Danse avec les stars du tango 2

Publié le par Frédéric Zarod



Danse avec les stars... du tango argentin! 

Dans le premier article Danse avec les stars, nous avons présenté Mariano Chicho Frumboli. Evoquons aujourd'hui un autre danseur maestro qui joue un rôle important dans l'émancipation du tango argentin sur notre planète sulfureuse de la danse à deux : Gustavo Naveira.

Né en 1960, Gustavo Naveira entre dans le rythme d'abord par les doigts avant de le faire descendre dans le corps tout entier : il commence en effet à jouer de la guitare à l'âge de 7 ans. C'est à sa vingtième année qu'il commence le tango argentin.

Danseur et professeur de tango, le maestro fait sa première apparition avec le rôle de "Gustavo" dans le film "La leçon de tango", drame de Sally Potter, co-produit par l'Argentine, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Angleterre.


Avec Fabian Salas et Pablo Veron, il ouvre de nouveaux horizons pour un tango qui devient universel. Le terme tango nouveau (ou encore : tango libre), new tango, tango nuevo, devient un leitmotiv pour le développement de son enseignement dans le monde.

Le tango se libère donc, et Gustavo Naveira est l'un de ceux et celles qui développent le tango argentin et contribuent  à faire de cette danse un véhicule d'enrichissement personnel, où la créativité, l'improvisation, la liberté permettent d'exprimer notre personnalité.

Si aujourd'hui de nombreux débats sont soulevés à propos de l'opposition tango nuevo/tango milonguero (abrazo ouvert/abrazo fermé), ceci est bien aux antipodes du message que Gustavo délivre, au même titre que le fait Chicho : que sa pensée profonde cesse d'être dénaturée par des partisans de l'une comme de l'autre extrémité d'une même planète!

Pour le bon sens : on ferme son abrazo dans un bal bondé, et l'on a la possibilité de l'ouvrir lorsque la piste de danse se libère et se vide (généralement en fin de soirée ou au tout début).

Sur le plan musical : des musiques nous invitent à fermer l'abrazo, un tango intérieur, vécu dans l'émotion, de petits pas, des pivots discrets, et certains l'aiment ainsi.

Si un Otros Aires, un Gotan Project ou un Narcotango nous pousse dans une cadence infernale, qui nous porte, alors l'énergie y est accrue, un tango moins sentimental, mais un tango avec une émotion peut-être plus violente, c'est comme dans un virage abrupte qu'on prend avec une formule 1, et les passagers en sont propulsés! On ouvre son abrazo jusqu'au bout des doigts.

Ceci dit, rien n'empêche d'offrir à de l'alternatif et de l'électro, un abrazo très fermé, ainsi qu'à un el choclo, un hurrican ou un emocion un tango aux grands espaces!


Pour apprendre le tango : souvenons-nous de nos premiers cours de tango argentin : il me semble que nous avons toutes et tous débuter avec le tango nuevo... Apprendre le tango, c'est d'abord apprend le tango nuevo : ma boutade est lourde de signification.

Ne fermons pas trop vite l'abrazo lorsque nous en sommes à nos premiers cours!

Car le tango milonguero, si l'on ne maîtrise pas l'axe, le transfert de poids, la dissociation, le pivot et la remontée de l'énergie de son sol pour la transmettre à sa/son partenaire, devient très vite, comme dirait l'autre, "le refuge des mauvais danseurs".

Car encore, le tango milonguero, si l'élève n'a pas eu le temps de s'ancrer dans son sol et d'explorer correctement ses axes dynamiques, peut devenir un tango d'affaissement, de cambrures et de contractions nocives à long terme.


Rencontre avec le troisième type : Certains pédagogues et danseurs s'efforcent de nos jours de réconcilier les deux tangos, les deux pôles, l'ouvert et le fermé, substituant les termes tango libre, tango nuevo et tango milonguero par "tango nuevo milonguero". Rencontre avec le troisième type? Ou création d'un nouveau style?

Je reconnais que l'ouverture et la fermeture dans un tango, sa fréquence, sa durée peut produire du style, mais je pense que Gustavo Naveira et Chicho Frumboli, pour ne citer qu'eux, ne nous ont jamais invité à copier leur style, à coller leur personnalité, mais qu'ils nous ont véritablement invité à retravailler nos bases en fermé comme en ouvert, en traditionnel comme en contemporain, pour nous montrer d'autres chemins, des horizons insoupçonnables que l'on peut découvrir qu'à partir du moment où l'on essaie chaque type de tango, que l'on ose, sans rester enfermé mentalement dans un tango ou l'autre. Création, improvisation, expérimentation, n'est-ce pas ainsi que des êtres de tous les continents ont fait naître sur les berges du Rio de la Plata le tango?

Et comme je l'ai écrit dans un autre article : nous ne sommes ni manchot, ni pieuvre, et le tango nous offre toutes les dimensions possibles de l'espace de nos bras!

On peut aller vers l'autre mais pas traverser son corps! On peut s'éloigner de l'autre, sachant que la danse se finit lorsque les doigts glissent et mettent un terme à la connection entre l'homme et la femme du tango!

Qu'importe l'abrazo, chacun crée son propre tango sans réinventer la roue, pourvu qu'à l'intérieur de notre abrazo, nous soyons plus près du coeur... de l'Autre! 



Danse avec les stars du tango, plus près du coeur :

Tango performance de Giselle Anne & Gustavo Naveira au festival Tangomagia, Amsterdam, sur la valse Palomita blanca de Troilo

 


    
   

Publié dans Tango argentin

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