Le côté obscur de la force du sexe faible

Publié le par Fred Milongeroz


Le tango est-il une danse virile?

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Tango macho ou le côté obscur de la force du sexe faible





Confusion entre virilité, être "macho", et s'affirmer : la femme peut également s'affirmer. Dit-on de la représentante du "sexe faible" dans ce cas que c'est une femme virile?

Ne pas confondre le jeu théâtral d'un tango de scène où le couple peut en effet endosser le rôle respectif du macho et de la femme tour à tour séduite et rebelle, avec l'image souvent négative de l'homme machiste associé bien souvent à l'ennemi désigné des féministes.

Vaste débat dans lequel tant de confusions peuvent alimenter la guerre des sexes!
 


L'affirmation de l'être qui danse, ici en tango, mais l'on peut élargir le sujet sur toutes les danses de couple, est une question d'organisation corporelle.

La danseuse de tango doit s'affirmer par exemple dans l'autonomie de ses axes, de ses transferts de poids, et ne pas chercher à faire "plaisir" au danseur en devinant par exemple ce qu'il essaie de guider, ou bien pour rattraper ses erreurs de guidage... Sinon, oui, elle donne le change au danseur macho... qui renonce à se remettre en question, ou qui va se faire le donneur de leçon!


Ni dans la force des bras, ni dans la force "virile" du cavalier, mais plutôt avec la force motrice issue du centre de gravité qui puise l'énergie par l'appui de la jambe de terre : travail demandé aussi bien à l'homme qu'à la femme qui dansent.


Tango macho ou le côté obscur de la force du sexe faible, article écrit et publié pour la première fois dans mon blog, le 9 janvier 2012 : 





L'âme en harmonie dans son corps



On nous dit le sexe fort, pourtant, force est de constater que nous nous retrouvons parfois avec une certaine  faiblesse devant les femmes dont la force contraste d'une manière plutôt émouvante avec l'idée et l'image (élégante aussi) du sexe faible qu'elles sont censé incarner!

On aurait tendance à nous reprocher nos qualités de machos en tango et en danse de couple, puisque nous aurions l'avantage du guidage (et... de l'invitation) - et Dieu sait qu'en notre société, guider, diriger, manipuler, est un atout de réussite sociale et professionnelle. N'est-ce pas ici, au demeurant à cette époque où la femme moderne aurait tendance à brandir le glaive de la victoire, que se pose le paradoxe machiste du tango?



Désarmorçons cela justement - vrai, elles sont si fortes - pourtant il ne faut pas perdre de vue que nous ne sommes ni homme ni femme, mais bien des êtres remplis de cette lumière qui nous anime.


Seul le corps est sexué, ainsi que notre âme qui peut prendre la forme émotionnelle du yin ou du yang et c'est ici que l'on s'aperçoit qu'un homme peut pleurer, se sentir faible, et qu'une femme peut se battre et imposer une démarche "phallique" - parce qu'au fond comme le disait Mâ Anandamayî (une des grandes sages du siècle dernier remplie de bon sens), en tout homme se cache une femme - et vice versa.



Mais nous sommes ici sur terre pour FAIRE L'EXPERIENCE DE LA DIVISION, DE LA SEPARATION - en tango, si tu te trouves dans un corps d'homme, c'est pour développer des compétences propres à t'élever et à "grandir", ou en tout cas, faire l'expérience de ton rôle sexué. Il en va de même si tu es dans un corps de femme.


En tant qu'homme, nous apprenons qu'il n'est pas nécessaire de vouloir s'affirmer virilement, et laissons à la femme le soin de broder ses rêves jolis de prince charmant - optons pour le choix et le risque de lâcher prise devant la tentation de vouloir utiliser les bras, les mains pour manipuler, conduire l'Autre : notre rôle de cavalier nous apprend à faire ce merveilleux travail de s'ancrer au sol, de se constituer partie prenante d'un axe vivant qui, par son simple fait d'être solidement sur ses appuis DYNAMIQUES va permettre à la danseuse de trouver sa place à nos côtés, en face de nous, sans empiéter ni sur notre rôle ni sur notre axe.

Autrement dit, la danseuse apprend également à lâcher prise, et à ne pas VOULOIR FAIRE QUELQUE CHOSE - la femme moderne qui a tant de responsabilités dans son quotidien et tant de choses à penser au quotidien (son travail, ses enfants, ses contingences de la vie de tous les jours), a le privilège en tango argentin, pendant les milongas, de SE LAISSER GUIDER.






Voyons comment il est si difficile de ne faire que ce que le corps ressent, sans faire intervenir le mental!


La danse n'est pas une chose intellectuelle - on en parle, mais une fois sur la piste de danse, faut que chacun soit dans son "ventre" - son hara : présent à son CENTRE DE GRAVITE. Avec pour mission : investir sa verticale beauté, arpenter avec sa conscience l'énergie qui circule pendant les mouvements que nous offre le prétexte d'une danse à deux.




Je ne sais pas qui a prononcé cette phrase lourde de signification philologique :

"Si le cavalier te guide une figure, fais cette figure; si ton cavalier ne te fait rien faire, ne fais rien; si ton cavalier te fait faire n'importe quoi, fais n'importe quoi."



Oui, que la tanguera fasse n'importe quoi, alors elle sera considérée comme une très bonne danseuse - au cavalier d'assumer son rôle : d'être affirmé sur son axe, dans sa présence et dans la conscience de son propre corps, ceci étant l'intention, et la cavalière pourra accomplir à son tour ce que son rôle lui permet d'accomplir!




Le principal secret en tango argentin, et cela est valable aussi pour un rock, une salsa, une valse musette, une polka ou encore un fox trot, est qu'un homme et une femme qui souhaitent danser ensemble et partager un moment apaisant, tendre, voire magique, se sentent avant tout, l'un devant l'autre comme seuls marchant dans une rue : que l'Autre soit comme des vents légers qui nous invite à prendre une direction, à changer le sens de notre marche; que l'Autre, par sa force puisée en son sol, nous souffle rien qu'en nous effleurant, une proposition à partager une promenade dansante où les deux corps seront imbriqués avec fluidité, dans le respect de l'élasticité de nos colonnes vertébrales, et dans l'énergie échangée, pour constituer de phrase musicale en phrase musicale, pas à pas, note après note, ce couple harmonieux qui se crée au début d'une tanda et se défait à la fin de celle-ci, jusqu'à ce que meurt la vibration enivrante du dernier instrument à conclure ce merveilleux voyage qu'est la danse... de couple!  



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Madeleine 10/01/2012 00:42


Qu'est-ce que c'est beau, respectueux, tendre et viril à la fois...

Bonne année 2012 à toi, Fred lumineux ;-)
Bises!


 

Fred Milongeroz 10/01/2012 04:44



Merci, tous mes voeux aussi, santé, bien-être, amour & amitié pour 2012