Comment s'affranchir de leur norme? A la conquête du bonheur

Publié le par Fred

Ecris-moi une belle lettre d'amour, tes courriers me rendent amoureuse, ne rate pas notre correspondance. Telle est notre rencontre coquine: jolie petite travestie mignonne, toute mince, crevette aux oubliettes, vintage fashion, tatouage rose sur le pied, piercing petites oreilles, regard charbonneux (smoky eyes), fard couleur rose paupières blush fond de teint plutôt mat, eyeliner crayon noir pour souligner les yeux, rouge à lèvre rose pâle discret, lady tanguera dans toute sa splendeur gaie. Un travesti qui reçoit un colis. Dedans, un gode. Femme transgenre pas hormoné ni opéré. Visage définitivement imberbe. Comment vivre sa différence avec une enveloppe corporelle frêle, une silhouette très fine, une petite taille, un poids plume ?  Comment vivre son homosexualité et transidentité ? Voici la belle lettre, émouvante, poétique, troublante, d'une jolie ladyboy. Style de vie au féminin, transversalité des arts, et art de vivre alternatif. Blog lifestyle, carnet intimiste, toute une littérature égayée égayante, une plume aux qualités littéraires remarquables. Notre passion du tango argentin par correspondance.

 

Comment s'affranchir de leur norme?

Lettre égayée tout juste sortie de mon enveloppe terrestre, la conquête du bonheur

 

Comment affranchir nos enveloppes terrestres de la grande distribution des rôles que nous ne voulons plus jouer? Tu es un homme, je ne fais que la femme.

Quels sont les facteurs déterminants de mon cheminement et transition sur terre? Homosexuel passif, efféminé, de la quarantaine.

Peut-on poster notre conscience au beau milieu de nos réceptions galantes? Les Messieurs restent courtois, ils savent attendre, tandis que les autres mecs se jettent sur tel et dial. Je n'ai pas dit que la drague (et son plan Q) n'a pas son charme. Mais nos requêtes respectives ne sont pas toujours similaires. Entre l'orange pressée, mécanique, amère, que je dois avaler en toute hâte, le hot dog pris sur le pouce, l'expresso enfilé debout, et mon vilain petit moteur diesel que j'ai besoin de laisser préchauffer longtemps à l'avance, il y a une marge. On appelle cela le temps. L'espace des possibles. Le cérébral transforme l'instinct en désir. Une pulsion sans alexandrins, c'est un mandrin qui tourne sans outils.


Je rêve d'un bel échange... épistolaire, avant de concrétiser l'amour de mes amours.

Est-on accusé de réception active quand on entend seulement assister au spectacle de la vie? Spectateur non avisé ayant franchi la ligne de confidentialité de son prochain, refuse la responsabilité d'une existence précaire, de sa propre misère qui, tour à tour séduisante et sournoise factrice, dépose en nos petites boîtes-aux-lettres, missives, invitations, petites annonces et lettres de motivation. Suis-je un homme affranchi, une femme libérée? Un être humain peut-il seulement vivre sans norme, ni croyance? Ne sombrerait-il pas dans la folie? Les barrières mentales sont-elles nécessaires à l'individu? Vaut-il mieux de mauvaises lois que pas de lois du tout?

Quel est donc ce contrat qui attend notre signature, notre sceau, ou encore un engagement de notre part,  par voie maritime, quand notre cœur est invité cordialement à naviguer au gré des courants sur l'océan de notre humanité.

Combien se targuent d'assurances et de protections tout risque, comme s'ils n'étaient que colis de valeur? Collant à leur face quantité de timbres de collection pour assurer de briller et finalement pour ne se rassurer qu'eux-mêmes qu'ils valent leur pesant d'or...
 
Quelle est donc votre raison d'être en arpentant la terre, en faisant sortir chaque jour des sons de vos cordes vocales, en agitant vos membres, énormes, dans tous les sens, comme fléaux dans les champs d'une conscience malmenée?

Quelle est la réponse unique pour notre pensée unique qui pourrait répondre tout à la fois à nos millions de questions personnelles, intimes? Existentielles, pragmatiques? Le commentaire universel qui méritera un milliard de like sur nos réseaux sociaux? Profil banal. Follower sur talons aiguilles. Mon talent dérange, mon tango et ses fioritures sont ghostés. Normal, je ne suis pas argentin.

De retour à la campagne, loin de la grande ville, et de sa cohue, ma solitude retrouve le cycle des saisons. Je ne suis la conquête d'aucun milliardaire, le vide-greniers d'aucun collectionneur pervers, le bon coup d'aucun homme marié, la proie d'aucun prédateur, n'être d'aucun secours, le bon coin d'aucun violeur, d'aucune utilité, la victime d'aucun vampire. Et c'est tant mieux!

Quelle solution pour notre mental qui complique si bien la vie?

Où et comment trouver ce Graal, cette coupe sacrée une fois le secret dévoilé, sitôt que l'on comprend qu'il est ce récipient notre corps, oui notre corps, cette coupe, pleine à ras bord, ce vase trop plein d'émotions, ce récipient gonflé d'excipients, et ce principe actif insaisissable?

Récipient, ou bien... colis piégé?

Alors ne reste que notre enveloppe, la secouer, la brutaliser de mille secousses pour l'interroger, l'animer de mille subterfuges, la faire danser, aimer détester, la remplir d'alcool, de colère, de foutre ou d'espoirs mal rangés, et demeure encore et toujours cette enveloppe dans laquelle nous essayons habillement d'introduire nos plus belles lettres, cette enveloppe charnelle qu'on essaie de timbrer à sa plus juste valeur, et d'envoyer sous pli discret ou en recommandé à d'impossibles destinataires de notre cœur. Des inconnus.

Du bar lounge au restaurant gay, de la boîte de nuit au petit matin glissé sous tes draps, de nos milongas au confinement à répétition, d'encuentro milonguero en abrazo apretado, entre une amitié tiède et des amours sans préservatif, sous la pluie où une chatte mouillée s'est retrouvée coincée dans ton jardin, ou en plein soleil avec un morceau de viande saignante en train de fondre dans ma bouche,  je ne vois pas qu'est-ce qui pourrait être plus horriblement viral que cette pensée hétéro qui consiste à tout ramener autour de ce colis piégé qu'est le couple HF, mâle + femelle, comme si la lune n'avait pas le droit de tomber amoureuse d'une étoile, et le soleil, d'un dieu de l'Olympe, à je vous jure, ma boîte mail déborde d'enthousiasme devant ces hommes qui ont oublié leur cerveau dans les chiottes, à moins que Dame Nature ait oublié de leur en attribuer un? Tout le monde a oublié que faire l'amour est un art.

Enveloppe parfois trop étroite, souvent pliée en quatre, mal cachetée, en mal de voyage, maltraitée en gare de tri, ce corps qui me donne bien de raisons de le détester et bien de raisons de l'adorer malgré tout, une enveloppe dans laquelle mon âme, glissée en format A4, se froisse de se mouvoir comme elle le peut. Ô shibari, je suis ta chose, ton ebi, ta figure de proue. Oxymore: leur foutre au milieu de ma poésie. Un homo qui ne fait que la femme, qu'est-ce donc? Ni homme ni femme, mais qu'allons-nous prêter une bi-spiritualité à un être déjà binaire? Un corps d'homme dans une âme de femme? Mon enveloppe terrestre. Mon yoni.

 

Notre corps, une coupe pleine à ras bord, jaillissantes étincelles comme une question jusqu'au sang, à l'Imprimeur Céleste dont nous sommes les pages vierges noircies par les rouleaux de la presse quotidienne. Douze rencontres sans lendemain, treize éjaculateurs précoces. Un oignon blanc baigne dans l'huile d'olive, qui, dans une poêle, reste à farcir. A demi-mot, je vous le dis. A demi-vierge, parce que sous le ciel de madame, la garnison ne comprend que des hétéros.

 

Texte écrit le 12 janvier 2012
Revisité et peaufiné lundi 18 décembre 2017
 
 

Réponse:

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Comment s'affranchir de leur norme? A la conquête du bonheur

Publié dans gay

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Fortune 19/12/2017 14:19

Bravo J'ai bien aimé ton texte