Altocalciphilie 3

Publié par Mademoiselle Plume, danseuse sur talons hauts, graine de maestra, reine du pivot, charmante dame du tango argentin

Un pivot, un joli coup de fouet

Un pivot, un joli coup de fouet

Chaussures femme de tango argentin salsa kizomba

hauteur talon: 8 cm / pointure: 37 / couleur: chair

 

Lolita altocalciphile et danseuse invétérée, j'étais heureuse et comblée lorsqu'aux lueurs vespérales d'un samedi 8 octobre 2016, j'ai fait l'acquisition de ma première vraie paire de chaussures de tango. Des chaussures de femme! Des chaussures à talons hauts!

Au stand, j'aurais crié de joie. J'étais doublement excitée ce soir-là, car c'était également ma première sortie publique de fille: j'avais revêtu une robe rouge! La robe rouge, pour moi, recouvre un sens profond, c'est un symbole important, mon symbole a-phallique, qui a marqué à plusieurs reprises mon parcours de dame brimée pendant plus de 25 ans, fouettée à maintes reprises par des mots cinglants, raillée au collège en classe de sixième quand je jouais à l'élastique, à la marelle et à la corde à sauter avec les copines, parfois admonestée par des professeurs qui voyaient une paresseuse et une rêveuse, alors que je ne faisais rien d'autre que m'absenter de mon corps, clouée sur ma chaise de lycéenne, pendant ma longue descente en enfer qui a marqué mon adolescence...

 

Couleur chair, hauteur talon: 8 cm, pointure: 37, brides réglables 2 positions, marque italienne...

 

Madame est contente!

 

Madame est contente. Maintenant, elle peut faire son grand huit, et son ocho cortado couleur Ferrari, dans les bras de ses danseurs, faire voler sa robe, exhiber ses jolies guiboles sur la piste de danse, serrer ses cuisses de mouche sur le pivot, pivoter à 360 degrés en fléchissant une gambette nerveuse, pour imiter celle qu'elle détestait jadis, pour tendre à son tour, et la contempler, sa jolie jambe libre, refaire exactement, dans un esprit de revanche, ce que lui avait fait subir comme menue atrocité et autres tortures, la jeune et belle et cruelle tanguera...

Avec sa peau blanche de sainte-nitouche, correctement épilée, sa taille fine, ses beaux yeux bleus, sa chevelure blonde comme les blés, Madame ne manque pas de ressource humaine.

 

Madame a quitté son showroom où elle s'entraînait, telle une forcenée du pas de danse et de la sortie de jambe, du pivot et du huit qu'il engendre, des milliers de pas, des pivots par millions, et par devant, et par derrière, un vrai programme minceur, de quoi galber son mollet, muscler la cuisse, raffermir ses beaux fessiers, des centaines d'heures coincée entre quatre murs, des fesses qui tournaient en rond, un training de folle ô heures égarées dans l'impatience de se jeter dans les bras du premier venu pour danser un tango; Madame en devenait hystérique! Et c'est votre ami homosexuel qui vous le dit, on aurait dit une nymphomane, à se trémousser devant son mur blanc, tournant le dos à la caméra, s'exhibant dans des tenues affriolantes, mais faut comprendre Madame...

Puis tout est passé si vite, le soir inespéré, la robe rouge, les chaussures couleur chair, Madame a quitté son alcôve dans lequel elle était séquestrée puisqu'elle ne savait même pas que c'était possible...

Insouciante, aujourd'hui, elle va de bras en bras, vient entre les hommes offrir sa mirada, et pivote à tout bout de champs, se pavane à bout de souffle, une délinquante de la milonga... une garufa. Mais est-ce un sourire, Monsieur? Et j'entends comme une voix, au loin, qui s'approche, j'entends que l'on se moque encore...

"Madame promène son cul sur les remparts de Varsovie.

Madame promène son coeur sur les ringards de sa folie

Madame promène son ombre sur les grand-places de l'Italie..."

(extrait chanson Jacques Brel, Les remparts de Varsovie, Famille Brel, 1977)