Lady fougueuse cherche son rythme de vie

Publié le par Lady Plume

Lady fougueuse cherche son rythme de vie

 

Lady fougueuse cherche son rythme de vie, un équilibre entre la contemplation, la réflexion, le lâcher prise, et l'action épanouissante, l'accomplissement d'un travail minutieux, l'effort soutenu qui repose l'esprit...

 

Pendant longtemps, je détestais la femme que j'étais. Il faut dire que personne ne m'avait dit que j'étais une femme. Je me suis efforcée de vivre comme un garçon manqué, pourtant j'avais peur des hommes. J'ai essayé de faire les mêmes métiers qu'eux... Je ne me sentais jamais à ma place. Pendant une vingtaine d'années, je voulais prouver que j'étais capable de faire les mêmes choses qu'eux, et... être ce que je ne suis pas. Jusqu'au jour où je me suis rendue compte que l'on ne naît pas femme... qu'on le devient.

 

En effet, la célèbre phrase de Simone de Beauvoir me revient à l'esprit: "On ne naît pas femme, on le devient." Et Mâ Anandamayî d'ajouter qu'en toute femme, il y a un homme, que c'est son devoir à elle de le chercher, donc, a priori, de le trouver. Ici, ça devient un peu plus compliqué.

Jean Ferrat allait encore plus loin dans ce sac de noeuds philosophiques, en proclamant même qu'elle est l'avenir de l'homme: s'il en était convaincu, Jacques Brel, quant à lui, n'était pas certain que la femme soit l'avenir de l'homme...

Je veux bien que la femme soit l'avenir de son bébé... Mais une fois grand, l'adulte doit apprendre à se détacher de sa mère, autrement dit, couper le cordon ombilical. Donc, si tant est que la mère est l'avenir d'un homme, elle est également celui d'une femme...

De toute façon, il faut libérer la femme. C'est urgent. D'autres ne m'ont pas attendue bien sûr pour le faire. Les féministes sont l'avant-garde de l'avenir de l'homme. Nul doute que l'homme et la femme devraient aujourd'hui se réconcilier une bonne fois pour toute, n'est-ce pas?

 

Mais la femme est-elle l'avenir de tous les hommes? Ou bien de certains, seulement? J'ai rencontré un homme aisé, je ne savais pas trop ce qu'il faisait comme business pendant la période où il m'a draguée, mais il m'a séduite sur le plan humain, j'aurais tendance à me sentir fortement amoureuse dans ses bras...

La première chose que je puisse dire, c'est que je me sens en sécurité, c'est un homme adorable, et je constate qu'il est en mesure d'assurer mon confort, pourquoi s'en priver? Il est possible que je devienne donc l'avenir d'un commercial qui vend des pesticides. Mais l'essentiel, ici, c'est que je sois son avenir, à lui, que m'importe les autres hommes, hein? Il y a suffisamment de femmes sur terre pour devenir l'avenir de chaque homme au quatre coins de la planète.

 

Nous avons eu déjà notre première dispute de couple au bout d'un mois. Je lui ai dit que je ne pouvais pas avoir d'enfant. En vérité, il est jaloux: il me veut comme épouse, déjà.

Une femme. C'est le dernier objet qui lui manquait dans sa villa. Mais je lui ai expliqué qu'il est hors de question que je renonce au tango, à mes milongas du week end. Mon bien-être passe par la danse, par les célestes jouissances que je retire des étreintes masculines qui me font vivre la musique, et me bercent sur mes rythmes préférés.

 

Je suis bien plus jeune que lui. Comme je ne savais pas ce qu'il comptait faire de moi, au juste, j'ai pris un amant, au cas où. Sait-on jamais, c'est pratique d'en avoir un sous le coude. Finalement les hommes...

Mais moi je ne veux pas être leur avenir! J'appartiens au tango, la milonga est mon équilibre, j'apprends à lâcher prise, et tout mon quotidien de femme indépendante et libérée vivante, tourne autour de ce bien-être fondamental.

Le tango, c'est ma méditation active, ma thérapie, mon exercice tantrique, ainsi que ma soupape de sécurité. C'est également mon orgasme: les pulsions de mon coeur lorsque je me sens enlacée sur Biagi, D'Arienzo, Di Sarli ou Pugliese, ressemblent aux vagues de la mer, c'est un rythme qui me fait du bien, partout, dans tout le corps, et mes émotions s'y retrouvent.

 

J'étais très fougueuse quand j'étais débutante. Une danseuse indisciplinée. De nature foncièrement effrontée, à tant vouloir affronter les hommes, jusqu'à ce que je prenne le taureau par les cornes: j'ai décidé d'accorder à ma féminité toute la place qu'elle mérite.

Je dis merci au tango! A son addiction! C'est ainsi que j'ai pris conscience que j'étais une femme.

 

Une femme fougueuse, limite hystérique. Je refusais ma féminité. Forcément, j'avais un gros problème avec mon animus. Hyperactive, il m'a fallu me plier aux exigences du tango, son apprentissage.

Pour la femme, au début, on n'a pas l'impression qu'il faut faire grand chose. J'essayais d'apprendre les figures plus vite que mes partenaires de cours ou de stages. Je les devançais tout le temps, quitte à prendre une certaine liberté avec des fioritures: ce sont les embellissements de la danseuse qui m'ont attirée dès le départ, parce que je ne me voyais pas subir le guidage des mecs, bref, je ne comptais pas me laisser faire.

Puis de déclics en déclics, après avoir dégusté grave, car on tombe toujours sur plus têtu que soi, je suis rentrée dans le moule, dans mon rôle... de femme.

Autant dire que ce fut une période où j'ai abandonné à plusieurs reprises le tango: je disais, demain j'arrête, on ne me voyait plus pendant un mois ou deux, mais en admirant mes quelques paires de chaussures de tango, chez moi, je revenais à la charge, encore plus fougueuse que jamais.

Heureusement que j'ai croisé le chemin de quelques danseurs merveilleux, doux, rares, certes, avec un guidage particulier, un abrazo très confortable, et je ne comprenais pas comment ils parvenaient à me guider, comme par enchantement, leurs bras n'étaient pas mous, pour autant  ce n'était pas les bras qui me conduisaient; au début, ça m'énervait, je pensais qu'ils me laissaient faire n'importe quoi, que c'est moi qui les guidais en vrai, mais non, très bizarre, de rares cavaliers qui savent utiliser leurs appuis pour se connecter à leur danseuse, et la guider bien avant de se servir de leur ceinture scapulaire... carrément depuis leur sol, leurs appuis!

Il m'a fallu du temps pour admettre que ce guidage efficace, puissant, subtil, précis, existe... puis j'ai appris... J'ai appris à mettre de la conscience dans mon corps, à lâcher prise, à pardonner aux hommes qui m'avaient fait du mal dans le passé.

J'ai découvert que les femmes, elles sont comme les hommes dans le tango: nous avons tous un centre de gravité, et que mon avenir en milonga, ainsi que mon équilibre, mon bien-être, ce sont mes propres jambes, mes appuis, qui sont réellement en mesure de me les assurer. Toute une posture cohérente qui respecte mon squelette, mes tendons.

A partir de cet instant, j'ai pu apprécier d'être une femme du tango, de me sentir féminine jusque dans les bras de certains machos, avec un enracinement, une pose du talon, une sortie de jambe ainsi qu'un transfert de poids qui les remettaient vite fait en place!... Pas besoin d'être féministe pour être femme: juste l'être, en conscience et en présence.

 

Dès le moment où j'ai accepté d'être pleinement une femme, dans sa beauté naturelle, dans toute son irrationnelle attitude et surtout en reconnaissant avec pleine conscience mes caprices de tanguera, mes débordements, et mes joies sans tempérance, j'ai pu enfin commencer à travailler sur mon yang, ma partie masculine. 

 

Avignon, le 23 février 2016

Lady fougueuse cherche son rythme de vie

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