Mon amie la rose, c'est quoi l'instant présent?

Publié le par Frédéric Zarod

Mon amie la rose, dis-moi, c'est quoi l'instant présent? Est-ce que c'est faire l'amour à ce qui est, souffrir d'offrir sa conscience au temps qui passe? 

Raconte-moi l'histoire de ta Conscience, les voyages de ton corps autour du monde, en Argentine et au Tibet, à Los Angeles ou à Hiroshima, raconte-moi comment tu es descendue tout au fond de toi-même, comment tu as éclairé le Royaume de l'Inconscient, l'épée du discernement d'une main, de l'autre, le Cierge de la Conscience!

Tu croyais être dans le corps d'un homme? Tu penses te trouver dans le corps d'une femme? Qui te l'a dit? Qui t'a fait croire tout ceci? Crois-tu en ce que tes yeux voient?

Par delà le Bien et le Mal, l'enfer et le paradis, et le juste milieu du purgatoire... ah la belle affaire que voilà!


Où sont tes extrêmes? 

Dans quels mondes plonge l'extrêmité de tes membres?



Demain le sur-homme, peut-être la sur-femme, mais aujourd'hui encore le sur-moi... Ainsi parlait Zarathoustra : le bruit des sous, le cris des enfants, hurle le loup qui est en toi... Tes corps subtils se font la guerre et se font l'amour.

Aime-toi toi-même et l'on te traitera de narcissique; occupe-toi de toi, et l'on te traitera d'égoïste. Le mensonge spirituel, quand le cantique des cantiques vient caresser la lucidité de l'Ecclésiaste. Esotérisme ou érotisme? Tu es pluriel, tu es des mondes qui s'entrechoquent, ou s'apprivoisent, tu es chair, tu es émotion, tu es l'idée, la croyance, tu es un voyage astral, tu es pour ne pas être, nous sommes ce que tu n'es pas, je suis avec toi, sans toi... sans eux...

Dis-moi mon amie la rose, dans l'instant présent, comment mon passé et mon horizon font pour disparaître comme des mages occultes?   



 La meilleure façon de me faire l'amour, c'est d'y être. Prends ton temps : je ne m'appartiens plus. Je suis à toi, cueille-moi. Ton amie la rose d'hier et de demain est déjà morte.

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Mon amie la rose


La rose est éternelle. Je ne le sais pas. Entre deux virgules, ils jouissent. Dans le miroir, je découvre ça. Une peau, un nez, des rides, des dents, vois à quoi tu ressembles. A quoi ressembles-tu?

Nous trichons.



C'est quoi l'éternité? C'est quoi vivre l'instant présent?

C'est la branche que tu coupes et sur laquelle tu es assis(e).



Et je tombe, et je tombe.

Il est mon amant. "La vida es una milonga". L'amant de Saint Jean. Le frère du Prince d'Orient, qui un jour a quitté son royaume. Arrête-toi à chacune de mes virgules, je t'en supplie. C'est un homme qui s'est assis au pied d'un figuier. Qu'importe la valse, qu'importe le figuier, l'amant qui pénètre ta chair, c'est une valse de l'instant présent.

Socrate n'a jamais rien écrit. C'est Platon qui l'a fait mourir. Jésus n'a rien écrit, ce sont les apôtres et tous les journalistes de la bible qui l'ont fait mourir. Siddharta Gautama n'a jamais rien écrit, et nous continuons tous les jours à le faire mourir.



Quel est donc cet étrange pouvoir du moment présent?

C'est un pouvoir qui nous laisse sans voix. C'est un pouvoir qui contient nos occupations ordinaires. Ta voie est insipide. Après la virgule, vois le dieu qui t'a fait. Il est comme toi qui est assis sur la branche que tu coupes. Et qui attend l'orgasme.

 

C'est le pouvoir du silence et du vide, le règne du Mal qui s'achève. Un orgasme de trop. C'est la dernière souffrance qui est toujours la plus terrible, l'instant où l'amant me pénètre une fois de trop. La goutte d'eau qui fait déborder le vase. Tu cherchais le Saint-Graal? Mais ne vois-tu pas que je suis celle qui remplit ta coupe.   

Amant maîtresse, l'union du passé et du futur est comme le fil du rasoir, c'est le présent qui goûte à nos fiançailles.

Viens, viens en moi : mon beau Prince, toi qui es un passage, une virgule, je tombe et je tombe, demeure ce qui est, dépouillé, un corps ici, des bruits, des objets, des gens,  qui occupent l'espace, c'est tout, c'est déjà bien.


Il y a des articulations, un souffle. Fais attention, ça coule. Mon bas-ventre cache tous les trésors du Moyen-Orient. Mes seins sont à prendre ici et maintenant. Sinon, n'y pense plus. Je ne suis pas une pensée, ne me capture pas si tu n'oses pas franchir le seuil de ma porte. Est-ce que ça te fait peur?

J'aperçois dans le miroir un être humain. C'est la première fois que je le vois. Saint-Jean de la Croix me dit: "Tu comprends sans comprendre une chose qui dépasse l'entendement."



Et je tombe

Si bas, si bas. Et de mon vol, j'en fais un art, une excuse, une raison d'être. Une virgule, c'est.  L'être qui se passe de tes commentaires. Tu es incomparable. Mille vols, et ça ne te suffit jamais. Alors je tombe. Je tombe si bas, si bas, que je déploie mes ailes, et d'un vol j'en fais mille...

Voyez l'étrange définition que vous donnez. Vole vole hirondelle. Prends bien soin de la rose qui ne cesse d'éclore dans ton jardin. Cultive-toi, sois le plus lourd. Encombre-toi de mille choses, et alourdit ta peine. Aime et déteste. Plus étroite sera ta porte, mieux ce sera pour toi : tu seras bien obligé de tout jeter par la fenêtre.

Rien ne s'explique. Comment te dire? Mon amie la rose est éternelle. Et je suis la plus belle fleur de ton jardin. Prends-moi. Je ne m'appartiens plus. 



C'est

De passage, une virgule qui suspend le temps, et l'on ne sait pas, on ne sait plus, c'est, comme suspendu.

Qu'importe hier, qu'importe demain. Tout est calme, même le plus violent mistral, c'est, un vide rempli de choses insignifiantes. C'est. L'eau vive qui s'écoule entre tes doigts. La maîtresse qui part vers un autre danseur. A ses pieds tu penches ton corps. Relève-toi, ses pas l'ont conduite vers son maître.  On ressent des os de la chair des formes et tout ça dans un immense espace, passe la minute, l'heure, l'année, il y reste, ô mon amant, le but disparaît, aucun meilleur, pas de plus fort, c'est un corps.

Ecoute ton coeur battre. Tu l'entends? Tu le ressens dans ta poitrine?

S'il s'arrête? Que reste-il de ton monde? Ce monde que tu as contruit de toutes pièces.

Isis viendra-t'elle recoller les morceaux éparpillés aux quatre vents?


Souffrance

Des vagues nerveuses parfois me secouent. Ha... c'est ça qu'on appelle "souffrance" : sans étiquette, sans associer aucun passé, sans accuser personne, ni eux, ni toi, ni moi, c'est. Le futur, c'est quand tu n'y seras pas. Et ça fait du bien, comme la fonte des glaces au printemps, où l'on sait qu'on est.

"Si tu sers un maître ingrat, continue de le servir."

Souffrir fait peur, c'est. On tire l'élastique, on tire on tire, l'appréhension est là, on sait que ça fait mal aux doigts. On tire. Nous sommes tous tirés de tous les côtés. Vas-tu donc te décider de jouir en moi?

Se détacher, lâcher, abandonner, vider sa coupe... Souffrir. Et... s'offrir.

"Tu es si loin de Dieu, il est si proche de toi."


Prenons soin de bien nous attacher, veille à m'attacher à tes souffrances que nous chérissons,  à ta cheville, c'est une chaîne dont tu auras besoin pour emporter tout ceci à l'endroit où tu ne te trouves toujours pas, la virgule dans mon texte, c'est comme une main qui se tend.



La rose va mourir ce matin

Si tu veux me cueillir, serre ton poing sur ma tige. Prépare-toi à souffrir. Le sang coulera peut-être. Comme l'encre. Ah si seulement j'étais encore vierge!

Les roses ont fait couler beaucoup d'encre. Ont fait pleurer beaucoup d'hommes. Des hommes ont tué l'instant présent. La rose est éternelle.

Pourtant te voilà. Tourne toi, et retourne toi encore dans ton lit, quand tu auras trouvé la position confortable, tu n'auras plus envie de dormir.


Nos rêves, nos cauchemars sont de vilains garnements. Ils te tirent les cheveux, ils vous tirent la langue. Piquent mon orgueil. La rose va mourir ce matin.


Et je tombe.

Je suis la plus belle fleur de ton jardin. Toi qui passe, sans toi je n'aurais jamais écrit cela. C'est, parce que tu viens ici, que j'ai écrit cela. Entre mes points, n'oublies pas de marquer la pause à chaque virgule. Chaque inspiration te condamne à l'expiration suivante.

Tes allers retours, et voici la vierge effrayée. Reviens en moi.   "Dieu visite 70 fois par jour ton coeur."   Je te veux en moi.   "Il le trouve toujours plein de toi-même."   Fais-moi mal.   "Tu désires ce que tu n'as pas, tu cherches ailleurs ce que tu as déjà." Je te laisse briser le cristal qui se remplit de mes échos. Elle gémit. Il crie. Nous rions. Vous pleurez.

Fais-moi l'amour.


Tu ne verras rien de ce que tu connais déjà, tu n'entendras rien d'autre que mon souffle qui remplit ta nuit. Vois le dieu qui m'a fait. Fais-moi l'amour. La rose est éternelle.


Te voilà à l'extérieur : mais ne vois-tu pas, ne comprends-tu pas que je ne m'adresse qu'à moi-même? Cesse de prendre mon discours à pied levé, et entends ce qui se trouve entre chaque mot. L'espace qui sépare les mots, l'océan qui baigne les formes.

Insaisissable. C'est.


Arrête-toi, reprends ton souffle à la virgule, c'est, lui qui m'a prise. Tu es arrivé trop tard. Mon amie la rose est morte ce matin. Vois le dieu qui t'a fait. Ô mon amant...


Tu es cette virgule, je suis ta phrase inachevée...
  

Avignon, le 25 décembre 2013




  Clip vidéo : Mon amie la rose

Musique soufie de Turquie - Nihavend ilâhî 1 & 2 neveser nefes, Nezih Uzel

Mon ami la rose, White Hinterland - Luniculaire

Mon ami m'a donné un baiser près du coeur... Edith Piaf - La Vie en Rose

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Laret 03/12/2012 09:47


Tres belle analyse de "l'instant présent",de la rose en hiver sur une chanson de Natacha Atlas....Bonne journée,Jean-Pierre

Fred Milongeroz 03/12/2012 11:16



Bonne journée Jean-Pierre!