L'homme occidental et le tango rioplatense

Publié le par Frédéric Zarod




L'homme occidental est si rempli de lui-même, si rempli de son égo, que le tango rioplatense ne peut rentrer dans son corps.

Le consommateur occidental arrive dans le tango avec le poids d'une société qui l'a éloigné des logiques naturellement organiques et émotionnelles que le tango lui demande de réveiller.



On peut prendre des cours et faire des stages de tango argentin, danser de Buenos Aires à Istanbul, pendant des années et des années et des années... si l'on demeure à l'extérieur de son corps, si l'on cherche à comprendre avec son mental, si l'on vénère le Dieu de l'Apparence... alors c'est du temps perdu... de l'argent perdu.... de la rancoeur accumulée.


En tango, l'écoute de la musique est fondamentale : la musique est centrale, que si l'on réfléchit une seule fois à la figure qu'on veut faire, on n'y est plus, on n'est plus dans la musique, on se retrouve dans du copier-coller approximatif, et que dire alors de la connexion avec sa/son partenaire?

Paradoxalement, la musique descend dans le corps du cavalier et le cavalier retransmet la musique à sa danseuse par son vecteur charnel et énergétique.

Si la danseuse se connecte directement à la musique et qu'elle ne se fie qu'à la musique, la connexion est perdue, on se retrouve également dans un copier-coller.


Pourquoi les femmes et les hommes s'évertuent à vouloir danser du milonguero, du cerrado, alors que c'est cent fois plus difficile à danser qu'en ouvert?


Le tango milonguero dans nos bals fait mal, très mal aux articulations, c'est la première raison pour laquelle tant d'hommes et tant de femmes se contractent à outrance et parfois d'une manière surprenante et bien triste : ils et elles se protègent de la violence corporelle de l'Autre? C'est la spirale infernale de : "Je me contracte pour répondre à la contraction de l'autre... Un invisible jeu de massacre ergonomique auquel on assiste sous nos yeux (ou dans notre corps) chaque soir, à chaque milonga...



Gandhi disait : "Le plus grand voyageur n'est pas celui qui a fait dix fois le tour du monde... mais celui qui a fait une seule fois le tour de lui-même."

Dieu sait qu'en tango nous faisons le tour de nous-même.... mais nous restons trop souvent à la périphérie... peut-être pendant 5 ans, 12 ans de tango, sans être une seule fois véritablement dans la conscience de son propre corps (hors mental), dans le véritable ressenti de notre corps. L'instant présent est-il le seul remède pour vaincre la volonté d'un mental qui a cessé d'être à l'écoute du corps, de son intelligence incroyable que la terre mère nourricière lui a donné à sa naisance? 




Roxana Suarez et Sebastian Achaval au festival international Tango to Istanbul (Turquie) :


 


 

Publié dans Tango argentin

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