Danser 1001 tangos

Publié le par Lady Plume

Les mille et une nuits d'une danseuse de tango

Les mille et une nuits d'une danseuse de tango

 

Comme un arrière-goût de Shéhérazade, sous les parfums de l'Orient, au milieu des épices de la Route de la Soie et des étoffes des Mille Et Une Nuits, Lady Plume rêve de danser 1001 tangos, dix mille pas pour une danseuse noyée dans les fragrances et les sueurs d'un millier de cavaliers.

Voyez comme ma jupe de satin se soulève, quand je suis emportée au loin, quand ils sont plus de deux mille à m'enlacer, des bras vigoureux, des avant-bras tatoués de marins, des doigts adipeux de voleurs, des mains baladeuses, des yeux ténébreux, danseuse étreinte, tour à tour cajolée et vilipendée par des garçons aux mauvaises fréquentations, des fils de tailleurs de pierre, de quoi rendre jaloux le Sinbad, l'Ali Baba et l'Aladin d'Antoine Galland.

 

Princesse orpheline, suis prisonnière de ce monde où les femmes rêvent de se trouver dans les bras d'un homme viril, qui assure leur protection, leur sécurité, leur confort, mais à quel prix, lorsqu'elles constatent aussi que la douceur, le romantisme, la subtilité de l'échange tendre sont cachés dans d'autres coeurs; puis-je seulement trouver un cavalier qui porte l'armure, tient le glaive haut, chevauchant l'étalon puissant, un chevalier aux couleurs héraldiques, mais un guerrier brave et fort qui saura m'offrir de la délicatesse au long cours, ainsi que son verbe le plus raffiné d'une manière constante, en d'autres circonstances que celle où il est venu à moi, blessé, affamé et affaibli par mille et une batailles, cette nuit merveilleuse où il brillait encore de toute sa notoriété, avec son regard empli de noblesse, m'implorant de panser ses plaies, avec cette gentillesse qu'ont les enfants qui courent se rassurer dans les plis soyeux de la robe maternelle.

 

Qu'un homme est beau quand il dévoile sa fragilité à l'abri du regard de ses ennemis, avec ses muscles saillants, la fièvre au front, amoureux dans ma couche, parce que désespéré et fatigué, à la merci de mes doigts de reine déchue par une société qui ne respecte même plus ni la bravoure des hommes, ni les sentiments élevés d'une femme, un monde dans lequel les hommes se laissent si facilement corrompre, dans lequel les mots les plus orduriers finissent même par sortir de la bouche de jeunes femmes.

 

Sur la route des épices, des étoffes et des parfums

Sur la route des épices, des étoffes et des parfums

 

1001 bals, mille et une nuits au rythme du tango, comme Shéhérazade, pour les faire attendre, impatients qu'ils sont d'emprunter ma route de soie et de velours, pour s'accaparer mes trésors et mes secrets de femme, ainsi me suis-je offerte à la poésie d'une danse de couple, d'une danse pas comme les autres, à la Reine des danses, et à la beauté d'une musique sud-américaine qui nous est parvenue avec sa richesse, orchestrée si admirablement, à la fois un dépaysement mais peut-être aussi une façon de se ressourcer, de se reconnecter à Soi et à l'Autre.

Mille et un tangos que j'ai accepté de danser avec eux, de mon regard charbonneux, jusqu'à l'abrazo le plus sulfureux, à faire couler mon fard à paupières, leur livrer mes arômes et les mystères de mon coeur.

J'ai connu des bras incroyablement réconfortants, et des tendresses qui m'ont fait pleurer, des douceurs autrement plus puissantes que les effets d'un oignon qu'on épluche. Certains ont glissé dans le creux de mon oreille des mots aux saveurs de marjolaine, de cannelle, et de safran. Il m'est arrivé d'avoir un orgasme au beau milieu d'une délicieuse étreinte, tout comme j'ai failli tomber en pâmoison sous des bouches qui empestaient l'ail, le tabac ou l'alcool.

Il y a des hommes mal élevés qui m'ont jetée en plein milieu de la piste, d'autres qui m'ont enlacée en me considérant d'entrée de jeu comme une fille de joie. Je me suis coltinée aussi mon lot d'admirateurs qui auraient déposé à mes pieds leurs biens les plus précieux, déversé à mes chevilles toute la route des épices, des étoffes et des parfums, offert des robes somptueuses, des colliers, des boucles d'oreille, des bagues, de l'or et des diamants, des bijoux aux perles rares, mais qui, si je les avais écoutés, m'auraient posée tels des collectionneurs sur un piedestal dans leur salon, ou enfermée dans leur grenier, au beau milieu de sacs d'écorces, de fleurs, de feuilles, de bulbes et de graines, de mallettes remplies d'écussons luxueux, de pièces de caractère, d'anciennes broderies, de meubles de valeur, de pommeaux et de piètements en fer forgé, de vieux tissus, d'épreuves sépia et de nus argentiques, j'aurais vieilli, oubliée, parmi des objets destinés à la brocante...

 

Avignon, le 16 février 2016

Danser 1001 tangos

Danser 1001 tangos avec eux - Lady Plume

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