L'aguicheuse de la milonga

Publié le par Violette

L'aguicheuse de la milonga

Une robe ultra courte...

L'aguicheuse de la milonga

 

 

La milonga commence mal pour moi ce soir...
La robe un peu trop courte, assise les jambes croisées, je cherche le regard des hommes, j'attends pendant deux heures, j'attends et je dérange, c'est ma première milonga à Paris.
Une tanguera me dit que ça ne se fait pas de porter une robe à ras les fesses, mes larmes, je tente de les cacher, je ne veux pas qu'elles fassent couler mon eyeliner.
Assise depuis trois heures et demi, j'attends toujours, j'attends et je dérange, faut pas faire toute une histoire, ce ne sont là que des gambettes.

Puis un tanguero entre sur la piste, il vient tout juste d'arriver, je lui offre ma plus belle mirada, décroise les gambettes pour les recroiser dans l'autre sens, je regarde ce nouveau danseur dans l'espoir de le déranger lui aussi.

La soirée arrive presque à sa fin, j'ai sacrifié les plus tangos, des valses merveilleuses et des milongas enjouées, parce que, dit-on, je me suis habillée comme une aguicheuse, cet homme-là, il ne m'invitera pas. Je le sais. Je me suis levée pour me servir un verre. Un verre ultra rempli. Je suis restée debout, portant le verre à mes lèvres. Il a dansé. Je l'ai vu danser. Il m'a vue debout. Alors j'ai vidé mon verre, et je suis partie. Dans les milongas, on n'aime pas les allumeuses. Dans les vestiaires, je croise les jambes, mais cette fois, c'est pour enlever mes chaussures à talons...

"Remets-les, ma belle, je veux danser avec toi." Je lève les yeux, je le vois. Surprise, je me dis que c'est une farce, qu'ils veulent enfoncer le couteau dans la plaie. Je retiens mes larmes, je ne veux pas qu'elles fassent couler mon eyeliner. Pescadores de Perlas, de Florindo Sassone y su orquesta, c'est le premier tango de la tanda. Qu'est-ce que je fais ici, sur la piste de danse? Je ferme les yeux, je ne veux pas voir les gens, je suis dans ses bras, ou au volant de ma voiture, en train de rêvasser devant un feu rouge? Des rêves éveillés, j'en fais parfois... Son après-rasage, le col ouvert de sa chemise, son bras qui m'enlace, la douceur de sa tempe, le feu serait-il devenu vert pour moi? Quatre tandas et la Cumparsita. Il ne m'a plus lâchée.

Amoureuse parce que captive jusqu'à la dernière note du dernier tango, émue car élue de son coeur de tanguero. Ma robe est trop courte, dit-on. Cette nuit-là, j'étais fière d'enrouler ma jambe nue autour de mon danseur. Mon homme. Mon chevalier. Je suis devenue une princesse du bal. Pestiférée, mais princesse quand même.

Violette, Avignon le 28 janvier 2019

L'aguicheuse de la milonga
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Publié dans milonga, tanguera, récit

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