Comment soulager ses articulations et son dos en tango

Publié le par Frédéric Zarod


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Comment soulager ses articulations et son dos en tango argentin?


Mal au dos, les reins qui tiraillent, problèmes articulaires, tendons fragiles aux pieds, aux genoux, aux épaules, ça doit être difficile à vivre déjà au quotidien, si l'homme ou la femme prend des cours de danse en couple, de tango argentin, il ou elle risque de voir s'amplifier tous ses problèmes de dos, de nuque, ou encore peut constater avec la pratique des bals, des milongas, que de vieilles douleurs articulaires, se réveillent.

98% des personnes qui prennent des cours de tango argentin souhaitent danser en milonga.


Evident? L'observation de la réalité ne le démontre pas.

Même si ces personnes qui prennent ou qui ont pris des cours de tango sont émerveillées devant des chorégraphies à couper le souffle, que les démonstrations de danse en couple les motivent pour être assidues en cours, ou faire des stages, la différence entre le fantasme du tango argentin et la pratique réelle en milonga, est un véritable fossé qui est du même type que la différence entre notre mental qui essaie de régler des problèmes uniquement sur le plan mental (la pensée, les idées reçues) et l'action concrète par laquelle on met directement le pied à l'étrier, ou dit autrement, par laquelle on prend le taureau par les cornes.

La pratique du bal consiste à danser à deux sur une musique. L'homme et la femme marchent ensemble, enlacés, ce qu'on appelle l'abrazo en tango argentin. Cette définition de la danse à deux, si elle paraît simple, engendre une grande complexité dans la réalité de l'apprentissage et de la pratique.

Autrement dit, 98% des élèves qui viennent apprendre le tango argentin, ou encore le fox trot, la valse viennoise, la salsa portoricaine, doivent impérativement placer le désir de faire comme les maestros ou danseurs professionnels qui font des figures spectaculaires sur scène au tout dernier plan, et se consacrer en priorité à l'apprentissage de la marche, de l'équilibre, des appuis et au travail simple qui demande avant toute chose d'éduquer le corps qui a perdu bien souvent sa verticale et naturelle logique autant dans sa posture debout que dans son mouvement qu'est la marche, cet instant osé et délicat, où il va falloir ne s'appuyer que sur une seule jambe, car marcher consiste à quitter un emplacement pour rejoindre un autre emplacement!

Lorsque l'on est deux, les émotions et les verrous mentaux liés au contact d'un autre corps humain va rendre cet exercice si simple de la marche, périlleux! 

On perd souvent de vue que la marche à deux, autrement dit, se tenir debout et faire des pas sans se lâcher, demande un équilibre de la part du danseur et de sa partenaire, des appuis solides pour les deux, ainsi qu'une grande fluidité dans l'espace qui relient le cavalier et sa danseuse.



L'équilibre : un défaut d'équilibre de la part d'un des deux partenaires engendrent des mouvements parasites, qui sont autant de force inappropriée pour l'harmonie de la marche du couple, force à laquelle le partenaire va opposer une autre force afin de ne pas subir la perte d'équilibre de l'autre danseur, ce qui va générer des tensions dans les articulations, comme autant d'interférences dans une marche qui se veut confortable, sociale, affective et visant le plaisir de partager une belle musique dans les bras d'un autre être humain. 

Le premier objectif quand on prend des cours de tango argentin ou de danse de salon, est de ne pas se servir de sa ou son partenaire pour tenir simplement debout, et être capable, tout en étant relié à l'autre par les mains, les bras ou le buste, de marcher naturellement.


Les appuis : Les pertes d'équilibres dans la danse à deux peuvent être diminuées, voire annulées, si les danseurs font le travail pendant leur cours ou la pratique, de renforcer leurs propres appuis dans le sol. Il faut bien s'intaller dans son corps et considérer que seule son propre pied, sa propre jambe d'appui sont garants de l'équilibre de soi, et donc de l'autre. C'est ce que l'on appelle l'autonomie primordiale aussi bien du cavalier que de sa danseuse.


La fluidité du lien entre les deux partenaires de danse : le lien par lequel le couple forme un abrazo, l'enlacement, ou encore la posture de couple, se doit d'être extrêmement fluide.

Les muscles utilisés sont ceux qui vont permettre aux bras de ne pas retomber complètement le long du corps!

Pendant la marche, ou promenade musicale, les deux corps de danse peuvent se déplacer l'un par rapport à l'autre, éventuellement s'éloigner ou se rapprocher. La moindre tension, sous la forme d'une opposition va provoquer chez l'autre, déséquilibre ou compensation sous la forme de tensions dans les chevilles, les genoux, le dos, la nuque ou toute autre partie du corps qui va faire office d'amortisseur de secours.

La force dans les bras est quasiment inexistante. Or, la croyance populaire est qu'il faut bien guider l'autre, mettre de la force dans son guidage, "avoir de la poigne, t'es un mec ou pas?" et sentir le guidage de l'autre : une croyance erronée, qui est à la base de nombreux conflits dans le couple de danse, ainsi qu'à la base de multiples contractions inutiles dans le corps, encore une fois, comme autant de tensions parasites qui à terme vont réveiller de vieilles douleurs lombaires, cervicales, ou autres, ou encore provoquer de nouveaux dysfonctionnements articulaires et musculaires.

Un pratiquant de taï chi chuan peut ne rien avoir de viril,  pourtant, s'il maîtrise vraiment au sens noble son art, je serai le dernier à lui reprocher qu'il n'a pas l'air d'un dur à cuire...

Dire à un élève qu'il faut avoir un abrazo ferme et souple à la fois présente une contradiction : la fermeté dans la croyance populaire nous invite à devenir dur, rigide. La souplesse nous évoque celle d'une corde, d'une lanière.

Ce sont deux mots qui évoquent respectivement le plein et le vide. Deux mots opposés. Il ne peut pas faire jour et nuit en même temps. 

La souplesse, c'est l'eau qui coule là où elle peut se répandre tant qu'il n'y a pas de barrage, de canalisation. La fermeté induit une contraction quelque part, et en ce qui concerne nos bras, nous sommes invités ainsi à utiliser le bon vieux réflexe de l'enfant qui tombe et qui s'accroche à ce qu'il peut.

On demande fluidité et fermeté, or dans le cerveau d'une personne, qui n'est pas encore expérimentée dans l'art de l'abrazo, ça se traduit par des bras à qui l'on demande expressément de faire à la fois le vide et le plein.

Conclusion? Un être humain a horreur du vide, du silence, de l'ennui, et a cette tendance à combler ce qu'il ne connait pas par du bruit, du mouvement, de l'effort, quitte à ce que cet effort ne serve à rien. Demander à un élève débutant d'être fluide et ferme en même temps, relâché et présent, risque de le conduire à remplir un terme qui sonne creux par l'autre terme qui semble linguistiquement aussi dur (donc rassurant pour le mental) que de la pierre!

D'où réaction instantannée de fermeté quasi-systématique qui rejette toute fluidité, toute souplesse.


Le guidage vient essentiellement de l'énergie que l'on donne au sol, énergie qui nous est renvoyée (car toute force envoyée sur une surface donne naissance à sa force opposée) que l'on fait circuler au travers d'une posture cohérente, autonome dans son équilibre comme dans ses appuis, et donc que l'on transmet dans l'enchaînement du balancier naturel que présente le système de la marche de l'être humain.

Le guidage, autrement dit la transmission des informations par l'organisation dynamique corporelle, en danse à deux, consiste à indiquer, par de la transmission d'énergie (la même que l'on peut transmettre à l'extrêmité du fouet)  au partenaire de danse que l'on guide, un déplacement, en conservant la proximité du corps de sa/son partenaire. C'est ce qui fait partie de l'essence même de la danse à deux : marcher ensemble sur un rythme, sans se quitter!


C'est pendant mon apprentissage du tango chez mes professeurs d'Aix-en-Provence, que j'ai été alerté sur mes postures incohérentes qui provoquaient parfois des douleurs aux reins et à la nuque, ou encore dans un genou.

En effet, inconsciemment, j'avais une mauvaise posture du bassin, j'avais encore tendance à positionner mes hanches trop en arrière dans l'idée en fait de donner du buste ou de l'intention, je passais mon temps également à regarder ce que mes pieds faisaient, ce que les jambes de la cavalière faisaient également - surtout si ma cavalière du moment était dôtée d'une très belles paire de jambes! -, même si ma tête était légèrement penchée, lorsque mes professeurs m'ont fait prendre conscience de cela, j'ai compris la nécessité de ne plus jamais observer ce qui se passait en bas.

Depuis que je danse la tête bien posée sur mes épaules, le bassin correctement positionné, je n'ai plus aucune douleur, je ne regarde plus les pieds, ni les genoux, mon regard est horizontal, et ce n'est que ma conscience corporelle (kinesthésique) qui me renvoie les informations de ce qui se passe sous la ceinture.


Pour peu que l'on ait des problèmes de dos dans la vie quotidienne, le tango argentin, comme toutes les autres danses de société, engendre des maux supplémentaires et les amplifie d'une manière durable si l'on ne porte pas toute notre attention dans notre organisation corporelle et dynamique.

Le principal travail à fournir  personnellement en danse de couple, que l'enseignant y porte un intérêt ou non, est d'aligner ses centres de gravité.

La tête, les épaules (ceinture scapulaire), le bassin (ceinture pelvienne), ainsi que le positionnement et déplacement logiques des genoux, des pieds, constituent autant de centres de gravité indépendants qui nécessitent qu'on prenne bien soin de les aligner verticalement non seulement en posture neutre (pieds joints, immobile) mais aussi et surtout pendant l'exercice périlleux d'un changement de place pendant lequel l'homme et la femme se sont promi de n'utiliser qu'un seul pied respectif pour franchir ensemble - bras dessus bras dessous ou main dans la main -, en s'émerveillant de se sentir en harmonie, le beau fleuve musical d'un bal, d'une milonga! 

Avignon, Article publié pour la première fois sur ce blog le 22 novembre 2012


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