Il était une fois une danseuse de tango

Publié le par Miss Mirada

Il était une fois...

Il était une fois...

 

Il était une fois un voyage dans le sud de la France

 

Je suis descendue de Paris pensant vivre un conte de fée, croyant rejoindre ma petite sudiste, une danseuse folle amoureuse; en effet, elle l'est, mais en le vivant au rythme du tango.

Dans le midi de la France, mon voyage s'est transformé en une fable déconcertante. Il était une fois une rencontre heureuse, mais j'en ai fini par devenir malheureuse. J'ai passé ma vie à aimer les femmes. J'ai couru des aventures merveilleuses, loin des hommes qu'au fond, j'ai toujours détestés.

 

Avec Mademoiselle Plume, une fois n'est pas coutume, fontaine je ne boirai pas de ton eau. L'exception... qui confirme la règle: je la déteste, même si je désire que notre voyage continue, même si elle refuse catégoriquement de prendre l'avion avec moi. Car ma charmante avignonnaise ne veut pas aller en Argentine. Elle qui ne jure que par le tango, Buenos Aires ne l'intéresse pas. Elle préfère ses remparts!

Il était une fois une douce violence, moi qui ne suis pas tango, ma bien-aimée me surnomme Miss Mirada, elle a raison, j'ai le regard d'une tueuse, je suis jalouse de la voir danser avec les hommes, et encore plus avec toutes ces femmes.

Bien sûr que je m'y suis mise, au tango! Bien avant de la rencontrer! Mais je n'arrive pas à m'y faire. C'est drôle de la voir danser, elle qui n'est ni d'un côté, ni de l'autre, me voilà devenir doublement possessive. Mon amour a choisi la voie classique pour se créer un genre qui n'est pas le nôtre. Les hormones la travaillent. Elle est la bienvenue parmi nous, même si ce n'est pas tout à fait ça; dans notre milieu, chaque femme est unique, il y a aussi les masculines.

Mais à vrai dire, sa féminité m'exaspère. Exacerbée, exacerbante, alors qu'elle ne les a plus, qu'elle est plutôt bien réussie, elle en est encore à chercher sa féminité. Je crois qu'elle va la chercher encore pendant un bon bout de temps... Les progrès de la science ne lui permettent pas d'esquiver toute cette confrontation entre les deux genres. Un voyage qui ne fait que commencer pour elle, une aventure amoureuse qui ne cesse de se dégrader pour moi.

Il était une fois une histoire ambiguë...

Une histoire d'amour dans le midi de la France, une scène dramatique et dansante...

Une histoire d'amour dans le midi de la France, une scène dramatique et dansante...

Une femme avec une femme... presque femme

Une femme avec une femme... presque femme

Tanguera classique ou contemporaine?

Tanguera classique ou contemporaine?

 

Il était une fois une danseuse de tango argentin

 

Il était une fois la vie tanguera... Et pas qu'une fois! Mademoiselle Plume, c'est une danseuse deux en une. Elle se prétend issue de l'école classique, chaque fois que je la vois danser, j'admire une oeuvre d'art... contemporaine.

Je suis de la vieille école: j'ai appris sur le tas, j'aime l'âge d'or du tango, elle s'évertue toujours à vouloir me faire danser sur un électro ou une musique alternative. Petite saute!

Elle me dit: mais non, ça c'est un slow, on peut danser le slow en tango. Je n'aime pas qu'elle mélange les genres musicaux. J'ai horreur de ça. Faut dire que c'est à son image: elle est toute mélangée, la pauvre, c'est irréversible. Elle ne pourra plus redevenir un homme. Elle fait l'homme quand même. Il me semble même qu'elle n'a jamais mieux fait l'homme que depuis son opération.

 

Moi, ce n'est pas pour rien que ma chérie m'appelle Miss Mirada. Je ne me laisse inviter que par la mirada. Je ne sais pas guider non plus, cela ne m'intéresse pas du tout. Même si j'essaie parfois.

Elle? Elle invite les hommes, les femmes, pourvu que ça danse, me dit-elle. Mademoiselle n'a rien compris au tango, ou bien je devrais carrément tomber amoureuse d'un milonguero, à défaut d'un homme qui n'en est plus un.

 

A vrai dire, je me demande si elle a bien fait de se faire opérer? D'une part, je ne serais jamais tomber amoureuse de cette danseuse à moitié finie; d'autre part, j'aurais pris plaisir à danser dans ses bras. Ce n'est pas parce que j'aime les femmes, que je n'apprécie pas l'abrazo avec les hommes. C'est drôle, et sans doute dramatique pour moi: je préfère les bals hétéros quand ils sont abrazo cerrado, l'encuentro par exemple, même si je suis obligée de réserver avec un copain. Les milongas queer, comment dire? Trop d'extravagance?

Au fond, je me demande qui de nous deux, entre elle et moi, se sent vraiment à l'aise dans son rôle: ma petite Federica, même à moitié accomplie, semble bien mieux dans sa peau de... femme, que moi!

On ne sait jamais quel rôle elle veut jouer avec la personne qu'elle vient d'inviter. Oui, je l'aime encore. Parce que j'admire la danseuse, ou le danseur, je ne sais plus comment dire, tellement elle dépasse la dualité, l'opposition, cette petite guerre des sexes opposés. Je l'aime, mais je la déteste encore plus. A cause du tango argentin... Je crois qu'elle aime autant les hommes que les femmes, pas dans un lit, oh non, sur la piste de danse!

 

Alors que j'en suis encore à détester les mecs, mon amoureuse hormonée se réconcilie avec la différence anatomique; elle me l'a écrit d'ailleurs, pas plus tard que hier soir, elle m'a fait cette confession, insérée dans l'une de ses lettres d'amour qu'elle m'envoie lorsque je retourne à Paris:

"J'ai mis beaucoup de temps à me décider, et quand je me suis retrouvée sous oestrogènes, je me suis sentie lâche, j'ai eu la sensation que je venais de trahir Dieu ou l'intelligence infinie de l'univers, j'aurais dû accepter de vivre dans mon corps d'homme, j'ai peut-être fui tout le travail spirituel qu'il m'était demandé d'effectuer, là, avec ce squelette au bassin étroit, avec cette pomme d'Adam, cette monstrueuse pilosité de blond, ces horribles bijoux de famille, encombrants comme l'étaient mes érections matinales. J'ai réalisé, une fois ma transformation hormonale bien amorcée, que j'ai confondu mon besoin d'exprimer une énorme sensibilité, avec la féminité.

C'était trop tard. J'avais le cul entre deux chaises, je voulais aller dans l'autre camp. Erreur? Acte inconscient? Oui je suis lâche, car l'hormonothérapie comme son nom l'indique est... une thérapie. Moi, je n'ai jamais eu de tendance suicidaire. Seulement une envie oppressante d'être une femme, en tout cas, être vue, abordée et considérée comme une femme. Mais de là au suicide, il y avait un fossé, je pouvais vivre encore dans mon corps d'homme, je pense que j'aurais pu passer le cap. Je crois que le nombre de suicide chez les transgenres doit se situer entre 30 et 50%, j'ai lu tellement de choses là-dessus...

Maintenant? Hormonée et réassignée, je suis obligée de faire avec, ou sans... Je n'ai pas le choix, je ne peux voir que le verre à moitié rempli, et c'est le processus irréversible qui fait que je respecte ce deuxième corps que la vie m'a permis d'avoir, une deuxième chance, oui, j'ai fait une erreur, à moi de réconcilier l'homme et la femme qui se chamaillaient sans cesse! Et ce travail spirituel, j'ai toujours à le faire! Mais je sais que cette fois-ci, je ne peux plus le fuir..." 

Un ange rose? Une danseuse de tango luciférienne?

Un ange rose? Une danseuse de tango luciférienne?

 

Deux genres de voyage, mais toujours en première classe!

 

J'ai souvent reproché à Mademoiselle Plume de vouloir mélanger les deux genres, d'en faire une soupe où la différence entre l'homme et la femme n'existerait plus.

Mais je me suis rendue compte que c'est moi qui projetais cela sur ma chérie, car dans ma tête, je ne voulais pas que les hommes puissent exister, en tout cas tels des êtres supérieurs, qui détiennent le pouvoir éternellement: traverser sa vie terrestre en première classe n'est pas réservé exclusivement aux hommes, il existe bel et bien deux véhicules, un homme est un homme, une femme est une femme, une différence anatomique, hormonale, une différence de forme, qui s'arrête au physique et à certaines fonctions physiologiques, comme par exemple la fonction de reproduction de l'espèce ou encore de répartition des graisses, la forme du squelette...

Réduire donc notre voyage sur terre à un parcours de santé uniquement "physique", "matériel", c'est ignorer, voire nier, une vie bien plus spacieuse, enrichissante, et spirituelle, une vie émotionnelle (ou astrale), une vie mentale (bien structurée ou parfois déréglée et submergée par de vilaines interférences), une vie intuitive, et cela, appartient à l'homme comme à la femme, ce sont des options présentes dans les deux véhicules!

 

Des allers retours...

 

C'est au fur et à mesure de nos conversations, et disputes aussi, que j'ai compris que ma petite avignonnaise vivait sa transidentité non pas pour diluer les contrastes que présentent la virilité et la féminité, dans une conception vaporeuse d'un monde androgyne, mais bien au contraire, pour expérimenter charnellement, physiquement, émotionnellement et mentalement, cette différence, et y comprendre le jeu de la complémentarité dans sa dimension sociale et psychologique.

Elle m'a tout simplement avoué qu'elle avait justement besoin, en tant que transgenre/transsexuelle, du modèle masculin et du modèle féminin, tel que nous le propose notre société, pour... se construire. Elle a dû faire de nombreux allers-retours entre l'homme et la femme, comme une infernale partie de ping-pong, jusqu'à s'apercevoir qu'elle se sentait mieux en femme.

 

La danse, un voyage astral?

 

Entre l'extrême masculin et l'extrême féminité, rares sont les personnes qui voient l'arc-en-ciel: on passe du bleu au rouge (au rose) sans s'en apercevoir. Bien sûr, l'illusion d'un monde humain binaire compromet le droit à certains hommes sensibles d'exprimer leur féminité, une gestuelle spécifiquement féminine, un comportement efféminé prononcé: mais l'on oublie bien souvent que nous venons du ciel, et pas de la terre. Nous nous incarnons. Mademoiselle Plume n'était peut-être pas complètement incarnée...

Où est-ce qu'il est écrit qu'un  homme n'a pas le droit de "faire la folle"? Pourquoi l'homme viril, hyper-viril, aurait-il le droit, lui, de rouler des mécaniques, de se singer lui-même, sans se soucier du regard extérieur?

Federica savait qu'elle se mettait quelque part en danger si elle se laissait aller à ses gestes et comportements efféminés, dangers relatifs, certes, et encore que.. tout dépend du milieu. Elle qui encore souhaitait tant mettre des vêtements de femme, se maquiller aussi...

 

Finalement, à y réfléchir, les transgenres existent depuis la nuit des temps, berdache, hijra, rae rae, katoï, etc... Mademoiselle Plume, je crois qu'avant d'être un homme ou une femme, une trans ou un androgyne, c'est... avant tout... une danseuse.

La danse est un peu comme un voyage astral. Le monde mental et des émotions peut prendre la forme du corps physique et sexué dans lequel nous nous trouvons, mais également prendre bien d'autres formes, c'est ce que l'on appelle l'identité du genre, son extraordinaire élasticité, autrement dit, comment chaque personne a envie de remplir sa vie, d'utiliser son corps, de l'habiller, de le maquiller, d'expérimenter les mouvements, les manières, les comportements qu'elle est capable de reproduire, d'adopter, pas seulement dans le cadre restreint d'un conditionnement issu de l'éducation, bien souvent d'une façon inconsciente, ou sous contrainte sociale, ou encore sous menace d'un groupe, mais aussi dans une démarche plurielle, d'exploration, de métier, de curiosité, de nécessité ou de revendication. Construire son identité propre: chaque être humain est unique, avant d'être enfermé dans le corps d'un homme, d'une femme.

 

Mademoiselle Plume me le dit souvent, la vie est une danse, la danse est un pont entre le monde des apparences et le monde invisible. C'est sûrement une danseuse de tango avant d'être une femme, mais quand on fait une rencontre avec le troisième type, avec un être qui vient sur terre en ne s'incarnant qu'à moitié... n'est-on point confronté à un ange? Les anges n'ont pas de sexe. Et le tango, c'est relier le ciel à la terre, un purgatoire, une expérimentation.

J'ai l'impression parfois que Federica me permet sous son nouveau "déguisement" de femme, d'appréhender ce qu'est l'homme... M'a-t'il fallu sortir avec une trans opérée pour commencer à me réconcilier avec les hommes, et par là, avec mon pôle masculin, mon animus, et... ma féminité?

Il était une fois une danseuse de tango argentin

Il était une fois une danseuse de tango

Le sud

Il était une fois une danseuse de tango
Il était une fois une danseuse de tango

Une femme avec une femme (Mujer contra mujer)

Frédéric Zarod ~ Mademoiselle Plume, un corps d'homme dans une âme de femme, auto-portrait d'une transgenre artiste écrivaine et danseuse androgyne de tango argentin

Frédéric Zarod ~ Mademoiselle Plume, un corps d'homme dans une âme de femme, auto-portrait d'une transgenre artiste écrivaine et danseuse androgyne de tango argentin

Adios Pampa Mia, Diego Solis - Perfume de Mujer Tango

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