Le couple de danse, son langage et son apprentissage

Publié le par Fred Tango Plume

Le couple de danse, son langage et son apprentissage

Apprentissage d'un langage corporel, affronter ses propres reflets émotionnels, trouver le partenaire idéal pour faire les divines amours en couple dansé

 

Terrible miroir, ô rages, des espoirs, verbaliser les tensions émotionnelles, les non-dits, les caprices d'un enfant de jadis, les joies et jalousies qui n'ont pas pu être éructées, je veux dire, portées au gosier pour se vouloir expulser avec force de vie; débuter la danse tantrique par excellence, théâtraliser une sexualité sous-jacente, se confronter à ses propres replis affectifs, puis s'élever vers un noble sentiment - essayer, du moins: le tango argentin est l'expression horizontale d'une peur verticale de se dévoiler... de se re-connaître dans l'Autre, le sexe opposé, ou d'un genre identique. Une tentation... Une tentative d'apprivoiser chez l'autre ce que l'on croyait manquer en soi.

Apprendre à danser le tango oblige le couple à se confronter à ce que le corps de chacun contient de non-exprimé, de frustré, de non-réalisé et d'enfoui, là, tout au fond de l'homme désespéré, de la femme bafouée.

Le tango est cette danse qui dit mieux que toutes les petites annonces anodines, inconscientes, platoniques ou narcissiques, vicieuses, capricieuses, loyales, hautaines, citadines ou champêtres, entre êtres désabusés, acharnés, désemparés: partenaire cherche partenaire, homme veut être homme plus que tout homme au monde, femme veut se sentir femme au-delà de la femme elle-même... 

 

Le langage en tango argentin, ré-apprendre son corps par coeur, par monts et par vaux...

 

Séparer le bon grain de l'ivraie en nous est une chose périlleuse. Faut-il encore être guidé(e) par quelqu'un, enseignant, ami, parent, gourou (spirituel), qui a expérimenté ses propres limites et son infinitude existentielle, qui a été confronté, ou s'est frotté, à sa propre problématique de vie: ainsi en va-t'il de l'existence, de la transmission, de l'éducation ou du don de soi, comme de l'apprentissage du tango argentin.

Le couple dans le tango n'est-il pas le premier obstacle, le problème majeur, auquel l'homme et la femme sont confrontés pour apprendre à danser la Reine des danses?

Veut-on contrôler l'autre, diriger d'une main de fer sa partenaire, utiliser de la poigne, la contraindre physiquement ou verbalement, si elle ne fait pas ce qu'on lui demande de faire: la figure?

Veut-on le partenaire idéal de tango, en se disant que la femme n'y est pour rien dans cette histoire, tant que l'homme sait guider, qu'il est un bon, très bon meneur, voire excellent danseur, toute danseuse ne peut que resplendir dans ses bras, qu'il suffit pour elle de s'acoquiner avec le super bon prof, mieux, de trouver le maestro, argentin, cela va de soi, ainsi sera-t'elle d'office une maestra, la princesse de l'année?

 

 

Grandir, c'est apprendre à être guidé(e) dans la confiance. Etre responsable, c'est apprendre à guider: faut-il autrement dit recourir à l'inversion des rôles, expérimenter les deux rôles dans l'apprentissage de cette merveilleuse danse de couple qu'est le tango rioplatense?

La relation sociale, professionnelle ou sentimentale, soulève la problématique de la connexion avec l'autre. Se relier aux autres nécessite la maîtrise du langage, oral ou écrit. Mais aussi du langage émotionnel et corporel (ou infra verbal). Le corps dit souvent tout haut ce que le mental a préféré cacher dans le non-verbal.

Par le tango, j'apprends déjà à me connaître moi-même: j'apprends à "me guider". Il s'agit de rentrer dans de la matière. Avant de rentrer dans l'enlacement, pénétrer les mystères de l'harmonie du couple dansant, ne serait-il pas nécessaire de rentrer d'abord dans son propre corps?

 

 

Nous voici donc avec un corps placé dans l'univers de son propre langage en tango argentin. Un corps sexué, un corps de souffrance, une âme remplie d'espérances.


On ne parle pas en milonga. Le tango argentin, ça s'écoute.

Deux corps qui se touchent, en-dehors de toute relation intime et sentimentale, auront beaucoup de choses à se dire. Danser le tango, c'est nous mettre dans une obligation: nous mettons au pied du mur notre corps qui a ses secrets et que le mental refuse catégoriquement de livrer.

Se livrer à l'abrazo, c'est pousser le non-verbal à aller cacher encore plus loin ses non-dits, ses refus, et c'est justement ici que le milieu du tango argentin souligne sa crise et son conflit: "La vida es una milonga". La milonga, est-ce faire danser notre supercherie, celle de l'égo? Ou cheminer avec sincérité vers l'apprentissage du guidage et de la connexion dans le couple de danse, aussi bien en arpentant les pistes de danse, qu'en cherchant l'enseignement susceptible d'apporter des réponses "justes" pour progresser authentiquement en tango argentin?

 

Avignon, le 19 avril 2012 ~ Texte peaufiné le 15 octobre 2016

Partagé dans la communauté: "Réfléchir, vivre et danser le tango en France"

Rose Tango ~ Lady Plume

Commenter cet article

ini 19/04/2012 17:31


j'imagine bien..il doit en être ainsi plus souvent que de l'ouverture à l'autre je suppose. l'abandon n'est pas chose innée, déjà incomplet chez les enfants de plus de 5 ans il devient rare chez
les adultes , quelque soit le degré d'affinité que l'on a avec l'autre ou les autres il me semble... à moins d'être extraverti de nature mais là aussi, trop ou pas assez n'est pas la verité du
soi ...interessant tout ça^^

Fred Milongeroz 19/04/2012 19:02



Il nous faut garder ce coeur d'enfant, sa curiosité, son innocence!



ini 19/04/2012 13:35


le Tango argentin ça s'écoute, comme le font les corps , respectueusement, pour tendre vers l'harmonie et la complicité, qui font toute la beauté de cette expression corporelle. nul doute que ces
deux corps se sont dit bien des choses, plus qu'on ne l'aurai voulu certainement, mais comme un soulagement, ils savent respecter les secrets de l'autre ,naturellement comme "une intelligence
émotionnelle".c'est ce qui fait qu'on a sa ou son partenaire de danse priviligié(e) non?


 

Fred Milongeroz 19/04/2012 16:54



Ces deux corps justement ne se disent pas forcément bien des choses: à distance, l'un de l'autre, le corps n'a rien à défendre, mais une fois le contact établi par l'abrazo, il se peut que le
corps de chacun se vérouille plus qu'il ne s'ouvre à la complicité de ce langage corporel...