Avant, pendant, après la milonga

Publié le par Fred Milongeroz


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Nous entrons dans une milonga bercés d'illusions. Pendant les milongas, c'est la musique qui nous berce. Au berceau de l'abrazo, on découvre un jour que seules nos jambes nous portent, autrement dit... nous bercent. Nous quittons la milonga, bercés par de beaux souvenirs.

De l'enfant dans l'attente à l'adulte épanoui, les milongas au fil du temps nous font grandir. Le tango argentin est bien l'expression verticale d'un désir... d'horizons.

Avant le bal, tango, tes illusions. Pendant, l'oubli, l'ivresse et des tonnes de tendresse physique. Après, tango, on te pardonne ta supercherie en musique!

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On se prépare, et l'on a l'envie d'aller dans une milonga, ce besoin de voir du monde, de créer du lien social et affectif.


On marche. 


Les tangos, les valses, les milongas nous transportent dans cet univers presqu'euphorique.


On quitte la milonga: les femmes ont perdu une fois de plus leurs illusions du prince charmant; les hommes repartent une fois de plus avec une frustration sexuelle. Mais il n'empêche qu'on n'y retournera le lendemain, parce que socialement, et affectivement, le tango argentin demeure l'un des rares endroits où les hommes oublient qu'ils sont dans un corps d'homme et les femmes oublient de gifler un homme qui leur fait du pied.




Au tango argentin colle l'image sensuelle de la femme en rouge et noir, aguicheuse; c'est ne pas connaître l'expérience du bal: il n'y a rien de moins sexuel que le tango. Mais "la vida es una milonga"!



C'est en bal que la tentation est la plus forte. Car l'objet du désir, chez l'homme comme chez la femme, n'a jamais été aussi proche, si proche que l'on croit le posséder; et l'on s'empresse de faire beaucoup de figures, d'aller dans tous les sens, au risque de heurter les voisins, qui font au passage de même.



Les tangueras aussi bien que les tangueros sont si prés du but, qu'il faut à chacun et chacune déployer une grande énergie, les muscles ne peuvent s'empêcher de se contracter un peu partout dans le corps.

L'objet est entre nos mains, contre nous, le corps est en effervescence. Nul lieu ne nous pousse autant à canaliser nos instincts. Mais le corps souvent ne peut s'empêcher de passer outre notre mental, le barrage du sur-moi, de contourner le tabou, il emprunte le chemin jalonné pour se permettre ses actes manqués que le tango argentin lui autorise: combien de femmes prennent l'initiative d'un boléo non guidé, d'une fioriture séductrice?

Combien d'hommes se permettent d'enrouler la taille d'une milonguera, de la serrer, avec ce souffle haletant?

Combien de danseurs et danseuses retiennent leur respiration, faisant un tour de piste en apnée?



L'érostisme est évoqué ostentatoirement. Une telle aguiche, qu'on ne la voit plus! Un grand panneau d'interdiction s'affiche dans notre mental. En milonga, nous avons toutes et tous bien plus de mérite que des moines ou des nonnes!




Avant le bal, on se fait beau, on se fait belle. On se fait femme, le talon de 8,5 cm pour piedestal. On est des hommes. El compadrito.

Pendant, on transpire. Faut croire qu'il faut être maso pour danser le tango? On canalise nos ardeurs. Cela donne des envies.

Après la milonga, chacun et chacune rentrent chez soi. On est épuisé. On n'en peut plus. Belle lutte encore une fois. Tant de bras, et tant de bustes, tant de cuisses qui nous frôlent, et tant de visages partageant la même sueur. On en a besoin. Cela fait du bien. Un bon bain d'humanité. Un peu de réconfort.




Nul autre endroit n'a vu les hommes faire preuve d'autant de tendresse également envers les femmes. J'ai vu de beaux visages apaisés, des odalisques les yeux fermés.

Elles sont nourries de sentiments, la milonga sentimentale est faite pour la tanguera.

A elles parfois d'attendre assises plusieurs tandas d'affilée, bouillant d'impatience de se sentir de nouveau bercées. A eux de se maîtriser, de garder le sang froid, tout ou moins le maintenir à la température la plus basse possible.


Tout va bien. Le jeu de séduction et le contact affectif sont au rendez-vous à chaque milonga. Après, on rentre rassasié. Vivement la prochaine farce!


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Ah tango! Nous aimes-tu donc si fort pour nous retenir, nous faire revenir à tes milongas? Le pire des amants, c'est bien toi, et nous sommes, homme ou femme, tes captives!

Texte écrit et publié pour la première fois, le 20 avril 2012 -  Frédéric Zarod, alias Fred Milongeroz, à Lançon-de-Provence (Bouches-du-Rhône)


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