Hystérie, chasteté et tantrisme d'une horodatrice bipède

Publié le par Mademoiselle Plume

Hystérie, chasteté et tantrisme d'une horodatrice bipède

 

Hystérie et chasteté d'une bigote française du tango

A l'image des Dames de la bourgeoisie de l'Italie du XV° siècle qui portaient, paraît-il, la ceinture de chasteté, afin de se prémunir, dit-on, contre toute tentative de viol, et dont les époux jaloux, par ailleurs, qui n'avaient pas perdu le nord, hormis les fieffés accros au candaulisme, se sont vite rendus compte des avantages qu'offrait en terme de prévention unilatérale de l'adultère, le dispositif en question, doté de deux ouvertures correspondantes aux voies naturelles qui font que la gente féminine se distingue avec si grand mystère et non moins d'élégance de la cohorte fertilisatrice de notre espèce humaine si chère à Paul Verhoeven, et présentant bien évidemment une couronne de pointes acérées, je donne ici matière à méditer en mettant un point d'honneur à me constituer partie plaignante tout en faisant, mine de rien, le plaidoyer d'une précieuse ridicule, au sujet des affaires du célibat, de la chasteté, ou contenance, d'une lolita que vous pourriez voir tantôt hystérique, tantôt en quête de sens, loin des élucubrations d'une bimbo pour qui être chaste est synonyme d'Apocalypse et de fin des temps.

 

Chasteté de blonde, vous l'aurez compris, donc hystérie, mais qui ne demeure pas moins terrain propice à la transcendance d'une danseuse folle amoureuse du tango argentin, très romantique, fleur bleue et rose gothique, bref, d'un genre particulier, et particulièrement féminin.

Je réveille dans mon corps de jeune vierge tanguera perchée sur des talons aiguilles de dix centimètres, le serpent de la kundalini, en travaillant la beauté du mouvement, la marche féline, l'assise et le pivot, les embellissements du pied ainsi que des jeux de jambes déjà un peu plus spectaculaires après trois mois d'exercices lyriques et d'entraînements ensanglantés.

 

 

Activité tantrique d'une horodatrice bipède*

Je crois bien que je ferais craquer plus d'un charmeur de serpent, tant mes ondulations et mes coups de reins mettent sans dessus dessous mes vêtements de Gorgone.

En effet, dans mon quotidien de danseuse moniale, de fantasmeuse dominée par d'étranges règles de vie ascétique, mise au pied du mur, condamnée ainsi à la cellule on-ne-peut-plus tantrique par l'entremise de ce rituel des fioritures féminines et des oripeaux du tango rioplatense, je déballe mes quatre vérités, exprime mes colères et chagrins d'amour, témoigne d'une énergie débordante et incontrôlée, libido que l'on ne saurait tarir; ce sont là les improvisations de la bigote du ballroom, d'une huisseuse-closeuse bipolaire dont les carences affectives et autres menus troubles masochisants ont enfanté les talents d'une horodatrice* bipède, une expression corporelle qui a bien du mal à contenir tous les entrelacs et arabesques, sinogrammes, hiéroglyphes, mandalas et cumulonimbus que produisent mes gambettes de monstre femelle, me faisant passer, des confins de la Libye à la muraille de Chine, du temple d'Artémis à la Tour de Londres, des jardins suspendus de Babylone jusqu'aux moaï de l'île de Pâque, pour la plus effrontée du pays des Hespérides, barbue comme une portugaise, des cernes qu'on dirait la Death Valley, autrement dit, la célèbre vallée californienne vue d'en-haut, des gencives qui se pavanent, surmontées qu'elles sont, des dentelles de Montmirail, enfin!... pour la plus mortelle des Gorgones!

 

 

Transcendance, transe en danse

La musique me pénètre, si bien, que j'en deviendrais hystérique. Elle est le ferment de ma transition. La clef de voûte d'une féminité transversale. Avec le sens du rythme, et le rythme dans la peau, pour moi la danse est un art qui ne manque point de noblesse, par lequel je peux transcender ma condition humaine.

La technique femme me permet de canaliser certaines énergies contradictoires dans les abysses de ma psyché - histoire d'équilibrer le yin et le yang au sein de ma vie affective et sociale. Ma queue de cheval se balance dans tous les sens, première raison pour laquelle j'attache mes cheveux de blondinette exubérante comme pouvait l'être la Salammbô de Flaubert. Mon voile transparent de magicienne victorienne en fait tout autant.

J'essaie de calmer mes ardeurs de jument qui donnerait bien du fil à retordre à un jockey primé de la Cravache d'Or. Il semblerait que j'aie trouvé en cette cellule aux inlassables tourmentes, une voie tantrique bien surprenante, mais qui ne prive pas la cloîtrée que je suis, malgré la chasteté que m'impose le Créateur au sein de la comédie humaine, de cet espace de liberté que je me suis confectionnée, une véritable bulle d'oxygène dans cette société conformiste, un lieu d'expression corporelle et émotionnelle sous les bons auspices de la Reine des danses.

 

Avignon, le 14 juin 2016

Transcendance d'une tanguera romantique, hystérie, chasteté, tantrisme

 

(*) Horodatrice bipède = Métronome humain sur talons aiguilles, instrument fait de chair et d'os qui marque les temps et parfois les notes accentuées, afin de garder une mémoire vivante d'un tango rioplatense qui se vit là où l'on habite, respire, doute et aime, sans qu'il soit nécessaire de parler l'espagnol, d'être né en Argentine, d'avoir pris un billet aller-retour à BsAs, ni de porter le masque de la normalité en France.

Synonymes: bigote du ballroom, créature tanguera, tangothique lolita, ladyboy du tango, lady plume

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Dolorès 08/08/2016 08:25

Bonjour Frédéric
Ns ns sommes rencontrés chez Carmen samedi soir.
Tu m'as touchée comme rarement j'ai pu l'être. Tu es quelqu'un de rare. Il émane de toi tellement de belles choses... Une incroyable force de vie, de la joie, beaucoup de tendresse dans tes yeux, une sensibilité extrême et une présence très forte. Et ce sourire..! Mais qui t'a donné tout cela ?
Je te l'ai dit en partant, je t'envie.
Tu as illuminé ma soirée. Tu donnes beaucoup. Non, tu rayonnes. Le sais-tu ?
Et quelle plume ! C'est un régal de te lire.
Merci Frédéric.

Frédéric Zarod 09/08/2016 01:59

Oh merci Dolorès pour ton message bienveillant, ça me fait chaud au coeur, et ton retour précieux me fait comprendre que je trouve enfin ma voie, ma place en tant que danseur/danseuse et écrivain(e). Merci du fond du coeur.