La connexion dans l'abrazo cerrado

Publié le par Frédéric Zarod

Tango rioplatense: la connexion dans l'abrazo cerrado, style milonguero

Tango rioplatense: la connexion dans l'abrazo cerrado, style milonguero




A propos de la connexion du tango rioplatense, et plus spécifiquement de la connexion dans l'abrazo cerrado (étreinte collée/serrée, tendre et très intimiste), cher aux aficionados de l'encuentro où le style milonguero fait l'unanimité, c'est en relisant mon texte Le Tango du Mistral et d'une Tanguera que j'ai trouvé une phrase inappropriée, qui décrit la posture de la danseuse de tango en abrazo milonguero, mais valable aussi en tango ouvert (abrazo style nuevo, avec un espace entre les bustes).


En effet, cet article "Le tango du mistral et d'une tanguera" a la particularité de mettre le cavalier entre parenthèse, en le remplaçant par "du vent", ici, le mistral (Tango Plume Provence oblige!). Quand trop de danseurs encore utilisent la force du haut du buste au lieu de leur sol, se servent encore trop de la crispation des danseuses les plus timides, la métaphore du vent qui fait danser la tanguera, permet de mieux cerner la source même de la connexion dans l'abrazo cerrado.


La puissance du vent est cette énergie qui évoque la puissance invisible et terriblement efficace, développée par nos appuis et qu'on utilise via notre centre de gravitée, à la place d'un tango où le guidage se contente de se faire au pire par "la force musculaire", au mieux par une contraction du buste et des épaules, ainsi qu'un guidage "scapulaire" (La philosophie du "on fait ce qu'on peut avec notre corps, tanpis pour les courbatures et les contraintes sur les articulations de son partenaire de danse")...


La métaphore du mistral met l'accent sur la nécessité de la danseuse de garder son autonomie motrice, de rester sur ses axes vivants et dynamiques, car bien souvent la connexion abrazo cerrado se traduit par un affaissement et des crispations compensatoires qui peuvent à terme devenir douloureux. Le danseur devient le vent : symbole d'une énergie qui vient de son bas-ventre (hara des japonais) et non de ses épaules et bras qui eux servent la connexion via la chaîne cinématique (ou biomécanique) du cavalier. 


Je me suis aperçu qu'une phrase pouvait être mal interprétée sur le plan kinesthésique en ce qui concerne la posture pour la connexion du tango via l'abrazo milonguero, mais valable aussi en tango ouvert :
 

"Creuser le buste du cou au pubis",

- en fait je voulais inviter la conscience à se placer dans l'axe coccyx-nuque
- quant au ventre et à la poitrine, au contraire, ils doivent se faire généreux chez l'homme comme chez la femme surtout en ce qui concerne l'abrazo cerrado chers aux coureurs d'encuentros :

c'est cette coaptation charnelle qui permet d'établir la connexion.


... Mais attention! L'effet d'aimantation qui fait la connexion de l'abrazo cerrado, ne consiste pas seulement en un simple contact charnel, il y a un travail important et essentiel du sol à partir de nos jambes, du processus "ressort" de leurs articulations plante du pied/cheville/genou/col du fémur (ici, la paresse des jambes n'est pas de mise - ne pas confondre l'abrazo milonguero avec le tango corse). Il devient important de placer sa conscience dans son dos, de l'assise, en respectant l'alignement correct du bassin avec la nuque. Un alignement qui se doit d'être respecté même dans l'abrazo cerrado.

Le style milonguero ne peut pas s'improviser. Il est même nécessaire de le travailler paradoxalement en ouvert, par exemple à l'occasion d'une tanda de nuevo, avec une grande fluidité des bras. Je n'ai pas dit: mollesse. La tanguera veillera à ne pas entrer dans l'abrazo de la scoliose, sauf si elle est la maîtresse de son ostéopathe. Elle évitera également de prendre son cavalier pour un porte-manteau ou un guide touristique de la piste de danse. Le milonguero doit réfléchir à la position de son bras gauche, car le coude en l'air est un élément très agressif dans un bal bondé, surtout milonguero, qui génère une énergie négative dans le proche voisinage.


Surtout ne pas creuser sa poitrine ni son ventre : sinon ça donne des abrazo "claviculaires", ou les têtes finissent par constituer le seul contact pour la connexion - gare aux maux de nuque et aux compensations par la cambrure trop prononcée de la danseuse de tango mais aussi du cavalier.

J'ai donc rectifié ma phrase qui peut induire en erreur : je parle à présent d'assise.


Un bel exemple de l'art rioplatense de la génuflexion (ressort/suspension), dans le tango dansé en abrazo cerrado: Nora Witanowsky et Juan Carlos Martinez à Paris. Un abrazo cerrado constant du début jusqu'à la fin; observez la main droite du milonguero et la main gauche de sa partenaire, à aucun moment elles ne se déplacent.

Pourtant Juan Carlos ne porte pas sa danseuse, et il respecte ses possibilités ergonomiques. Il n'étouffe pas la liberté des mouvements chez Nora, simplement il lui guide ce qu'il est possible à la danseuse de faire dans la "contrainte" apparente d'un tel abrazo fermé pecho contre pecho.



Ne pas confondre "porter, bloquer" sa danseuse dans l'abrazo cerrado avec la coaptation charnelle qui nécessite dans le tango milonguero une très bonne maîtrise des bases du tango rioplatense, à savoir: transfert de poids, sol, jambe d'appui et pierna libre, pivot, et surtout ici dissociation. Observez ici la connexion, constance, fluidité, douceur, elegancia y tecnica! 

 

Vidéo: Nora Witanowsky et Juan Carlos Martinez dansent à Tango Bien Paris

 

Avignon, le 29 mai 2013

 

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