Repos et travail

Publié le par Frédéric Zarod

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Le rythme du repos est imposé au même titre que le rythme du travail moderne. Le repos est décidé par des scientifiques mais il est calculé afin qu'il soit lui aussi rentable, et non pour qu'il soit réellement récupérateur.

Se reposer signifie bien souvent courir à la machine à boisson, payer vite fait ce qu'il faut pour gagner du temps au sein même du repos. Le repos, c'est courir mais aussi en profiter pour régler les comptes ou se remplir la tête d'informations extra-individuelles qui nous éloignent davantage de notre écoute intérieure, de nos tensions, de notre corps qui aimerait bien qu'on y prête un peu plus attention. On blâme pendant les repos les solitaires qui ont besoin de se retrouver, se ressourcer dans le silence. Ils seront évincés au sein même de la société: mis au rebus plus facilement.


Nous faisons des journées de sept heures (et encore que... faut-il être fonctionnaire), au lieu des quinze heures comme c'était le cas à l'époque de "Germinal". Les femmes continuent pourtant de travailler seize, dix huit heures par jour. Demandez-leur!

Quant aux hommes, il y en a qui se plaignent de travailler encore douze heures par jour, six jours par semaine, sans profiter d'un confort de vie que leur donne une rémunération de commerçant, de chef d'entreprise, de libéral.

D'autres se plaignent d'être ouvrier exploité, tandis qu'ils ne font pas forcément l'effort de s'ouvrir à une activité complémentaire de loisirs, plutôt épanouissante, pourquoi pas culturelle, sociale ou intellectuelle?


Une catégorie est au chômage. Si certains en profitent, personnellement, je peux dire que c'est une période assez terrible qui nous exlut, qu'on le veuille ou non. La pression culturelle et médiatique est telle que toute situation en toute classe sociale, nous place irrémédiablement sur le fil du rasoir.

Le conditionnement auquel nous sommes soumis, que l'on soit manuel, social ou intellectuel, nous met en joug: ne t'avises surtout pas de ne rien faire même pendant que tu te reposes!

   

Une catégorie est pressée comme un citron, la catégorie active de la population; elle passe la semaine à travailler, mais du vendredi soir au dimanche soir, elle s'évade en faisant des centaines de kilomètres, pour arriver stressée, fatiguée, dans un soi-disant coin de nature loin des grandes agglomérations, qui regorge finalement d'autant de véhicules et de brouhaha, d'enseignes et de commerces soi-disant bio, qui restituent les mêmes pollutions visuelles, sonores et électromagnétiques que leur milieu de vie professionnelle, familiale et sociale.

Des heures de bouchon. Toujours en action, le corps, le mental, en tension. Toujours fuir le repos: cet instant délicieux où tout semble s'arrêter, où l'on recommence à entendre le battement de son coeur, à ressentir la fatigue de son corps et l'accueillir comme une chose naturelle.

Le repos véritable fait peur. On ne le provoque pas, on ne l'organise pas. Il est subit, à la dernière minute: l'arrêt-maladie s'impose au-delà d'une gestion du repos...

Après une activité physique, l'activité mentale est reposante. Après une activité intellectuelle, cérébrale prononcée, une activité corporelle repose. Cependant, bien des gens sont focalisées sur un seul type d'activité. Cette gestion du repos actif, cette organisation du temps des activités physique, mentale, socio-affective et artistique ou culturelle, est parfois difficile à mettre en oeuvre: on demande professionnellement des citoyens et citoyennes spécialisés; on demande des travailleurs qui n'affichent sur leur curriculum vitae qu'un seul type d'activité. Changer de branche, de spécialisation est un parcours du combattant pendant lequel on laisse des plumes. La volonté est nécessaire, mais au bonheur la chance, cela dépend encore du tissu socio-professionnel dans lequel on évolue.

De nombreuses personnes subissent une profession manuelle alors qu'elles ont de véritables qualités et compétences cérébrales et intellectuelles. D'autres sont fonctionnaires, dans un bureau, tandis que leur épanouissement se ferait véritablement dans une activité sociale, ou médicale, manuelle ou artistique.


On s'étonne que la dépression ou l'hyperactivité soit une des grandes maladies du siècle? Alors qu'elle n'est qu'un cri d'alerte de l'occident... Mais rentabilité oblige: l'être humain demeure un outils à exploiter, épuisable à merci, et x millions de chômeurs ainsi que x millions d'actifs, constituent un réservoir dans lequel la quantité humaine offre une puissante demande à bout de nerf, prête à être monétisée aussi bien en force de travail qu'en consommatrice de produits.


Soyons contents de notre sort: nous critiquons toujours ce qu'on aime le plus!
 

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