Dans l'abrazo

Publié le par Fred Milongeroz

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Dans
l'abrazo, se trouve l'acte sacré de la reliance universelle à une chose qui dépasse toute science. Il n'y a rien de plus mystique que ce moment doux où deux énergies complémentaires, différentes, différenciées, vont prendre forme de spirales soyeuses et de voluptes de velours. Cette forme charnelle ne serait que du vide si nos jambes à cet instant précis ne se pliaient pas, comme pour s'enfoncer dans la terre, si nos pieds ne s'aimantaient pas à cette surface sans laquelle 
le couple n'aurait aucune possibilité de communiquer.

Nous toucher ne suffit pas.


Nous nous abandonnons dans les bras de l'Autre, mais nous restons chacun autonome, l'Un n'est pas l'Autre, et pourtant sans l'Autre, le tango n'existe pas.

Nous nous épousons parce que la terre le veut bien, et tous se passe sous nos centres de gravité. Rien de ne se fait en haut sans que cela ne se passe d'abord en bas. Et reliant la Terre au Ciel chacun pour soi, on devient pour l'Autre ce que l'on est dans l'authentique vérité de son âme, de son coeur, de son corps et de son esprit.

Le tango est une danse d'improvisation qui ne s'improvise pas, mais il n'est ni un sport, ni une partie de bridge, il demande pourtant l'effort qu'on ne demande pas au musette, mais il ignore le carcan des danses de société.

"Le tango n'est pas une danse", comme le rappelle Marion Ouazana, en effet, il n'est que l'invisible défaite sans laquelle on le confondrait encore avec une succession de figures apprises par coeur qu'il faudrait tant bien que mal essayer de faire coller à tous les tangos, à tous les canyengue, à toutes les valses, à toutes les milongas.

L'apprentissage du tango est un entonnoir: tout le monde y entre. Au bout, on ne veut y passer, car cela demande le courage de baisser les bras, et de se refuser de tricher...

Quand on passe de l'Autre Côté, alors le tango redevient le tango, avec mille éclats nouveaux.

Nul ne peut saisir toute la portée de sa Magie aussi longtemps qu'on voudra contracter sa volonté jusqu'au bout de ses doigts. Le soir où en dansant, nous avons la sensation qu'il ne se passe plus rien, alors le tango prend toute sa place dans votre coeur.

Ainsi en est-il de son secret, comme affiché au fronton des temples de Delphes. Et pourtant... pourtant, combien passent à côté sans jamais le voir, ni le goûter ne serait-ce qu'une fois!   


Frédéric Zarod, danseur de tango, Avignon, le premier juin 2014


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