Un corps mental fait de la résistance

Publié le par Fred Milongeroz




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En attendant l'instant présent, un corps mental fait sa résistance...



Ce corps mental, j'ai beau l'observer, mais j'y replonge chaque fois dedans, et que de lutte acharnée pour m'y soustraire, je ne fais qu'entretenir sa structure gluante, pernicieuse, mille têtes qui me font perdre la mienne, me prenant au jeu de l'Hydre, gorgone sans vergogne, mille serpents pour mordre mes plaies, pour relancer les maux d'un passé que j'entretiens mentalement.


La douleur du passé? L'espoir illusoire du futur? Voilà que sur mon chemin je croise deux Jean, Jean-Noël et Jean-Luc, qui me parlent de l'instant présent. Ah! la belle affaire, vivons-y et n'en parlons plus, voici l'éternité à nos pieds! Et nous n'avons plus qu'à prendre le Chemin.

J'entends encore un troisième Jean : "Comprendre sans comprendre une chose qui dépasse l'entendement." Lui s'appelle Saint-Jean de la Croix.





Deux Jean, donc, (laissons de côté le troisième) qui me parlent de ce pouvoir, étrange, du moment présent. Ils évoquent tous les deux, à la façon de Noël, à la manière de Luc, un auteur, Eckhart Tolle.

Cadeau!

J'ouvre ce présent, un guide d'éveil spirituel que l'on m'a offert, et je lis au chapitre : "Comment dissiper le corps de souffrance" - page 52 (Edition J'ai lu, collection Bien-être, 2010) :

"Tant que vous êtes incapable d'accéder au pouvoir de l'instant présent, chaque souffrance émotionnelle que vous éprouvez laisse derrière elle un résidu."




Le livre m'échappe des mains, ma tête se renverse en arrière, et mille têtes sortent de toute part de ma ceinture scapulaire, et ça se chamaille, des têtes de chien, des têtes de vautour, des têtes familières aussi, qui se disputent, se mordent, se lèchent, ça bave des mots, au bord de mes lèvres, sur le menton,  et tout du long de mes cheveux qui coulent jusqu'à mes épaules, et leur salive  se répand sur mon corps... de souffrance.



Mon coeur bat la chamade. Une tête dit :

"Je suis l'éternelle douleur de ne pas être ce que je veux être.
L'endoctriné de mes échecs"

Une autre s'exclame aussitôt :

"Je suis l'étonnante amabilité d'avoir encore des rêves à déranger la mort.
Des songes à renaître de joie.

- L'entière conviction qu'entre dire et faire, c'est encore mieux de faire, ajoute une troisième tête. Et dire que le fer à mes chevilles me cloue.

- Je suis... Mais cette tête-ci est interrompue violemment...

- Les insondables méandres du fil conducteur quand tu penses. Un mental puissant, désormais inutile à ta Lumière.




Je reprends fermement le livre d'Eckhart Tolle en main, je m'essuie les yeux...

"Fermez vos gueules bouches hideuses! Laissez-moi vivre en paix!

- Nous te laissons mourir en paix!

- Alors je vous entraînerai avec moi, et dans ma mort, il restera un seul survivant, un éternel joyau sur lequel vous n'aurez aucune emprise, car vous n'êtes que nuages, blancs, sombres ou gris, même noirs, et moi je suis...

- L'émotionnelle sueur qui suinte à ton coeur fardé.
Transpiration sous le célophane de ton quotidien.

- L'invertébré broyeur de paix, le sournois qui veut broyer du noir.
Parce qu'il est rassurant de tenir à portée de main un stock de charbon, promesse de braise... 

- Je suis...

- La chaleur qui brûlera ton coeur!

- Je suis la Lumière...

- L'enfer brille de mille flammes!

- Je suis...

- La misère affective d'un riche, d'un pauvre, et la tienne entre deux rives.
Et les rivets de ton habitude, et ta prison que tu aimes tant.

- La ridicule réunion comme ils peuvent gonfler ensemble un ballon d'orgueil.
L'orgueil dérisoire d'avoir du vide au fond de leurs yeux.

- L'ostentatoire dérive des strass, du silicon, et la chevalière au doigt.
Ton silence blasphématoire que tes mots posent discrètement.

- L'insouciance dorée de l'instant présent sur lequel tu assois tes convictions et tes malheurs.

- Je suis...

- Pauvre créature pleureuse et assise sur un coffre rempli d'or.

- L'outils égaré de ne pas être conscient quand tu crois posséder.
Et retrouver l'outils quand tu crois tout perdre.

- Je suis... Mais qui parle dans ma tête?

- Moi!"

Retrouver l'outils quand je crois tout perdre? Cela me parle! Est-ce l'une de ces têtes qui aurait pu sortir une telle sentance? Parmi elles, une seule chercherait à me sauver?



Voilà qu'un souffle sourd tranche à la verticale le cou long comme serpent d'une vieille tête familière. Je lève le regard. Un chevalier. A la main, un glaive. Au bout, du sang qui perle.

"Qui es-tu?

- Un guerrier de la Lumière, pardi!"

Je lui réponds merci.

"Merci?"

Oui, je m'allonge tranquillement dans mon lit, j'entre dans ma relaxation, comme tous les soirs depuis quelques jours. Les bruits de la rue ainsi que ceux de mon appartement résonnent, tandis que mon corps entre dans une chaleur qui m'englobe complètement. Je ne ressens plus la moindre parcelle d'os, de chair, de tendons : mon corps est engourdi, et ça fait du bien. J'entends encore ma respiration. Mon ventre se soulève par petits bonds successifs avant de retomber comme une feuille de platane. C'est peut-être la seule chose encore, avec le souffle qui traverse  mon appareil respiratoire, que je ressens. J'entends mon coeur battre. Un train passe. La sérénité s'installe. Ainsi que l'acuité.

Mais une ombre s'avance. Une peur naît quelque part, entre mon front et la machoire. Je fais l'effort d'observer : je n'ai pas à penser. Mais il est mâlin comme le diable le mental!



"Je suis l'éternité".

Il vient de prononcer ces trois mots. C'est bien lui! Pourtant je n'ai pas articulé un seul de ces mots. Il est si mâlin ce mental, qu'il est parvenu à se glisser dans ma relaxation, à détourner ma vigilance non pas sous la forme d'une pensée, mais d'une parole prononcée que j'entends sans entendre avec les oreilles.

Il essaie de reprendre la main. Je reviens dans mon bas-ventre, cette agréable vague qui gonfle et qui se creuse, et je reviens dans mes cordes vocales, entre mes parois nasales, ma conscience devient le souffle caverneux qui va et vient entre le plexus qui gonfle et se dégonfle, et mes narines. Mon corps est chaud, entier, un bloc plein d'énergie, dense, lourd. Et en même temps tout redevient si léger.

"Comprends-tu cher Guerrier de la Lumière pourquoi je te dis merci?"

Mais le chevalier a disparu. Ainsi que son épée du discernement.




Voici qu'un livre bleu aux mots dorés se met à flotter dans mon appartement.


Paulo Coelho

Manuel du Guerrier de la Lumière

Anne Carrière



Un sabre arabe vient ajouter des éclats d'or dans le ciel bleu nuit de la couverture. Le livre vient se confondre avec le livre d'Eckhart Tolle, pour n'en former qu'un.

Je l'ouvre à la page 55 : "Le guerrier de la lumière sait qu'il est impossible de vivre  en état de complet relâchement."



Subitement, le corps d'une femme nue apparait. Ses cuisses se frotte à mon visage. Certaines de mes parties de jambe en l'air qui ont parsemé mon existence de nuits écarlates me reviennent à la mémoire. Je sens la sueur du corps d'une femme. Son pubis qui cogne contre le mien. Je retrouve la sensation réelle de la peau de sa nuque entre mes dents d'amant. Je sens des fourmillements dans mes pieds. Ma respiration ventrale m'étouffe. Alors c'est toute ma cage thoracique qui se soulève, et je force mon inspiration. La frustration revient. Ainsi que tous mes problèmes actuels, j'imagine les pires scénarios, la crise cardiaque, la rue et la mendicité.

"Soit, qu'importe de mourir!"


Je dis oui à tout ce qui peut se passer. Je laisse la porte ouverte aux peurs de voir ma vie s'effondrer comme château de carte!

Je laisse ausi ma fenêtre grand ouverte. Afin qu'elles s'en aillent. Je ne retiens rien. Que tout passe à travers mon corps.

Justement, j'essaie de revenir dans mon corps. Je retiens ma respiration. Le corps mental ne fonctionne pas quand on retient son souffle. Aucune pensée? J'expire. Mais je ne parviens plus à relâcher les muscles des épaules, de la nuque et ceux qui entourent mes omoplates. Je les relâche quand-même. Je suffoque. Je me redresse. J'appuie sur l'interrupteur.
   



En revenant vers mon lit, mon pied effleure un livre : c'est celui d'Eckhart Tolle. Qu'est-ce qu'il fait par terre?

Je le porte à mon coeur. Je serre tout contre ma poitrine "Le pouvoir du moment présent". Une indicible mais féroce joie me fait trembler de tout mon corps. J'en frissonne, et en même temps une profonde chaleur traverse ma chair, surtout mes épaules, comme l'aile d'un ange qui se referme sur le haut de mon dos.

Je ferme les paupières.

Il y a quelque chose derrière moi. Je souris. Cela m'était déjà arrivé, cette sensation de présence à m'en faire frissonner sans peur aucune : lorsque j'avais plongé dans une dépression très sévère alors que je vivais isolé dans un mobilhome perdu dans la forêt, sur la frontière qui sépare le département des Landes et de la Gironde, au beau milieu des forêts de pins et des champs de maïs. J'avais 33 ans.

Soudain, je repense au nombre 55. Page 55, exactement. Je me jette dans les cartons de déménagement que j'ai laissé en état depuis le mois de juin. Je sais, je n'arrive pas à les défaire depuis que je suis en Avignon. Je ne vis toujours pas là où mon corps habite!



Je fouille trois cartons, avant d'arracher d'entre des piles de bouquins le livre bleu nuit, aux lettres dorées : Paulo Coelho, Manuel du Guerrier de la Lumière, Editions Anne Carrière, 1998 pour la traduction française. Je cherche la page 55 et je lis la citation du Chevalier qui est venu me visiter pendant ma relaxation ou mon sommeil, enfin, je ne sais plus vraiment, faudrait que j'arrête de penser!

"Le guerrier de la lumière sait qu'il est impossible de vivre en état de complet relâchement.  
Il a appris que, pour tirer sa flèche au loin, il faut maintenir l'arc bien bandé. Il a appris des étoiles que seule l'explosion intérieure permet de briller."




Je m'approche de la fenêtre. A un mètre de moi, au troisième étage de mon appartement, mon ami le platane traverse l'espace de ses branches épaisses et brunes, dont la solidité est palpable à mes yeux : un tronc qui jaillit du trottoir, l'explosant tout autour, fissurant le goudron, un tronc qui vient se séparer presqu'à ma hauteur, tel un chandelier hébraïque, des écorces fines, qu'on dirait la peau tâchetée d'un guépard.


Mon ami l'arbre est si vivant, qu'il me dit :

"Regarde, je suis en train de perdre mes feuilles, tu vois, l'hiver approche, et je suis heureux d'être à tes côtés lorsque le matin tu renais , lorsqu'à midi tu jettes par la fenêtre ta conscience que je fais mienne, lorsque le soir, du fond de ta tristesse, de ta colère ou de ta nostalgie, qui ne font que couvrir notre ciel commun, mon bois remet de la consistance à ton esprit!
Puisses-tu me consumer de ta présence d'homme, car moi aussi, j'ai besoin de toi, et tout comme toi et dedans ton coeur, pour m'enraciner, croître, ainsi qu'étendre ma frondaison, j'ai besoin aussi de ce pouvoir qui relie nos fibres et nos sèves : le pouvoir du moment présent..."
(écrit et publié pour la première fois le 21 décembre 2012 - Frédéric Zarod, alias Fred Milongeroz - Avignon Provence)
   
Déjà un best-seller - Suite :  Les feuilles mortes, la fin du monde, l'instant présent

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Explique-moi comment tu fais pour échouer?

   






                           Cadeau Carpe Diem !


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Laret 24/11/2012 07:36


Encore tres nostalgique....avec plusieurs point lumineux!Les trois Jean,ce ne serait pas le groupe Breton Tri Yann?Tres bonne journée(on peut VOULOIR qu'elle soie belle!!)et à
Bientôt,Jean-Pierre

Fred Milongeroz 24/11/2012 17:44



Pas de groupe breton ici, cher Jean----Pierre! Mais c'est l'article des Jean, faut croire! Nostalgique? Juste quelques nuages, mais le soleil est toujours derrière!