Mais que suis-je dans cette histoire?

Publié le par Mademoiselle Plume

Mais que suis-je dans cette histoire?

Mais que suis-je dans cette histoire? Une transsexuelle? une fille gay? ou bien un travesti?

 

Question d'identité de genre ou histoire d'orientation? Femme trans ou femme gay? Pourquoi se travestir, porter des talons hauts, s'habiller, se maquiller, se parfumer comme une fille? Comment savoir qui je suis, où j'en suis, et à quel étage du placard sont pliés et rangés mes idées, mes émotions, mes vrais vêtements de transsexuelle travestie, accessoirisée, égayée, qui n'est ni hormonée, ni opérée?

 

 

Mais que, quoi, qui et où suis-je dans cette histoire non moins étrange que fantastique,

 

à la fois déroutante pour mon égo et rassurante pour mon coeur de garçon efféminé, hyper-sensible, qui vit complètement au bord du spectre masculin, placé tel un funambule entre le fonctionnement biologique, hormonal, physiologique du mâle, et la psychologie de la femme, en adoptant sa sensualité, sa sensibilité, sa sexualité par la même occasion?

 

Suis-je seulement une artiste travestie, une acrobate équilibriste, tantôt drag queen dans mes vidéos de technique tango au féminin, tantôt cross-dresser lorsque je revêt une jolie jupe à froufrou et à dentelle, un bustier, un collier, et des mitaines gothiques, pour aller danser dans une milonga du sud de la France? Fildefériste sur talons aiguilles, danseuse de corde qui arpente la courbe du symbole du tao, cherchant l'équilibre entre le yin et le yang? Entre la virilité de l'homme et le mystère de la féminité, je suis sans doute comme l'aube, ma vie quotidienne est un crépuscule qui n'en finit pas...

 

Nous sommes de passage ici sur terre, parait-il, et moi dans cette drôle d'histoire, ne suis-je donc qu'une transition?

 

Un homosexuel qui fait la femme? Une tafiole, une pédale, comme ils disent dans mon dos? Une transsexuelle frustrée parce qu'à moitié finie, non hormonée, non opérée, non validée?

 

Un vulgaire trait d'union entre l'homme et la femme? Suis-je condamnée à tenir la chandelle au couple dans lequel il m'est impossible de trouver ma place? Je ne suis plus un homme, je ne serai jamais une femme... ma vie n'est qu'une transition, un numéro de cirque, le théâtre d'une petite folle, blonde avec de beaux yeux bleus, une charmante fille qui ne sait plus quoi faire de ses bijoux de famille,  je ne fais que transitionner!

Et transitionner encore et encore...

Je construis jour après jour, mois après mois, mon identité de transgenre, en étant ni tout à fait gay, ni une transsexuelle hormonée et opérée, plus vraiment une travestie, davantage une transgenre ayant fait son coming out, vivant à temps plein habillée, maquillée, parfumée comme une femme, avec un passing correct, et avant tout, au-delà de toutes les étiquettes et autres sobriquets, un homme dans une âme de femme...

...une femme dans un corps d'homme.

Tout simplement.

 

 

Le troisième genre, le troisième sexe, ou le troisième oeil? Quand je fais et comment suis-je?

 

Dans cette histoire bizarre, je me demande si je suis du troisième genre ou du troisième sexe. Est-ce une maladie? Le rachat d'un mauvais karma dans une vie antérieure? Pourtant quand je fais la femme, ça me va bien, puis je me sens drôlement mieux dans ma peau de blondinette à la silhouette gracieuse.

 

Est-ce que ça va développer mon troisième oeil, l'aiguiser? Tel le berdache chez les indiens d'Amérique du Nord? Là-bas, le berdache (ou bardache) devient parfois ou souvent le chaman de la tribu. Chez les amérindiens, est-il un homosexuel, un transsexuel, un travesti? Je ne pense pas que les indiens se préoccupent tant des étiquettes. Le berdache a sa place, pas comme dans nos sociétés occidentales si pauvres, tellement atrophiées humainement et spirituellement...

 

A l'âge de vingt-et-un an, j'ai dîné à trois reprise avec un médium: il m'a dit, d'abord, que je ne serais jamais un écrivain tel que je me l'imaginais, que je n'écrirais point de roman, ensuite il a précisé que j'aurais des réminiscences de vies antérieures. J'attends toujours, lol. Enfin non, c'est loin d'être ma préoccupation.

Une chose est sûre, c'est qu'à aucun moment il ne m'a parlé de transidentité, d'une éventuelle transition mtF, encore moins d'hormonothérapie, de réassignation de genre, et de reconstruction génitale.

J'avais été, soi-disant, un inquisiteur du Saint-Office, non pas le bourreau, mais un juge pendant l'Inquisition. Nom d'une pipe! Le rôle du méchant, quoi! Est-ce pour ça qu'aujourd'hui j'ai développé une grande ouverture d'esprit, un esprit aiguisé, et cette intelligence du coeur que mes ami(e)s cisgenres savent apprécier?

 

 

Moi je veux être binaire! Une femme!

 

Moi je, moi je... malgré tous mes efforts pour me prétendre binaire, devenir une femme, eh bien, force est d'admettre que je suis non-binaire: je ne peux l'être de toute manière.

Même si j'étais sous THS intensif, perfusée 24h/24 par de l'oestrogène, du progestérone et des anti-androgènes naturels, je suis née dans un corps d'homme, certes avec une taille fine, des poignets et des chevilles menus, mais j'ai une pomme d'Adam, une voix masculine, un bassin étroit et un petit cul de mec, une barbe et une moustache que je suis en train de faire disparaître définitivement par des séances d'épilation au laser, et tout le reste qui va avec, le matos, ainsi que quarante années de conditionnement au masculin.

Pourtant, je jouais à l'élastique, à la marelle et à la corde à sauter en classe de sixième, jusqu'à ce que les grands du collège, les caïds! m'aient expliqué que ce sont des jeux de gonzesse, et que je n'étais pas une gonzesse. A la fin de mon adolescence, j'ai enfilé des collants et un pull en guise de robe, en cachette, bien sûr, et j'ai commencé après ça à être dépressive, en plus d'une angoisse permanente qui tenaillait mon ventre: quand j'ai ressenti tout le malaise d'être obligée de faire l'homme, je me suis coupée en deux: mon corps vivait d'un côté, et mon âme une double vie...

Je ne vais pas m'étendre sur le processus violent par lequel je me suis efforcée à m'identifier à de puissantes figures masculines, à des modèles de virilité: Bruce Lee par exemple. Mais en secret, je me sentais femme, j'étais une femme. J'ai essayé de vivre une vie... normale... dans notre société française si codifiée, si binaire, où l'amour compte pour du beurre, où seul l'argent et le pouvoir règnent, où les êtres vulnérables, fragiles, sensibles sont broyés, parfois sans pitié, souvent subrepticement...

 

 

Two-spirit: bi-spiritualité et homosexualité chez les indiens d'Amérique ~ Berdache, hijra, katoey, etc... le troisième genre ancestral dans le monde

 

Je suis une créature bi-spirituelle. "Two-spirit" comme l'entendent les indiens d'Amérique du nord, une personne à deux esprits: une Agokwa, qui signifie en ojibwé: "comme une femme." C'est bien la nature qui est seule responsable si je suis... une lady bi-spirituelle, une fille gay, une femme trans, une travestie.

Le troisième genre ou troisième sexe fait partie de toutes les sociétés ancestrales: prenez pour exemple le katoï de Thaïlande, l'hijra en Inde, le muxhe du Mexique, le rae rae ou mahu de Polynésie, le wadam / waria, ou encore banci d'Indonésie, le jososhi ou otoko no ko du Japon... Des termes qui peuvent désigner des travestis, des transgenres ou des transsexuels, des homosexuels ou plus simplement des garçons efféminés, des hommes-fleurs, selon l'origine des mots, la langue et la culture du pays.

 

On ne peut jamais nous enfermer dans une case précise, nous cloisonner à partir de termes génériques: si certaines d'entre nous sont clairement définies, et se sont elles-mêmes bien clairement établies, il ne faut pas oublier la majorité des personnes transgenres: il s'agit bien du spectre de la transidentité; on est drag queen, cross dresser, la nuit, mais le jour on garde son rôle masculin, et ce, sans pour autant être gay; on est travesti en secret, pour sa ou son partenaire, ou uniquement dans des lieux et soirées réservés au travestissement; on est fille transgenre sans pour autant chercher à ressembler le plus possible à la femme; on peut être encore un androgyne assumé, un non binaire qui va mélanger les vêtements des deux genres, un être asexuel, pansexuel, skoliosexuel, graysexuel, polysexuel (à ne pas confondre avec polygame!) ou lithromantique, queer platonique; une gay uniquement "verso", qui ne fait que la femme, qui se sent femme dans son couple en excluant le travestissement, ou une folle affranchie, qui s'habille comme les femmes, mais pour qui il est hors de question de mettre des culottes rembourrées et des faux seins (comme moi!); on est un homme marié qui commence à peine à se rendre compte qu'il y a quelque chose qui cloche dans sa vie, qui va donc se diriger vers certaines expériences sexuelles, sentimentales, affectives avec le même sexe, fétichistes, hasardeuses, des jeux, une inversion, de rôles, jusqu'à trouver l'origine de son mal être, ou tout simplement son équilibre... On peut aussi s'aventurer sur le chemin du travestissement, de l'homosexualité, ou de la transsexualité, jusqu'à se rendre compte finalement que ce n'est pas son véritable chemin?

 

On est trans hétéro, trans bi ou trans homo, mais force est de constater que l'homosexualité va souvent de paire avec la transidentité et la transsexualisation. En tout cas, même si des femmes trans opérées deviennent lesbiennes parce qu'elles étaient déjà hétéro dans leur ancienne vie de "mec", nombre d'entre nous, je pense, veut vivre sa féminité sur tous les plans, y compris se sentir désirée par son "nouveau sexe opposé"... et à priori adopter également une sexualité de femme... hétérosexuelle.

S'il m'arrivait d'entamer le parcours d'une transition par THS (traitement hormonal de substitution), j'aurais beau dire après de longues années d'hormonothérapie, ainsi qu'une opération de reconstruction génitale, avec vaginoplastie, que je suis une femme trans.... hétérosexuelle... comme les autres femmes.... mon corps de naissance, lui, restera de toute manière "homosexuel", dans mon cas, sans utérus, sans les cycles menstruels, un corps d'homme hormoné, opéré, attiré par les hommes, certes avec la singularité d'être dans une âme de femme, mais je ne pourrais strictement rien changer sur le fait que je suis née dans un corps de mec: mes attitudes, ma gestuelle,  mes activités, mon âme de femme, mon tube d'oestrogène, ma trousse de maquillage, mon épilation laser, auront beau me faire dire que je suis hétérosexuelle, une femme qui aime un homme, mon squelette et mes organes vitaux, autrement dit mon véhicule d'incarnation dans cette présente vie, se joindront à mon membre fantôme ainsi qu'à mon néo-clitoris, pour me rappeler mon homosexualité masculine... Après ça, je pourrais toujours jouer sur les mots... célébrer l'art de manier les étiquettes!

 

L'ambiguïté pour la majeure partie d'entre nous demeure, avec notre lot de paradoxes, de doutes, de frustrations: j'avoue qu'il serait pour moi parfois plus "simple" d'aller vers cette hormonothérapie et cette chirurgie pour enfin échapper à ce destin d'éveilleuse de conscience, de réconciliatrice entre les deux sexes, entre les deux genres. Telle que je suis, gay trans travestie, mon identité est à reconstruire en permanence, une transition qui n'en finit pas, une perle rare, une précieuse ridicule, une touche de poésie dans notre société, ainsi que dans les bals de tango argentin en France.

Mais que suis-je dans cette histoire?

 

Texte, témoignage et confidences, en cours de rédaction

Violette Frédérique Françoise Z. alias Mademoiselle Plume, Avignon le 13 avril 2017

 

Mais que suis-je dans cette histoire?

Fleur bleue qui éclot...

Femme gay transgenre

 

Petit test-vidéo novembre 2016, trouver et travailler ma voix féminine... ma voie de femme:

Mon coin expérimental: séances studio photos femme trans / travestie

 

Des séances complètement "amateur", of course! - autoportraits photographiques (et non pas le "selfie" qui lui se fait dans un contexte social), "auto-shooting" avec retardateur, ou, très rarement sous la forme vidéo comme c'est le cas ici:

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