Faire des progrès en tango argentin

Publié le par Frédéric Zarod



Apprendre à danser le tango argentin, et faire des progrès dans cette si belle danse issue du Rio de la Plata, c'est affronter les obstacles qui freinent notre progression de tanguero, obstacles que l'on rencontre au fil de notre pratique du tango, de nos milongas et de nos cours.

Ce qui nous empêche de progresser, ce sont les tensions du corps: l'évolution progressive, constante, est nécessaire en terme de motivation, d'encouragement, de plaisir, sur notre propre chemin du tango argentin, et pour faire des progrès, il faut affronter coûte que coûte ses émotions, au lieu de passer son temps à critiquer tel ou tel professeur, ou de se plaindre que dans telle ou telle milonga, le niveau n'y était pas.

 

Apprendre à apprendre

L'apprentissage du tango argentin est un processus, dans lequel on n'engage pas seulement notre côté "scolaire" et mental, mais notre corps tout entier, et... notre âme. On ne peut pas faire des progrès en danse qui l'on n'apprend pas à comprendre les liaisons invisibles entre le schéma corporel dynamique et les émotions qui se cachent sous chacun de nos muscles! En outre, apprendre consiste aussi à nous poser des questions, à soulever des problématiques, à résoudre nos conflits intérieurs: en quoi notre mental (nos croyances, notre vision ou image que l'on se fait du tango rioplatense) est susceptible de freiner notre progression sur notre petit chemin - caminito - de danseur?

 

Apprendre une figure par coeur, ça prend dix minutes; s'il suffisait de mémoriser un répertoire de figures, pour acquérir une maîtrise suffisante du tango argentin, je ne prendrais pas le temps de rédiger cet article.


Le tango, ce n'est pas apprendre, c'est désapprendre de mauvaises habitudes corporelles issues de nos combats personnels, de notre vécu. On ne peut aucunement progresser en tango sans remettre en question son passé corporel.


En cours, en stage, ce n'est pas tant l'accumulation de figures, la répétition de séquences, qui compte, que le fait d'affronter ce qui ne va pas dans l'organisation corporelle. C'est une transformation, une descente des étages vers le centre de gravité: progresser en tango inclut la notion de changement d'état, de remises en question, de doutes nécessaires pour éveiller - ou développer - la conscience corporelle.

La tentation est si facile, on glisse si facilement sur l'essentiel, prenant la tangeante malgré nous...



L'apprentissage du tango argentin ne réside pas simplement dans l'achat d'un produit, d'un service, mais nous oblige à fournir un travail personnel qui consiste justement à faire des progrès. Progrès qui vont réjouir le coeur du danseur, de la danseuse, lui ouvrir de nombreux champs du possible en tango, lui permettre de devenir progressivement autonome - et créatif!


 

Je ne sais s'il existe une recette pratique que l'on pourrait trouver dans un magazine de mode et beauté! Il n'y a pas une seule façon d'apprendre le tango argentin, comme il n'en est pas qu'une seule de l'enseigner.


On peut passer cinq ans, huit ans, dix-sept ans dans le tango, en stagnant, parce qu'il est une porte secrète qu'on ne trouve pas tant qu'on n'a pas compris que le tango rioplatense, comme toute discipline, n'est pas une chose qu'on peut avoir, copier, mais bel et bien un chemin vers son intériorité. Et à l'intérieur de soi, on y rencontre nos petits démons, autrement dit, ces émotions qui nous travaillent, nous bloquent, nous contredisent!


Si je dis : ce n'est pas tant le travail qui compte; en ce lieu commun  de croyance populaire, d'idée reçue, je soulève l'hystérie collective à travailler toujours plus, car l'on  finit par penser inconsciemment, que la quantité fait la qualité, or, il n'y a qu'à observer l'aboutissement de notre société industrialisée à outrance, le système bancaire spéculatif, l'industrie aberrante de l'alimentation, de l'agriculture, pour nous apercevoir que la course folle à la quantité, au rendement, finit par porter en soi, un travail improductif, qui brise l'évolution naturelle, qui freine la motivation, qui détruit par la même occasion la vie elle-même.


Le paysan plante un arbre fruitier. Avec un entretien régulier, et de la patience, il récoltera le fruit de l'arbre, et non pas le fruit de son labeur... S'il doit travailler dans un coin de la planète pour l'humanité entière, là oui, son travail deviendra une "torture", puisque telle est la racine même du mot "travail" en latin (trepalium).

Le professeur de tango argentin ne peut pas travailler à la place de ses élèves : il n'est d'ailleurs pas dans leur corps, et concrètement il n'a pas les moyens magiques d'être dedans, à votre place!


Prendre des cours de tango argentin ne consiste pas à accumuler des heures, mais bel et bien de vivre le moment présent, et d'aller au fond de soi-même, en étant attentif aussi bien à son propre corps qu'à son environnement, la piste de danse, les autres couples, sa/son partenaire pour comprendre comment fonctionner en harmonie avec son squelette, ses articulations, ses tendons et ses muscles, avec les autres qui dansent aussi : le respect de soi et des autres commence par l'effort nécessaire d'être dans son corps et non dans la recherche infinie de faire toujours plus, d'aller toujours plus loin, d'accumuler une richesse, comme il en est de collectionner des figures par exemple. 



Faire, apprendre par coeur des figures, pourquoi pas?

La chorégraphie, apprendre par coeur un enchaînement, pour offrir une démonstration de tango argentin est un travail aussi en soi, qui est légitime, et qui a le grand mérite de faire travailler la mémoire corporelle.


J'insiste en disant que l'apprentissage d'une figure en tango est intéressante à partir du moment où l'on prend le temps de la décortiquer, et d'aller au fond des choses : il y a l'élève qui ne se préoccupera que de l'apprendre par coeur afin de pouvoir la ressortir en bal, quitte à ce qu'elle ne rentre pas dans l'espace du bal; il y a l'élève qui voit dans l'apprentissage d'une figure l'occasion de briser ses propres habitudes de danse, l'occasion de déceler dans son organisation corporelle quelque menu défaut qui traînerait encore par là! Apprendre à danser, c'est une histoire de progrès: l'apprentissage n'est pas l'achat d'un objet, mais bel et une bien une aventure à vie où l'on ne cesse de progresser, et où l'on se réjouit de voir notre danse évoluer.


Encore une fois, le professeur de tango argentin, par son cours, son stage, ne pourra pas faire grand chose si l'élève ne porte pas un véritable regard intérieur, dans le ressenti de son propre corps et de celui de sa/son partenaire, et que plutôt il continue à maintenir son attention dans son mental.


Il se pourrait qu'il passe vingt ans à prendre des cours, à faire des stages intensifs, en arrivant chaque fois avec les certitudes de son ancienneté, la fierté d'être un "haut gradé", et de se complaire dans la critique des plus jeunes, des débutants, quitte à leur trouver de gros défauts pour mieux faire taire une réalité corporelle qui pourrait l'effrayer s'il se rendait compte qu'il a parcouru des milliers de kilomètres en direction du pôle nord pensant rejoindre les plages de sable de la Méditerranée qui se trouvaient en fait juste à quelques pas... alors qu'il en était encore qu'à ses premiers mois de tango argentin!

 

L'essentiel pour apprendre à danser le tango argentin, ce n'est pas d'atteindre l'arrivée, autrement dit, le moment où tout s'arrête, où l'on quitte notre corps, pour de futures aventures terrestres, mais le plaisir de faire des progrès, d'en être étonné, et de prendre cela comme un jeu: comment apprendre à nous surprendre nous-mêmes?



 

Publié dans Tango argentin

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Laret 19/06/2013 11:26


Il faut,avant tout,un bon professeur,avec qui l'osmose est parfaite!!Bonne journée,Jean-Pierre

Fred Milongeroz 19/06/2013 17:21






 Bonne journée également !