Adolescent fantôme

Publié le par Frédéric Zarod

   
C'est un adolescent gentil, il ne se fait jamais remarquer, c'est un enfant qui ne fait pas de bêtise, il est sage... trop gentil, trop sage, c'est un fantôme.

Peur de mal faire, peur de la punition, peur d'attirer l'attention, peur du regard des autres, voilà quelques éléments qui caractérisent l'être qui s'enferme dans le rôle du fantôme.


Dans la page Facebook de Serge Tracy, psychologue, conférencier et auteur du livre : "De psychologue à psychotique, l'homme derrière les étiquettes" (Editions Bénévent), une phrase a retenu particulièrement mon attention : "J’étais même probablement en détresse, mais je n’avais personne vers qui me tourner".

La scolarité est vécue pour certains êtres comme un enfer, une blessante épreuve vécue en silence, chaque jour, parfois chaque heure. L'angoisse est là, de jour comme de nuit... on ne pense même pas, on n'ose pas, crier à l'aide. Un passé qu'on veut oublier... On l'oublie, mais l'angoisse se tapit encore dans l'ombre, et surgit sous des formes chaque fois inattendues.

Sujet préoccupant devant l'actualité : en 2013 encore, les harcèlements et humiliations au collège provoquent le suicide. 


Quand on sort de la scolarité, on croit enfin échapper à cette torture silencieuse vécue sans pouvoir croiser un adulte avec l'intelligence du coeur... Ces adultes-ci sont très très rares... ils n'existent peut-être pas?

Et la vie professionnelle commence.... et quelques années plus tard le cauchemar reprend de plus bel. Le cauchemar n'a en fait jamais cessé. Mais on quitte la maison familiale, on s'empresse de prendre le premier boulot qui nous assure l'indépendance, cette pseudo-autonomie qu'on croit avoir parce qu'on a un travail et de l'argent sur son compte.

L'angoisse est apaisée, parce qu'on s'en va avec une femme, qui deviendra la mère de son enfant... Cette première femme, c'est comme une sauveuse, celle qui nous délivre un certain temps de notre angoisse silencieuse qui nous torture depuis l'enfance. Mais très vite, elle resurgit, subrepticement. On la dissimule. Parce que l'on s'aperçoit que la compagne attend que vous jouiez un rôle auquel elle a tous les droits de s'attendre : celui de compagnon de route, puis chef de famille. On tient le coup, on serre les dents. Après plusieurs années, on craque. L'angoisse s'exprime. Et l'on se retrouve de nouveau seul, sans comprendre ce qui se passe.




Pendant l'adolescence, des jeunes vivent perpétuellement dans l'angoisse, et ils n'osent pas l'exprimer : ni les parents, ni les profs s'en aperçoivent. Pire, quand l'enfant en question a des résultats qui baissent, un professeur finit par lui coller une réprimande, convocation du parent, etc.... L'adolescent est puni, et personne pendant ce temps ne se rend compte de rien. Cette angoisse silencieuse, qu'il cache, parce qu'il en a honte, "pourquoi je ne suis pas comme les autres?", ressurgira d'une manière amplifiée 10 ans, 20 ans plus tard.... Mais une fois adulte, après un premier échec sentimental, cette personne n'arrivera peut-être plus à s'adapter à la Société.


Des vies ruinées, des échecs perpétuels, des destins abîmés parce que les adultes demeurent dans leurs cadres de la norme, pensant à la place de leur enfant, complètement indifférents devant les moindres signes d'une défaillance. Mêmes les psychologues scolaires ne parviennent pas à repérer ces adolescents fantômes. Certains d'eux les réprimandent même parce qu'ils se croient en face d'un ado standard, qui réagira normalement dès la première leçon de moral.

Seulement il existe des enfants qui ont honte d'exprimer quoi que ce soit : ils se sentent si coupables d'exister, de respirer, de faire du bruit avec leurs semelles quand ils marchent dans la rue, qu'ils ne penseront jamais qu'ils aient le droit de dire simplement que rien ne va chez eux, qu'ils ont mal, vraiment, en dedans d'eux-mêmes.

Dommage qu'on ne puisse pas libérer la parole de ces enfants, de ces adolescents : ce ne sont pas des cancres, ils ne font aucune bêtise, ils ont tellement honte d'exister qu'ils font tout pour ne pas "déranger".



L'enfant fantôme, l'adolescent fantôme,  existe bel et bien. Son angoisse ne s'arrête jamais : il vit en faisant semblant d'être comme tout le monde. Il est convaincu qu'il est normal : il ne se reconnaît parfois et vaguement dans certains troubles, mais en vérité, aucun psychiatre ne pourra jamais inventer un seul trouble, une seule étiquette, pour y enfermer jamais plus d'une seule et unique personne dedans...

Cet enfant, puis cet adolescent, puis l'adulte, est un être sensible, qui peut-être à juste titre, s'afflige la punition d'appliquer au pied de la lettre les règles morales que la société dicte au sein de la population.

Il respectera toujours les autres avant lui-même. Il donne raison d'abord à l'Autre, pensant que le respect commence par celui des autres. Il croit avec conviction à un ordre moral que finalement personne ne respecte.

Il est attaché aux paroles de la Mère, du Père, et des représentants de l'autorité... Il ne s'adaptera jamais à la réalité d'une société du mensonge dont les membres ne font que tricher...

L'adolescent fantôme essaie vainement d'obéir à une seule loi : "Je dis ce que je fais, et je fais ce que je dis". Mais le fossé entre les paroles moralisantes et la réalité se creuse jusqu'au jour où l'être se sent déchiré entre son mental rempli d'injonctions qui finissent par se contredire et la réalité de son être qui ne parvient pas à être lui-même, avec ses défauts et ses qualités.
 
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Laret 13/03/2013 16:39


La danse,le tango,les invitations....D'excellents remèdes contre la timidité!!J'en suis persuadé...Tres bonne soirée,Jean-Pierre

Fred Milongeroz 13/03/2013 19:47



Bonne soirée également Jean-Pierre



françoise 13/03/2013 16:04


Tellement vrai ! Merci pour cette réflexion si pertinente.

Fred Milongeroz 13/03/2013 19:48



Je vous prie Françoise,