Embellissements d'une plume romantique

Publié par Mademoiselle Plume

Embellissements d'une plume romantique

 

Les adornos* d'une plume romantique et la poésie d'une danseuse de bal

 

Les embellissements et le romantisme d'une nouvelle femme du bal dans le sud de la France, conjugués à une plume poétique (lire page complémentaire) dont vous pouvez découvrir la sensibilité, la profondeur  et le raffinement au sein même de cet univers littéraire, attendrissant,  qui ne manque point d'autodérision à la manière d'une comédie dramatique, ni de franc-parler, ni d'élans du coeur; la mise en beauté du jeu de jambes et de pieds d'une artiste amoureuse des grands écrivains de la littérature française - Victor Hugo, Gustave Flaubert, Alphonse Daudet, Paul Verlaine, Charles Baudelaire, Frédéric Mistral, Donatien Alphonse François de Sade, Marcel Proust, que j'ai l'honneur d'inviter en ce lieu où se décline l'Art sous toutes ses coutures -, avec une forte inclination, comme vous voyez, pour les auteurs du XIXe siècle; une fille provinciale, pleine de délicatesse, qui évolue sur la planète si romantique du tango argentin dans le Gard, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, la Drôme provençale et les Alpes de Haute Provence; les improvisations d'une danseuse authentique, persévérante et bosseuse, gothiste et gothique, luciférienne comme l'était Victor Hugo; si je n'ai plus à vous le prouver, il me reste la joie de partager avec vous tout ce qui fait ma danse contemporaine sur nos parquets flottants, sa poésie, son efficacité dans le bal, ma capacité à me connecter aux hommes qui me guident, la musicalité qui animent mes pieds: j'écris ce que je danse, je danse comme j'écris, chic femme de Lettres, tendre en abrazo, midinette des fioritures du tango rioplatense en France, presque bourgeoise, le coeur noble d'une mystérieuse aristocratie qui nous vient des conversations étranges d'une rose et d'un Petit Prince, mes carnets intimistes, ma plaie, mes plaintes, ma spiritualité vivante que je livre à l'internaute, au lecteur et à l'ami avec cette même sincérité que j'offre à mes cavaliers attitrés et danseurs de passage qui osent et prennent plaisir à me faire danser dans nos bals provençaux.

 

Onze poèmes de satin, un tango de velours, pour tous, amoureux et amoureuses de notre Reine des danses, mon cadeau de Noël, tandis que nous attendons avec grande impatience le Divin Enfant; aussi impatiente et désarmée que vous, votre amie et magicienne du crépuscule, - dont les pieds ensorcelants, les chevilles frêles, et les talons espiègles, dont la plume audacieuse, impertinente, jolie et doucereusement gaie, ainsi que les portraits gothiques et coquins, donnent un relief singulier à ce blog, cet univers - se voit heureuse et contemplative à l'idée de vos regards attendris, et votre esprit tourné en direction du miroir que je tends, de la sorte, vers vous.

 

Petite française, blonde comme les blés d'antan, légère comme une plume, onctueuse pépite du tango classique et moderne du Rio de la Plata, s'animant aussi bien sur l'âge d'or, le canyengue, le fox trot, la valse argentine, sur du Di sarli et du Juan D'Arienzo, que sur du Piazzolla, de l'électro-tango et autres musiques alternatives, une femme de lettres dansantes, dont le coeur danse encore à la lecture d'un Zola, d'un Balzac, ou d'un Sacher-Masoch, qui rêve d'une étreinte avec son partenaire de rêve, pour vivre du tango sur Jacques Brel, Edith Piaf ou Charles Aznavour, me voilà terminer l'année en beauté, féminine et féministe jusqu'au bout des ongles, une touche de poésie dans le monde milonguero de notre si belle région ensoleillée de France!

 

 

A l'approche de Noël, je m'aperçois que je viens de boucler les 4 saisons de ma transition au féminin. Comme le temps passe vite, souffle le mistral, rude sera l'hiver? Perdue, certains me pensaient, très fort même, espéraient-ils que je tombe, emportée telle une feuille morte par un vent de folie?

Mais en vérité, une réécriture fructueuse, de mon existence, une création gagnante, et gagnée par les encouragements, la gratitude, de beaux et chaleureux commentaires ici même à la fin de certains textes, et d'aimables et franches félicitations de la part des êtres aussi bien féminins que masculins, de la sphère du tango argentin du sud-est de la France, qui se sont révélés, pour certains, de véritables amis qui ne manquent point d'affection à mon égard.

Gagnante, la vie est une loterie pleine de poésie et d'ardeur, un de ses romans que l'on déguste, qui vous laisse fleur bleue sur un fleuve apaisé de pétales de roses, quand on lui donne du vivant, de l'amour, et qu'on se laisse gagner par l'audace, la persévérance et la foi en Dieu. Tel est mon plus beau cadeau de fin d'année, traverser les quatre saisons jusqu'à la Nativité, me rappelant le premier cours de technique femme à la barre classique dans un théâtre d'Avignon, à la mi-décembre 2015, ma féminité qui a commencé à éclore timidement au printemps, l'été du courage, l'automne où j'ai pu pour la première fois de ma vie m'enraciner solidement dans l'expérience sociale et authentique, enfin l'hiver, un bilan positif, de nouveaux projets, des perfectionnements à venir, peut-être une création contemporaine, une oeuvre littéraire?... et du baume pour mon coeur de danseuse moderne et traditionnelle de tango sud-américain.

 

Le dimanche 13 mars 2016, j'enfilai des talons hauts pour la première fois dans le cadre de ma pratique  individuelle au féminin.

Le vendredi 11 novembre 2016: de nouvelles improvisations Tango Technique Femme & Adornos (*terme espagnol utilisé en tango argentin pour désigner les embellissements et fioritures, ou jeux du pied, du talon, de la jambe, au féminin comme au masculin), dans une belle robe rouge de satin, parmi les dernières filmées de l'année, après... huit mois d'entraînements, de cours et de milongas dans le midi de la France.

 

Mademoiselle Plume Federica, écrivaine, artiste gothique, danseuse guidée et meneuse de tango argentin, à l'aise dans les deux rôles, à plat comme sur talons aiguilles, Avignon (Vaucluse).

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Beauté de l'âme

 

"Aucune grâce extérieure n'est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. La beauté de l'âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps."

Citation de Victor Hugo, Post-scriptum de ma vie

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Danse macabre

 

"L'homme danse volontiers la danse macabre, et, ce qui est bizarre, il la danse sans le savoir. C'est à l'heure où il est le plus gai qu'il est le plus funèbre. Un bal en carnaval, c'est une fête aux fantômes. Le domino est peu distinct du linceul. Quoi de plus lugubre que le masque, face morte promenée dans les joies! L'homme rit sous cette mort. La ronde du sabbat semble s'être abattue à l'Opéra, et l'archet de Musard pourrait être fait d'un tibia."

Citation de Victor Hugo, Post-scriptum de ma vie

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Premier poème de satin

 

Alphonse Daudet (Nîmes, 1840 - Paris, 1897), écrivain auteur dramatique français ~ L'Arlésienne, Premier Tableau Scène I, extrait:

 

"Balthazar,

Qu'est-ce que tu veux que j'en pense, mon pauvre Francet? D'abord, que c'est ton idée et celle de ta bru; c'est aussi la mienne... par force...

 

Francet Mamaï,

Pourquoi, par force?

 

Balthazar, sentencieusement

Quand les maîtres jouent du violon, les serviteurs dansent.

 

Francet Mamaï, souriant

Et tu ne me parais pas bien en train de danser... (s'asseyant sur son panier) Voyons, voyons, qu'est-ce qu'il y a? L'affaire ne te convient pas, donc?

 

Balthazar,

Eh bien!... non! là...

 

Francet Mamaï,

Et la raison?

 

Balthazar,

J'en ai plusieurs raisons. D'abord, je trouve que votre Fréderi est bien jeune, et que vous êtes trop pressés de l'établir.

 

Francet Mamaï,

Mais saint homme! c'est lui qui est pressé, ce n'est pas nous. Puisque je te dis qu'il en est fou de son Arlésienne; depuis trois mois qu'ils vont ensemble, il ne dort plus, il ne mange plus. C'est comme une fièvre d'amour que lui a donnée cette petite... Puis enfin, quoi! l'enfant a ses beaux vingt ans et il languit de s'en servir.

 

Balthazar, secouant sa pipe

Alors, tant qu'à le marier, vous auriez dû lui trouver par là, aux environs, une brave ménagère bien fournie de fil et d'aiguille, quelques chose de fin et de capable, qui s'entende à faire une lessive, à conduire une olivade, une vraie paysanne enfin!...

 

Francet Mamaï,

Ah! sûrement qu'une fille du pays aurait bien mieux été l'affaire...

 

Balthazar,

Dieu merci! Ce n'est pas le gibier qui manque en terre de Camargue... Tiens!... sans aller bien loin, la filleuse de Rose, cette Vivette Renaud que je vois trotter par ici dans le temps de la moisson... voilà une femme comme il lui en aurait fallu...

 

Francet Mamaï,

Bé! oui... bé! oui... mais comment faire?... puisqu'il a voulu en avoir une de la ville.

 

Balthazar,

Voilà le malheur... De notre temps, c'était le père qui disait: Je veux. Aujourd'hui, ce sont les enfants; tu as dressé le tien à la nouvelle mode; nous verrons si ça te réussira.

 

Francet Mamaï,

C'est vrai qu'on a toujours fait ses volontés à ce petit-là, et peut-être un peu plus que de raison. Mais à qui la faute?... voilà quinze ans que le père manque d'ici, pécaïre! et ce n'est pas Rose ni moi qui pouvions le remplacer. Une mère, un grand-père, ça a la main trop douce pour conduire les enfants. Puis, que veux-tu? Quand on n'en a qu'un, on est toujours plus faible."

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Choisir de vivre*: roman autobiographique de Mathilde Daudet, arrière-petite-fille de l'auteur arlésien, depuis 2010...

 

Avant son opération de changement de sexe, elle était l'arrière-petit-fils d'Alphonse Daudet. Jean-Pierre, qui était grand reporter de guerre, a décidé d'assumer qui il était vraiment au plus profond de lui-même. "Je vivais de manière intensive pour oublier qui j'étais. Je m'abritais derrière une virilité exacerbée." souligne-t'il; autrement dit, une vie en pleine contradiction, avec un corps d'homme dans une âme de femme. "J'avais toujours une robe au fond de ma valise." écrit-il encore.

En 2010, il part en Thaïlande pour se faire opérer. Avant sa réassignation effectuée à l'âge de 60 ans - une chirurgie de reconstruction génitale (qui peut durer plusieurs heures) -, elle est passée, comme tous les transgenres / transsexuelles qui choisissent ce parcours, par l'hormonothérapie, ou THS (traitements hormonaux de substitution).

(*) "Choisir de vivre", autobiographie, Mathilde Daudet, aux éditions Carnets Nord

 

 

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Deuxième poème de satin

 

Charles Baudelaire (Paris, 1821-1867), poète et critique français ~ Curiosités esthétiques, L'Art Romantique, et autres oeuvres critiques, extrait:

 

"Qu'est-ce que le romantisme?

Peu de gens aujourd'hui voudront donner à ce mot un sens réel et positif; oseront-ils cependant affirmer qu'une génération consent à livrer bataille depuis plusieurs années pour un drapeau qui n'est pas un symbole?

Qu'on se rappelle les troubles de ces derniers temps, et l'on verra que, s'il est resté peu de romantiques, c'est que peu d'entre eux ont trouvé le romantisme; mais tous l'ont cherché sincèrement et loyalement.

Quelques-uns ne se sont appliqués qu'au choix des sujets; ils n'avaient pas le tempérament de leurs sujets. - D'autres, croyant encore à une société catholique, ont cherché à refléter le catholicisme dans leurs oeuvres. - S'appeler romantique et regarder systématiquement le passé, c'est se contredire. - Ceux-ci, au nom du romantisme, ont blasphémé les Grecs et les Romains: or on peut faire des Romains et des Grecs romantiques, quand on l'est soi-même. - La vérité dans l'art et la couleur locale en ont égaré beaucoup d'autres. Le réalisme avait existé longtemps avant cette grande bataille, et d'ailleurs, composer une tragédie ou un tableau pour M. Raoul Rochette, c'est s'exposer à recevoir un démenti du premier venu, s'il est plus savant que M. Raoul Rochette.

Le romantisme n'est précisément ni dans le choix des sujets ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir. Ils l'ont cherché en dehors, et c'est en dedans qu'il était seulement possible de le trouver.

Pour moi, le romantisme est l'expression la plus récente, la plus actuelle du beau. Il y a autant de beautés qu'il y a de manières habituelles de chercher le bonheur. La philosophie du progrès explique ceci clairement; ainsi, il y a eu autant d'idéals qu'il y a eu pour les peuples de façons de comprendre la morale, l'amour, la religion, etc... le romantisme ne consistera pas dans une exécution parfaite, mais dans une conception analogue à la morale du siècle.

C'est parce que quelques-uns l'ont placé dans la perfection du métier que nous avons eu le rococo du romantisme, le plus insupportable de tous sans contredit.

Il faut donc, avant tout, connaître les aspects de la nature et les situations de l'homme, que les artistes du passé ont dédaignés ou n'ont pas connus.

Qui dit romantisme dit art moderne, c'est-à-dire intimité, spiritualité, couleur, aspiration vers l'infini, exprimées par tous les moyens que contiennent les arts."

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Troisième poème de satin

 

Quand un grand couturier rachète le château du marquis de Sade dans le Luberon...

 

"C'était un chicot dans le paysage. Encore plus déprimant par temps de pluie. C'est un jour comme celui-ci, raconte l'historien Jean-Pascal Hesse (qui signe en mars "L'Amant des Lumières", un luxueux album sur le marquis de Sade), que le couturier Pierre Cardin découvrit, dominant une carrière de pierre, les ruines du château du marquis de Sade, au village de Lacoste, dans le Luberon. Il repartit aussitôt, effrayé par sa première impression. Mais la propriétaire, la veuve d'un professeur des collèges qui passa une grande partie de sa vie à retaper les lieux, le convainquit de revenir un jour de soleil. Coup de foudre."

Citation article Le Parisien, rubrique Culture Loisirs, du 21 février 2014: Loisirs et Spectacles / Cardin a racheté le château de la Bête

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D.A.F. de Sade (1740-1814), écrivain français, biographie succincte:

 

"Joueur, débauché, dépensier..." sa réputation est faite, "une vie de débauche et de turpitudes sexuelles", qui le conduit en prison. L'oeuvre littéraire du marquis de Sade est construite "de fureur, de violence et de cruauté", dans le contexte historique de la Révolution française auquel il aurait participé activement. Livres philosophiques, romans, pièces de théâtre, l'érotisme exacerbé, la vertu confrontée sans cesse au libertinage sans limites et au vice, le ramènent en 1801 jusqu'à sa mort dans sa geôle. "Il aurait pu très vite être considéré comme un grand écrivain s'il n'avait de son vivant brouillé les pistes: par les années de prison, les raisons qui le conduisirent derrière les barreaux, les frasques et l'odeur du souffre, par son acharnement à renier ses textes, jurer qu'ils ne sont pas de lui et dire sans cesse le contraire de ce qu'affirment ses personnages, par la légende, le mythe sciemment ou involontairement entretenu. Car rare sont les écrivains dont le patronyme donna lieu à un néologisme - sadisme - qui s'installa aussi durablement dans la langue quotidienne."

Source Salon Littéraire de l'Internaute, Sade: Biographie, extraits: Chronologie synthétique de la vie et l'oeuvre de Donatien Alphonse François de Sade

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Quatrième poème de satin

 

Donatien Alphonse François Marquis de Sade ~ Justine, ou les malheurs de la vertu, Tome 1, Introduction, extrait:

 

"Le bonheur n'est qu'un mot; le malheur est une chose qui résulte de faits, et rien n'est absolu comme un fait. On rêve le bonheur, on ne le goûte nulle part: le malheur, au contraire, se perçoit par tous les sens; il pénètre par tous les pores jusqu'au coeur de l'homme; il constitue, pour ainsi dire, l'état normal de l'humanité telle que l'a faite cette suite de législateurs stupides ou barbares exploitant la matière humaine à leur profit ou au profit de quelques individus plus stupides ou plus barbares qu'eux.

 

Nous le demandons à tout homme qui raisonne, à tout homme qui a quelque chose dans la tête et dans le coeur, que sont ces prétendus progrès de la civilisation que nous vantent sans cesse ces manipulateurs de phrases dont le métier est de dire et d'écrire ce que d'autres ont dit et écrit avant eux? Les hommes sont-ils meilleurs aujourd'hui qu'il y a mille ans? Les plus fourbes ne sont-ils pas toujours les plus heureux? Il est vrai que l'on vante bien haut la vertu; mais où l'a trouve-t'on? Les gens puissans ne sont-ils pas toujours haineux et cruels; et ceux qui aspirent à la puissance, rampans et lâches? Les lumières sont plus grandes de nos jours qu'elles ne l'ont jamais été; c'est vrai pour quelques-uns; mais en quoi cela sert-il l'humanité? Que font pour les masses ces personnes éclairées?

 

Eh! misérables hypocrites, qui avez la prétention de rendre les hommes meilleurs, commencez par les rendre moins malheureux, et vous aurez fait plus de la moitié de la besogne; c'est la misère, ce sont les privations de toute espèce, les souffrances physiques et morales qui enfantent presque tous les crimes. Que faites-vous pour guérir ces malades que la fièvre du désespoir a égarés? Vous les jetez dans une sentine de vices; vous obéissez à la colère au lieu d'écouter la raison. Ces malheureux n'ont été coupables qu'une fois, vous les condamnez à l'être toujours; parce qu'ils ont eu faim et froid, vous voulez qu'ils aient froid et faim; et alors vous criez bien fort que vous êtes des gens de bien!... Je vous dis, moi, que la plupart des infortunés dont vous peuplez les bagnes vaudraient mieux que vous, s'ils avaient comme vous les pieds chauds en hiver et l'estomac garni, de frais ombrages en été, et de l'or pour satisfaire leurs goûts.

 

L'aspect de notre civilisation est hideux pour quiconque pense et sent; une réforme complète est indispensable; à qui devra-t'on ce bienfait?"

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Cinquième poème de satin

 

Gustave Flaubert (Rouen, 1821 - lieu-dit Croisset à Canteleu, 1880), écrivain français, célèbre prosateur de la moitié du XIXe siècle ~ Madame Bovary, moeurs de Province, Le bal à Vaubyessard, première partie, chapitre VIII, extrait:

 

"Les dames, ensuite, montèrent dans leurs chambres, s'apprêter pour le bal.

Emma fit sa toilette avec la conscience méticuleuse d'une actrice à son début. Elle disposa ses cheveux d'après les recommandations du coiffeur, et elle entra dans sa robe de barège, étalée sur le lit. Le pantalon de Charles le serrait au ventre.

- Les sous-pieds vont me gêner pour danser, dit-il.

- Danser? reprit Emma.

- Oui!

- Mais tu as perdu la tête! On se moquerait de toi, reste à ta place. D'ailleurs, c'est plus convenable pour un médecin, ajouta-t-elle.

Charles se tut. Il marchait de long en large, attendant qu'Emma fût habillée.

Il la voyait par derrière, dans la glace, entre deux flambeaux. Ses yeux noirs semblaient plus noirs. Ses bandeaux, doucement bombés vers les oreilles, luisaient d'un éclat bleu; une rose à son chignon tremblait sur une tige mobile, avec des gouttes d'eau factices au bout de ses feuilles. Elle avait une robe de safran pâle, relevée par trois bouquets de roses pompon mêlés de verdure.

Charles vint l'embrasser sur l'épaule.

- Laisse-moi! dit-elle, tu me chiffonnes.

On entendit une ritournelle de violon et les sons d'un cor. Elle descendit l'escalier, se retenant de courir.

Les quadrilles étaient commencés. Il arrivait du monde. On se poussait. Elle se plaça près de la porte, sur une banquette.

 

Quand la contredanse fut finie, le parquet resta libre pour les groupes d'hommes causant debout et les domestiques en livrée qui apportaient de grands plateaux. Sur la ligne des femmes assises, les éventails peints s'agitaient, les bouquets cachaient à demi le sourire des visages, et les flacons à bouchon d'or tournaient dans des mains entrouvertes dont les gants blancs marquaient la forme des ongles et serraient la chair au poignet. Les garnitures de dentelle, les broches de diamants, les bracelets aux poitrines, bruissaient sur les bras nus. Les chevelures, bien collées sur les fronts et tordues à la nuque, avaient, en couronnes, en grappes ou en rameaux, des myosotis, du jasmin, des fleurs de grenadier, des épis ou des bleuets. Pacifiques à leurs places, des mères à figure renfrognée portaient des turbans rouges.

 

Le coeur d'Emma lui battait un peu lorsque, son cavalier la tenant par le bout des doigts, elle vint se mettre en ligne et attendit le coup d'archet pour partir. Mais bientôt l'émotion disparut; et, se balançant au rythme de l'orchestre, elle glissait en avant, avec des mouvements légers du cou. Un sourire lui montait aux lèvres à certaines délicatesses du violon, qui jouait seul, quelque fois, quand les autres instruments se taisaient; on entendait le bruit clair des louis d'or qui se versaient à côté, sur le tapis des tables; puis tout reprenait à la fois, le cornet à pistons lançait un éclat sonore, les pieds retombaient en mesure, les jupes se bouffaient et frôlaient, les mains se donnaient, se quittaient; les mêmes yeux, s'abaissaient devant vous, revenaient se fixer sur les vôtres.

 

Quelques hommes (une quinzaine) de vingt-cinq à quarante ans, disséminés parmi les danseurs ou causant à l'entrée des ports, se distinguaient de la foule par un air de famille, quelles que fussent leurs différences d'âge, de toilette ou de figure.

Leurs habits, mieux faits, semblaient d'un drap plus souple, et leurs cheveux, ramenés en boucles vers les tempes, lustrés par des pommades plus fines. Ils avaient le teint de la richesse, ce teint blanc que rehaussent la pâleur des porcelaines, les moires du satin, le vernis des beaux meubles, et qu'entretient dans sa santé un régime discret de nourritures exquises. Leur cou tournaient à l'aise sur des cravates basses; leurs favoris longs tombaient sur des cols rabattus; ils s'essuyaient les lèvres à des mouchoirs brodés d'un large chiffre, d'où sortait une odeur suave. Ceux qui commençaient à vieillir avaient l'air jeune, tandis que quelque chose de mûr s'étendait sur le visage des jeunes. Dans leurs regards indifférents flottait la quiétude de passions journellement assouvies; et, à travers leurs manières douces, perçait cette brutalité particulière que communique la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s'exerce et où la vanité s'amuse, le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues.

 

A trois pas d'Emma, un cavalier en habit bleu causait Italie avec une jeune femme pâle, portant une parure de perles. Ils vantaient la grosseur des piliers de Saint-Pierre, Tivoli, le Vésuve, Castellamare et les Cassines, les roses de Gênes, le Colisée au clair de lune. Emma écoutait de son autre oreille une conversation pleine de mots qu'elle ne comprenait pas. On entourait un tout jeune homme qui avait battu, la semaine d'avant, Miss Arabelle et Romulus, et gagné deux mille louis d'or à sauter un fossé, en Angleterre. L'un se plaignait de ses coureurs qui engraissent; un autre, des fautes d'impression qui avaient dénaturé le nom de son cheval.

 

L'air du bal était lourd; les lampes pâlissaient. On refluait dans la salle de billard. Un domestique monta sur une chaise et cassa deux vitres; au bruit des éclats de verre, madame Bovary tourna la têt et aperçut dans le jardin, contre les carreaux, des faces de paysans qui regardaient. Alors le souvenir des Bertaux lui arriva. Elle revit la ferme, la mare bourbeuse, son père en blouse sous les pommiers, et elle se revit elle-même, comme autrefois, écrémant avec son doigt les terrines de lait de la laiterie. Mais, aux fulgurations de l'heure présente, sa vie passée, si nette jusqu'alors, s'évanouissait tout entière, et elle doutait presque de l'avoir vécue. Elle était là; puis autour du bal, il n'y avait que l'ombre, étalée sur tout le reste. Elle mangeait alors un glace au marasquin, qu'elle tenait de la main gauche dans une coquille de vermeil, et fermait les yeux, la cuillère entre les dents.

Une dame, près d'elle, laissa tomber son éventail. Un danseur passait.

- Que vous seriez bon, Monsieur, dit la dame, de vouloir bien ramasser mon éventail, qui est derrière ce canapé!

Le monsieur s'inclina, et, pendant qu'il faisait le mouvement d'étendre son bras, Emma vit la main de la jeune dame qui jetait dans son chapeau quelque chose de blanc, plié en triangle. Le monsieur, ramenant l'éventail, l'offrit à la dame, respectueusement; elle le remercia d'un signe de tête et se mit à respirer son bouquet.

 

Après le souper, où il y eut beaucoup de vins d'Espagne et de vins du Rhin, des potages à la brisque et au lait d'amandes, des puddings à la Trafalgar et toutes sortes de viandes froides avec des gelées alentour qui tremblaient dans les plats, les voitures, les unes après les autres, commençaient à s'en aller. En écartant du coin le rideau de mousseline, on voyait glisser dans l'ombre la lumière de leurs lanternes. Les banquettes s'éclaircissaient; quelques joueurs restaient encore; les musiciens rafraîchissaient, sur leur langue, le bout de leurs doigts; Charles dormait le dos appuyé contre une porte."

Embellissements d'une plume romantique

Sixième poème de satin

 

La valse d'Emma et la fin du bal

 

"A trois heures du matin, le cotillon commença. Emma ne savait pas valser. Tout le monde valsait, mademoiselle d'Andervilliers elle-même et la marquise; il n'y avait plus que les hôtes du château, une douzaine de personnes à peu près.

 

Cependant, un des valseurs, qu'on appelait familièrement vicomte, et dont le gilet très ouvert semblait moulé sur sa poitrine, vint une seconde fois encore inviter madame Bovary, l'assurant qu'il la guiderait et qu'elle s'en tirerait bien.

Ils commencèrent lentement, puis allèrent plus vite. Ils tournaient: tout tournait autour d'eux, les lampes, les meubles, les lambris, et le parquet, comme un disque sur un pivot. En passant auprès des ports, la robe d'Emma, par le bas, s'ériflait au pantalon; leurs jambes entraient l'une dans l'autre; il baissait ses regards vers elle, elle levait les siens vers lui; une torpeur la prenait, elle s'arrêta. Ils repartirent; et, d'un mouvement plus rapide, le vicomte, l'entraînant, disparut avec elle jusqu'au bout de la galerie, où haletante, elle faillit tomber, et, un instant, s'appuya la tête sur sa poitrine. Et puis, tournant toujours, mais plus doucement, il la reconduisit à sa place; elle se renversa contre la muraille et mit la main devant ses yeux.

 

Quand elle les rouvrit, au milieu du salon, une dame assise sur un tabouret avait devant elle trois valseurs agenouillés. Elle choisit le vicomte, et le violon recommença.

On les regardait. Ils passaient et revenaient, elle immobile du corps et le menton baissé, et lui toujours dans sa même pose, la taille cambrée, le coude arrondi, la bouche en avant. Elle savait valser, celle-là! Ils continuèrent longtemps et fatiguèrent tous les autres.

 

On causa quelques minutes encore, et, après les adieux ou plutôt le bonjour, les hôtes du château s'allèrent coucher."

Madame Bovary, 1, VIII, le bal à Vaubyessard, extrait, Gustave Flaubert

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Septième poème de satin

 

"Ecrivains, mes contemporains, vous nés avec le siècle, et vous plus jeunes, avenir vivant de la France, je vous salue et je vous aime.

 

Les écrivains et les poëtes de ce siècle ont cet avantage étonnant qu'ils ne procèdent d'aucune école antique, d'aucune seconde main, d'aucun modèle. Ils n'ont pas d'ancêtres, et ils ne relèvent pas plus de Dante que d'Homère, pas plus de Shakespeare que d'Eschyle. Les poëtes du dix-neuvième siècle, les écrivains du dix-neuvième siècle, sont les fils de la Révolution française. Ce volcan a deux cratères, 89 et 93. De là deux courants de lave. Ce double courant, on le retrouve aussi dans les idées.

Tout l'art contemporain résulte directement et sans intermédiaire de cette genèse formidable. Aucun poète antérieur au dix-neuvième siècle, si grand qu'il soit, n'est le générateur du dix-neuvième siècle.


[...]

J'aime tous les hommes qui pensent, même ceux qui pensent autrement que moi. Penser, c'est déjà être utile, c'est toujours et en tout cas faire l'effort vers Dieu.

Les dissentiments des penseurs sont peut-être utiles. Qui sait? au fond, tous vont au même but, mais par des voies différentes. Il est peut-être bon que les routes soient diverses pour que le genre humain ait plus d'éclaireurs. A force de battre le buisson des idées, les philosophies, même les plus lointains et les plus perdus, finissent par faire lever des vérités.

[...]

La poésie contient la philosophie comme l'âme contient la raison.

[...]

Quand l'homme de guerre a fini sa besogne de héro, il rentre dans sa maison et pend son épée au clou. Il n'en va pas de même pour les penseurs. Les idées ne s'accrochent pas au clou comme les épées. Quand le philosophe, quand le poëte, se repose, ses idées continuent de combattre. Elles s'en vont en liberté, comme des folles sublimes, tout briser dans les mauvaises âmes et remuer le monde.

[...]

Dans le domaine de l'art, il n'y a pas de lumière sans chaleur.

L'art a pour résultat, alors même qu'il ne l'a pas pour objet apparent, l'amélioration de l'homme.

Un bien immense et réel, quoiqu'il échappe souvent aux esprits superficiels, unit le beau, d'un côté au vrai, de l'autre à l'honnête.

Les chefs-d'oeuvre, parfois même sans que la volonté de leurs auteurs y ait part (ô infirmité du génie!), dégagent continuellement, mystérieusement, divinement, et répandent, pour ainsi dire, dans l'air autour d'eux, une moralité pénétrante et saine.

Celui qui passe auprès d'eux et qui respire leur atmosphère s'en imprègne à son insu. Il n'a voulu que devenir plus intelligent, il devient meilleur.

[...]

Les lettrés, les érudits, les savants, montent à des échelles; les poètes et les artistes sont des oiseaux.

Voulez-vous voir d'un seul coup d'oeil, dans une sorte d'abrégé clair, frappant, profond et vrai, qui donne la solution en même temps que le problème, la figure de beaucoup de questions, et entre autres de la question littéraire de ce siècle? regardez un chêne au printemps: tronc séculaire, vieilles racines, vieilles branches; feuilles vertes, fraîches et nouvelles. La tradition et la nouveauté, la tradition produisant la nouveauté, la nouveauté surgissant de la tradition. Tout est là.

[...]

Toutes les âmes n'ont pas le don merveilleux de rêver spontanément. Ce qui fait que la musique plaît tant au commun des hommes, c'est que c'est de la rêverie toute faite. Les esprits d'élite aiment la musique, mais ils aiment encore mieux faire leur rêverie eux-mêmes."

Victor Hugo, oeuvres posthumes, Post-scriptum de ma vie, extraits

Embellissements d'une plume romantique

Huitième poème de satin

 

Victor Hugo (Besançon, 1802 - Paris, 1885), poète, dramaturge, prosateur romantique français ~ Post-scriptum de ma vie, oeuvres posthumes, thème de la Beauté et de l'utilité du Beau, extraits:

 

Utilité du Beau

"Un homme a, par don de nature ou par développement d'éducation, un sentiment du Beau. Supposez-le en présence d'un chef-d'oeuvre, même d'un de ces chefs-d'oeuvre qui semblent inutiles, c'est-à-dire qui sont créés sans souci direct de l'humain, du juste et de l'honnête, dégagés de toute préoccupation de conscience et de faits, sans autre but que le beau; c'est uns statue, c'est un tableau, c'est une symphonie, c'est un édifice, c'est un poème. En apparence, cela ne sert à rien; à quoi bon une Vénus? à quoi bon une flèche d'église? à quoi bon une ode sur le printemps ou l'aurore? Mettez cet homme devant cette oeuvre. Que se passe-t-il en lui? Le Beau est là. L'homme regarde, l'homme écoute; peu à peu, il fait plus que regarder, il voit; il fait plus qu'écouter, il entend. Le mystère de l'art commence à opérer; toute cette oeuvre d'art est une bouche de chaleur vitale; l'homme se sent dilaté. La lueur de l'absolu, si prodigieusement lointaine rayonne à travers cette chose, lueur sacrée et presque formidable à force d'être pure. L'homme s'absorbe de plus en plus dans cette oeuvre; il la trouve belle; il la sent s'introduire en lui. Le beau est vrai de droit. L'homme, soumis à l'action du chef-d'oeuvre, palpite, et son coeur ressemble à l'oiseau qui, sous la fascination, augmente son battement d'ailes.

[...]

L'amélioration humaine et terrestre est une résultante de l'art, inconscient parfois, plus souvent conscient. Les moeurs s'adoucissent, les coeurs se rapprochent, les bras embrassent, les énergies s'entresecourent, la compassion germe, la sympathie éclate, la fraternité se révèle, parce qu'on lit, parce qu'on pense, parce qu'on admire. Le beau entre dans nos yeux rayon et sort larme. Aimer est au sommet de tout.

[...]

Forma, la beauté. Le beau, c'est la forme. Preuve étrange et inattendue que la forme, c'est le fond. Confondre forme et surface est absurde. La forme est essentielle et absolue; elle vient des entrailles mêmes de l'idée. Elle est le Beau; et tout ce qui est beau manifeste le vrai.

[...]

C'est de la sagesse d'oiseau. Boire, manger, dormir, gazouiller, faire le nid et l'amour. Cette sagesse, qui, avant d'être celle d'Horace, était celle de Salomon, devient bonne dans cette poésie, tant cette poésie est saine. Dans cette poésie il y a du parfum, il y a du baiser, il y a du rayon.

[...]

Chose merveilleuse, et ce sont là les étonnements croissants de l'art contemplé, oui, l'on peut affirmer que les idées dans Horace, ce qu'on nomme le fond, ce n'est que la surface, et que le vrai fond c'est la forme, cette forme éternelle qui, dans le mystère insondable du Beau, se rattache à l'absolu.

[...]

Il y a deux hommes dans cet homme, un courtisan et un poète; ce poëte esclave du courtisan, hélas! comme l'âme de la bête dans la machine humaine. Le courtisan a eu une idée vile, il l'a confiée au poëte, l'aigle avec un ver de terre dans le bec n'en vole pas moins au soleil et de l'idée basse le poëte a fait une page sublime.

Sainteté involontaire de l'art! splendeur propre à l'esprit de l'homme! Beauté du beau!"

Embellissements d'une plume romantique

Neuvième poème de satin

 

Frédéric Mistral (Maillane dans les Bouches-du-Rhône, 1830-1914), écrivain, poète, lexicographe français de langue d'oc provençale, membre fondateur du Félibrige, prix Nobel de littérature pour son oeuvre poétique: Mirèio ~ Mireille, poème provençal, chant second, La cueillette, extrait:

 

"Chantez, chantez, magnanarelles! Car la cueillette aime les chants. Beaux sont les vers à soie, et ils s'endorment de leur troisième somme; les mûriers sont pleins de jeunes filles que le beau temps rend alertes et gaies, telles qu'un essaim de blondes abeilles qui dérobent leur miel aux romarins des champs pierreux.

En défeuillant vos rameaux, chantez, chantez, magnanarelles! Mireille est à la feuille, un beau matin de mai: cette matinée-là? pour pendeloques, à ses oreilles, la coquette avait pendu deux cerises... Vincent, cette matinée, passa là de nouveau.

A son bonnet écarlate, comme en ont les riverains des mers latines il avait gentiment une plume de coq; et en foulant les sentiers, il faisait fuir les couleuvres vagabondes, et des sonores tas de pierres avec son bâton il chassait les cailloux.

Ô Vincent! lui cria Mireille du milieu des vertes vallées, pourquoi passes-tu si vite! Vincent aussitôt se retourna vers la plantation, et, sur un mûrier perchée comme une gaie coquillade, il découvrit la fillette, et vers elle vola, joyeux.

Eh bien! Mireille, vient-elle bien, la feuille? Eh! peu à peu tout rameau se dépouille. Voulez-vous que je vous aide? Oui! Pendant qu'elle riait là-haut en jetant de folâtres cris de joie, Vincent, frappant du pied le trèfle, grimpa sur l'arbre comme un loir. Mireille, il n'a que vous, le vieux Maître Ramon:

Faîtes les branches basses! J'atteindrai les cimes, moi, allez! Et de sa main légère, celle-ci trayant la ramée: cela garde d'ennui, de travailler avec un peu de compagnie! Seule, il vous vient un nonchaloir! dit-elle. Moi de même, ce qui m'irrite, répondit le gars, c'est justement cela.

Quand nous sommes, là-bas, dans notre hutte, où nous n'entendons que le bruissement du Rhône impétueux qui mange les graviers, oh! parfois, quelles heures d'ennui! Pas autant l'été; car, d'habitude, nous faisons nos courses, l'été, avec mon père, de métairie en métairie.

Mais quand le petit houx devient rouge de baies; que les journées se font hivernales et longues les veillées; autour de la braise à demi éteinte, pendant qu'au loquet siffle et miaule quelque lutin, sans lumières et sans grandes paroles, il faut attendre le sommeil, moi tout seul avec lui!...

La jeune fille lui dit promptement: Mais ta mère, où demeure-t-elle donc? Elle est morte!... Le garçon se tut un petit moment, puis reprit: Quand Vincenette était avec nous, et que, toute jeune, elle gardait encore la cabane, pour lors c'était un plaisir! Mais quoi? Vincent.

Tu as une soeur? Et la jouvencelle, sage qu'elle est et faisant bien les choses, dit le tresseur d'osier; ... trop! Car, à la fontaine du Roi, là-bas en terre de Beaucaire, elle était allée après les faucheurs; tant leur plut sa gentille adresse que pour servante ils l'ont prise, et servante elle y est depuis lors.

Lui ressembles-tu, à ta jeune soeur? Qui? Moi? Qu'il s'en faut! Elle est blonde, et je suis, vous le voyez, brun comme un puceron... Mais plutôt, savez-vous qui elle rappelle? Vous! Vos têtes éveillées, comme les feuilles du myrte vos chevelures abondantes, on les dirait jumelles.

Mais pour serrer la toile claire de votre coiffe, bien mieux qu'elle, Mireille, vous avez le fil!... Elle n'est pas laide, non plus, ma soeur, ni endormie; mais vous, combien êtes-vous plus belle! Là Mireille, à moitié cueillie, laissant aller sa branche: oh! dit-elle, ce Vincent!...

Chantez, chantez, magnanarelles! des mûriers le feuillage est beau, beaux sont les vers à soie, ils s'endorment de leur troisième somme..."

Embellissements d'une plume romantique

 

Paul Verlaine, écrivain et poète français du XIXe siècle (Metz, 1844 - Paris, 1896), admirateur de Charles Baudelaire et de Victor Hugo, fréquente cafés et salons littéraires parisiens, collabore au premier Parnasse contemporain, publie les Poèmes saturniens, quitte son épouse pour suivre Arthur Rimbaud qu'il blessera d'un coup de revolver.

 

Poëmes saturniens, Paul Verlaine, sept poèmes choisis:

 

Paysages tristes

 

 

I - Soleils couchants

 

Une aube affaiblie

Verse par les champs

La mélancolie

Des soleils couchants.

 

La mélancolie

Berce de doux chants

Mon coeur qui s'oublie

Aux soleils couchants.

 

Et d'étranges rêves,

Comme des soleils

Couchants sur les grèves,

Fantômes vermeils,

Défilent sans trêves,

Défilent, pareils

A des grands soleils

Couchants sur les grèves.

 

 

II - Crépuscule du soir mystique

 

Le Souvenir avec le Crépuscule

Rougeoie et tremble à l'ardent horizon

De l'Espérance en flamme qui recule

Et s'agrandit ainsi qu'une cloison

Mystérieuse où mainte floraison

- Dahlia, lys, tulipe et renoncule -

S'élance autour d'un treillis, et circule

Parmi la maladive exhalaison

De parfums lourds et chauds, dont le poison

- Dahlia, lys, tulipe et renoncule -

Noyant mes sens, mon âme et ma raison,

Mêle dans une immense pamoison

Le Souvenir avec le Crépuscule.

 

 

III - Promenade sentimentale

 

Le couchant dardait ses rayons suprêmes

Et le vent berçait les nénuphars blêmes;

Les grands nénuphars entre les roseaux

Tristement luisaient sur les calmes eaux.

 

Moi j'errais tout seul, promenant ma plaie

Au long de l'étang, parmi la saulaie

Où la brume vague évoquait un grand

Fantôme laiteux se désespérant

Et pleurant avec la voix des sarcelles

Qui se rappelaient en battant des ailes

Parmi la saulaie où j'errais tout seul

Promenant ma plaie; et l'épais linceul

Des ténèbres vint noyer les suprêmes

Rayons du couchant dans ses ondes blêmes

Et des nénuphars, parmi les roseaux,

Des grands nénuphars sur les calmes eaux.

 

 

IV - Nuit du Walpurgis classique

 

C'est plutôt le sabbat du second Faust que l'autre.

Un rhythmique sabbat, rhythmique, extrêmement

Rhythmique. - Imaginez un jardin de Lenôtre,

Correct, ridicule et charmant.

 

Des ronds-points; au milieu, des jets d'eau; des allées

Toutes droites; sylvains de marbre; dieux marins

De bronze; ça et là, des Vénus étalées;

Des quinconces, des boulingrins;

 

Des châtaigniers; des plants de fleurs formant la dune;

Ici, des rosiers nains qu'un goût docte effila;

Plus loin, des ifs taillés en triangle. La lune

D'un soir d'été sur tout cela.

 

Minuit sonne, et réveille au fond du parc aulique

Un air mélancolique, un sourd, lent et doux air

De chasse: tel, doux, lent, sourd et mélancolique,

L'air de chasse de Tannhauser.

 

Des chants voilés de cors lointains où la tendresse

Des sens étreint l'effroi de l'âme en des accords

Harmonieusement dissonants dans l'ivresse;

Et voici qu'à l'appel des cors

S'entrelacent soudain des formes toutes blanches,

Diaphanes, et que le clair de lune fait

Opalines parmi l'ombre verte des branches,

- Un Watteau rêvé par Raffet! -

 

S'entrelacent parmi l'ombre verte des arbres

D'un geste alangui, plein d'un désespoir profond,

Puis, autour des massifs, des bronzes et des marbres

Très-lentement dansent en rond.

 

- Ces spectres agités, sont-ce donc la pensée

Du poëte ivre, ou son regret, ou son remords,

Ces spectres agités en tourbe cadencée,

Ou bien tout simplement des morts?

 

Sont-ce donc ton remords, ô rêvasseur qu'invite

L'horreur, ou ton regret, ou ta pensée, - hein? - tous

Ces spectres qu'un vertige irrésistible agite,

Ou bien des morts qui seraient fous? -

 

N'importe! ils vont toujours, les fébriles fantômes,

Menant leur ronde vaste et morne et tressautant

Comme dans un rayon de soleil des atomes,

Et s'évaporent à l'instant.

 

Humide et blême où l'aube éteint l'un après l'autre

Les cors, en sorte qu'il ne reste absolument

Plus rien - absolument - qu'un jardin de Lenôtre,

Correct, ridicule et charmant.

 

 

V - Chanson d'automne

 

Les sanglots longs

Des violons

De l'automne

Blessent mon coeur

D'une langueur

Monotone.

 

Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l'heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure;

 

Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte

Deçà, delà,

Pareil à la

Feuille morte.

 

 

VI - L'heure du berger

 

La lune est rouge au brumeux horizon;

Dans un brouillard qui danse la prairie

S'endort fumeuse, et la grenouille crie

Par les joncs verts où circule un frisson;

 

Les fleurs des eaux referment leurs corolles;

Des peupliers profilent aux lointains,

Droits et serrés, leurs spectres incertains;

Vers les buissons errent les lucioles;

 

Les chats-huants s'éveillent, et sans bruit

Rament l'air noir avec leurs ailes lourdes,

Et le zénith s'emplit de lueurs sourdes.

Blanche, Vénus émerge, et c'est la Nuit.

 

 

VII - Le rossignol

 

Comme un vol criard d'oiseaux en émoi,

Tous mes souvenirs s'abattent sur moi,

S'abattent parmi le feuillage jaune

De mon coeur mirant son tronc plié d'aune

Au tain violet de l'eau des Regrets

Qui mélancoliquement coule auprès,

S'abattent, et puis la rumeur mauvaise

Qu'une brise moite en montant apaise,

S'éteint par degrés dans l'arbre, si bien

Qu'au bout d'un instant on n'entend plus rien,

Plus rien que la voix célébrant l'Absente,

Plus rien que la voix - ô si languissante! -

De l'oiseau que fut mon Premier Amour,

Et qui chante encor comme au premier jour;

Et dans la splendeur triste d'une lune

Se levant blafarde et solennelle, une

Nuit mélancolique et lourde d'été,

Pleine de silence et d'obscurité,

Berce sur l'azur qu'un vent doux effleure

L'arbre qui frissonne et l'oiseau qui pleure.

Embellissements d'une plume romantique

Onzième poème de satin

 

Marcel Proust (Auteuil-Neuilly-Passy, 1871 - Paris, 1922), écrivain français ~ A la recherche du temps perdu, oeuvre principale et romanesque, Du côté de chez Swann, extrait:

 

"Quelquefois, comme Eve naquit d'une côte d'Adam, une femme naissait pendant mon sommeil d'une fausse position de ma cuisse. Formée du plaisir que j'étais sur le point de goûter, je m'imaginais que c'était elle qui me l'offrait. Mon corps qui sentait dans le sien ma propre chaleur voulait s'y rejoindre, je m'éveillais. Le reste des humains m'apparaissait comme bien lointain auprès de cette femme que j'avais quittée, il y avait quelques moments à peine; ma joue était chaude encore de son baiser, mon corps courbaturé par le poids de sa taille. Si, comme il arrivait quelquefois, elle avait les traits d'une femme que j'avais connue dans la vie, j'allais me donner tout à ce but la retrouver, comme ceux qui partent en voyage pour voir de leurs yeux une cité désirée et s'imaginent qu'on peut goûter dans une réalité le charme du songe. Peu à peu son souvenir s'évanouissait, j'avais oublié la fille de mon rêve."

Embellissements d'une plume romantique