Le tango c'est relier la terre et le ciel

Publié le par Frédéric Zarod

 

Tango rioplatense, entre la terre et le ciel de Provence, une Plume française entre deux rives, un danseur sur son petit chemin des roses



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La danse tango rioplatense, entre Terre et Ciel, est encore bien jeune: elle n'a que 133 ans cette année - si l'on part du principe que la naissance officielle du tango argentin et uruguayen  est fixée à 1880.


Les deux principaux ingrédients (essentiels) de la reine des  danses issues des racines sud-américaines, inscrite paradoxalement comme patrimoine... immatériel, sont:


- La terre, le  rapport au sol, le feu qui en jaillit, notre flamme intérieure, le désir, ses forces obscures, son corps charnel - terrestre - par l'expression du couple;
 

- La musique... les émotions, le sentiment de nous sentir relier à un égrogre, une chose qui dépasse toute science, que l'on comprend sans comprendre. Les instruments de musique: à cordes, à souffle. Vibrations sonores.

 


Un travail céleste et une certaine oisiveté terrestre,  la danse tango du Rio de la Plata, c'est une marche, (caminar - marcher, camino - chemin), entre la terre et le ciel, c'est se relier à son Être, aux Autres, à la Vie.

Terrestre et céleste: étudier sa biomécanique, son enracinement et son organisation corporelle, mettre de la conscience dans son corps. Quant à la musique, vibration sonore, c'est de la magie, de l'alchimie... Relier donc la terre au ciel.

Si tu es un arbre, enracine-toi. Si tu es un oiseau, envole-toi. Danser le tango de Montevideo et de Buenos Aires, c'est se vouloir enraciné tel un arbre, et être capable de prendre son envol comme un oiseau.

Il y va de ce paradoxe que le yin et le yang circulent en permanence, et que l'on ne peut mentalement fixer l'apprentissage du tango des berges du fleuvre argenté par de la théorie: notre corps émotionnel nous empêche de nous enfermer dans une technique bien huilée, bien rôdée, applicable en bal ou pendant une improvisation de démonstration.

Il n'y a qu'à observer les plus grands danseurs pour voir que leur tango évolue sans cesse, et qu'ils ne restent que rarement étalés sur plusieurs saisons sans faire évoluer leur style, leur personnalité, au point que parfois, maestro comme maestra, changent de partenaire, pour le besoin impérieux de s'adapter aux mouvements profonds et secrets issus de la transformation émotionnelle que le tango provoque  dans leur inconscient.

 

Notre technique du tango rioplatense nous freine dans la liberté d'exprimer ce que l'on ressent intérieurement avec sa ou son partenaire et surtout dans l'écoute charnelle de la musique. Même lorsque la maîtrise corporelle a atteint un stade satisfaisant, la maîtrise même de cette base technique deviendra un objet lourd, encombrant: il s'agira de rechercher un autre paradigme.

Bien sûr, l'on ne peut réinventer le roue: la marche reste la marche, et les pivots sous toutes leurs déclinaisons, demeurent pivots de la danse tango. Mais l'être dansant est ainsi né de la terre et descendu du ciel, qu'il sera toujours dans la recherche perpétuelle de réinventer son tango, écartelé qu'il est entre le limon et les vents, la lumière du jour et les eaux qui sourdent d'une faille ténébreuse.

Le danseur terrien ou terrestre nous plaît, nous rassure, à le voir s'ancrer à chacun de ses pas, nous apprécions sa marche qui nous est concrète, puissante. Le danseur de haute voltige, celui qui donne l'impression qu'il ne touche plus sol, nous fait rêver, et nous conduit dans une dimension qui échappe aux lois de la gravité.

Mais entendons-nous bien: la différence n'est que visuelle, illusion. Car terrestre ou céleste, les deux danseurs ne donnent à voir que ce qu'ils veulent bien nous montrer. Tous les deux sont dans l'alchimie du rythme, la magie des notes, qui les transmuent en dieux vivants du tango.Tous les deux se servent de la terre, et c'est bien à partir de cette terre qu'ils ont la prétention de se relier au ciel.

N'est-ce pas parce que nous sommes issus du Ciel, que nous éprouvons le besoin féroce de nous servir de la Terre, avec cette volonté de faire descendre ce Paradis Tango qui est une constante fantasmée et tant désirée dans nos milongas?

 

Avignon, le 11 octobre 2013


Vidéo technique/musicalité/texte - Tango rioplatense, entre terre et ciel de Provence:




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"Elle est la terre, elle est la plaine, elle est le champ. Elle est chère à tous ceux qui sèment en marchant; elle offre un lit de mousse au pâtre; frileuse, elle se chauffe au soleil éternel, rit, et fait cercle avec les planètes du ciel comme des soeurs autour de l'âtre. Elle aime le rayon aux blés mouvants, et l'assainissement formidable des vents, et les souffles, qui sont des lyres, et l'éclair, front vivant qui, lorsqu'il brille et fuit, tout ensemble épouvante et rassure la nuit à force d'effrayants sourires. Gloire à la terre! Gloire à l'aube où Dieu paraît! Au fourmillement d'yeux ouverts dans la forêt, aux fleurs, aux nids que le jour dore! Gloire au blanchissement nocturne des sommets! Gloire au ciel bleu qui peut, sans s'épuiser jamais, faire des dépenses d'aurore!" Victor Hugo, La terre - Hymne - Citations

"Elle est la terre, elle est la plaine, elle est le champ. Elle est chère à tous ceux qui sèment en marchant; elle offre un lit de mousse au pâtre; frileuse, elle se chauffe au soleil éternel, rit, et fait cercle avec les planètes du ciel comme des soeurs autour de l'âtre. Elle aime le rayon aux blés mouvants, et l'assainissement formidable des vents, et les souffles, qui sont des lyres, et l'éclair, front vivant qui, lorsqu'il brille et fuit, tout ensemble épouvante et rassure la nuit à force d'effrayants sourires. Gloire à la terre! Gloire à l'aube où Dieu paraît! Au fourmillement d'yeux ouverts dans la forêt, aux fleurs, aux nids que le jour dore! Gloire au blanchissement nocturne des sommets! Gloire au ciel bleu qui peut, sans s'épuiser jamais, faire des dépenses d'aurore!" Victor Hugo, La terre - Hymne - Citations

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Laret 12/10/2013 10:12


Un grand merci pour tous ces renseignements historiques....Tres bon week end,à bientôt.

Fred Milongeroz 12/10/2013 18:40



Je t'en prie  Historique.... mon expérience modeste de milonguero