, on ne peut pas faire de figures, par exemple, ni la volcada, ni la colgada, une barrida n'a pas vraiment de sens, et je ne vous le fais pas dire! Quant à la marche croisée et marche parallèle, là, ça n'existe même plus!

Tango solo, tango uno, là, t'es tout seul, il n'y a pas une pulpeuse tanguera robe échancrée chaussures à talons comme il faut, pour te donner le change, pour calfeutrer tes pieds de travers, ta perte d'équilibre, on ne voit.... que toi. T'es pas dans la merde, si je peux me permettre cette expression. M'enfin, je peux me permettre pas mal de chose, té! C'est mon blog ici, non? Je vous taquine, ô Bonne Mère! 

 

La plume, le katana, l'éventail, le chapeau en cuir, l'écharpe blanche, la veste de costume, les chaussures de tango argentin, avec des talons blancs, derrière mes accessoires et mes vêtements, je travaille mon centre de gravité, mes transferts de poids, mes appuis, ma pierna libre (jambe libre/free leg).

Danseur de tango, mes entraînements solo visent un abrazo de soie, une connexion de satin, un guidage de velours, avec un axe droit comme un glaive, une intention de fer.

J'entre dans ma dizième année de tango argentin, toujours avec cette persévérance d'acier, la passion de la danse de couple, l'amour-tango, tout simplement...

 

Voir également mes vidéos improvisation/entraînement: 


n°81 Milonguero VS Samouraï (L'Encuentro du siècle)

n°82 La Plume et l'Epée

n°83 Tanguera Katana

 

Avignon, le 3 août 2015

La Plume, le Sabre et l'Eventail - Musique: "Por una cabeza" (Carlos Gardel)

Film argentin 2004: "La puta y la ballena" - Trailer

L'air de la bêtise, Jacques Brel

Becoming a Geisha

Musique japonaise

El choclo, Angel Vargas

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