Comment encore rêver de Buenos Aires?

Publié le par Frédéric Zarod


Tout milonguero qui se respecte, toute danseuse de tango argentin, rêvent un jour d'aller à Buenos Aires... Un monde meilleur pour le danseur en quête des milongas historiques, traditionnelles, une Argentine légendaire pour la tanguera qui veut y trouver ses chaussures les plus confortables, les plus solides et les plus jolies, une excuse en fait, mais surtout revenir transformée par son voyage initiatique entre les mains des plus grands maestros, pourquoi pas d'un Rodolfo Dinzel? 

 


Comment encore rêver de Buenos Aires?


Mes amis, je dois m'en aller, rejoindre sa belle Cité, car elle m'attend depuis que je suis né, l'Argentine

L'Argentine, l'Argentine, je veux l'avoir et je l'aurai!

L'Argentine, l'Argentine, si c'est un rêve, je le saurai... Je reviendrai de Buenos Aires, costume cousu sur mesure, de maestro, ou avec mon même tango de misère, danser dans un bistrot...




Mais comment encore rêver de Buenos Aires? Quand je vois autour de moi, au fil des mois, la misère prendre du terrain chez toutes les gens de bonne volonté que je rencontre au fil de nos milongas françaises, ou bien dans ma rue, mon quartier?

Comment encore rêver de Buenos Aires quand un ami sur trois que je cotoie dans le tango et hors-tango, m'avoue être aussi au RSA?

Comment encore rêver de Buenos Aires quand une femme crève l'envie de danser le tango, danseuse dans l'âme, à qui je donne des cours particuliers de tango et qui me dit: "Je ne peux plus continuer de prendre des cours..."

Comment encore rêver de Buenos Aires quand je lui réponds : "Je continue de vous donner des cours de tango chaque semaine gratuitement..."

Comment encore rêver de Buenos Aires, alors qu'elle me répond: "C'est très gentil, mais je ne peux abuser de votre générosité!"

Comment encore rêver de Buenos Aires lorsque je lui réponds que j'aime le tango du fond de mon coeur, que je le vis avec mes moyens de chômeur, que j'ai besoin de partager mon amour de cette danse argentine, que c'est là mon unique raison, mon unique chanson, ma seule lutte contre la précarité dans laquelle je vois chaque mois tant et tant de personnes s'enfoncer inexorablement...


Comment encore rêver de Buenos Aires? C'est la crise là-bas, comme ici, en France ou en Grèce...

Comment encore rêver de l'Argentine Mythique des milongueros et tangueras, quand là-bas ils rêvent de Paris?



Comment encore rêver de partir vers un monde meilleur quand ils ont fini par acheter toutes les terres de la planète, qu'ils ont fini par y construire des immeubles, des grandes surfaces, des galeries marchandes, des millions de kilomètres carrés de routes et d'autoroutes nappées d'asphalte, des banques, des prisons, des centrales atomiques, des laboratoires, des usines, des entrepôts gigantesques, qu'ils ont fini par tuer et violer les dernières tribus vivant librement sur leur terre, qu'ils arrosent toutes les cultures de la Terre, de pesticides et de poisons en tout genre?


Comment encore rêver de Buenos Aires, quand Buenos Aires est nourrie par les mêmes industries agro-alimentaires qui sévissent à New York, Istanbul, Tokyo ou Sydney?


Comment encore rêver de Buenos Aires, d'une autre ville dans laquelle se superposent artificellement  des vies de célibataires, de familles monoparentales, de gens qu'ils ont étiquetées de mille maladies mentales, qu'ils sont bientôt prêts à marquer du signe de la Bête, au front, à l'épaule ou au dos de la main, et qu'on appelle civiquement : "Puce sous-cutanée"?


Comment rêver de marcher dans les milongas de Buenos Aires quand ils ont fini par standardiser la misère du monde, l'exploitation industrielle du travail, l'alimentation, la médecine, dans toutes les grandes villes du monde?



Comment encore penser à Buenos Aires quand dans une milonga en Avignon, je vois tant et tant de jeunes hommes et femmes qui viennent au tango comme ils viennent chercher un nouveau sens de vivre leur vie sociale et affective?

Comment encore rêver d'un tango outre-atlantique quand une modeste prof de tango bosse dur pour attirer dans sa milonga mensuelle tout un potentiel de futurs danseurs et danseuses qui apprennent une danse dont la séduction les conduira à soulever en eux des problématiques essentielles, qui tourneront plus autour de la question sociale, affective et sentimentale, que sur la technique d'une danse qui s'improvise en plein milieu de notre quotidien froidement administratif et spéculatif?


Comment encore rêver de Buenos Aires quand j'ai tant et tant de tangueras à faire danser dans nos milongas de Provence?


Comment oublier d'où vient le tango, comment il est né, qui l'a fait naître au fond d'un port qui accueillait toutes les misères et tous les espoirs du monde?


Avignon, le 14 octobre 2013


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Adios Buenos Aires, Hyperion Ensemble - Tango Epoca de Oro

Adios pampa mia, orquesta de tangos Argentina - Tangos los 25 mejores

Don't cry for me Argentina, Joan Baez - Live

Vieja milonga, Juan D'Arienzo y su Orquesta Tipica

Maria de Buenos Aires

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Nina Padilha 15/10/2013 10:43


http://www.youtube.com/watch?v=XK-F79hmNRI
Besitos !

Fred Milongeroz 16/10/2013 05:17



Vu ! Ben ça danse comme en France, à Buenos Aires finalement! Besitos Nina!



Laret 15/10/2013 09:54


Constat tres triste,mais véridique!Personne ne détruira nos rêves...Amitiés,Jean-Pierre

Fred Milongeroz 16/10/2013 05:17



Rêver un impossible rêve, partir où personne ne part, ... pour atteindre, à s'en écarrrrteler, pour atteindre ...........