Une tanguera à Paris

Publié le par Frédéric Zarod

Une tanguera à Paris, un festival à Buenos Aires, et l'aiguille-jeannette d'une plume

Une tanguera à Paris, un festival à Buenos Aires, et l'aiguille-jeannette d'une plume

Une robe à frou-frou, les talons aiguilles espiègles, une tanguera à Paris, je sais bien, ce n'est plus la Provence, et pendant que tous les danseurs de tango argentin du monde entier ont les yeux rivés sur le festival de Buenos Aires 2015, le célèbre "Mundial" comme ils disent, contemplant les couples de salon et de scène se faire éliminer les uns après les autres, je sacrifie mon dernier agenda prévu, histoire de mettre du beurre dans les épinards... J'y laisserai peut-être des plumes!

 

Mon coeur de plume s'amuse à faire des économies avec des rêves de mirada, des soirées sans spectacle, ni vernissage, des histoires d'amour et de milonga idéale, sensuelle, sentimentale, comme un vieux film dans ma tête, quitte à devenir - et je ne la redoute point cette vie d'artiste travesti par les babillages et broderie de mes mots - écrivaillon pour dentelle, poète-compadrito, redevenir un tanguero de capucine, piètre milonguero "pour femmes finissantes, même si j'leur chante Mi Corazon avec la voix bandonéante d'un Argentin de Carcassonne", et pardon si je reprise les paroles de mon patron d'enfance, mon maestro, Jacques Brel, que je rapièce La chanson de Jacky (Bruxelles, 1965), ô Bonne Mère!... à ne pas confondre avec notre Jacky de Marseille.

Une tanguera à Paris

Buenos Aires / Paris - Deuxième Voyage - The Sexiest Electronic Tango

Mon hôtesse la mouette qui me fait une scène de velours sur mon petit chemin de roses plissées

Mon hôtesse la mouette qui me fait une scène de velours sur mon petit chemin de roses plissées

J'ai vécu un samedi soir sur la terre loin de la capitale française, de ses froufrous affriolants, de ses midinettes aux aiguilles frivoles, loin des salons canning et des scènes de la Ciudad argentine, encore plus loin des violons et bandonéons de Roulotte Tango, de la peau satinée des danseuses provençales, et de leur robe ou jupe qui caresse l'air marin du Miroir aux Oiseaux, milonga délicieuse sur l'île de Martigues.

J'ai même pas fait mon César à Vaison-la-Romaine, ni usé mes talons blancs comme oie dans la Villanueva Tango. Je n'ai pas bu la vieille garde de la cave Aubaï Méma, pas plus exhibé mon tango del sur au festival de tango argentin de Nîmes. Je me suis juste contenté de faire connaissance avec une mouette rieuse à Carro, charmant port de Martigues, à défaut de trouver l'amour, à défaut de prendre ce bain de bals, un plein-air salé, sans aucune sucrerie, un peu d'amitié (entre drôles d'oiseaux on se comprend), préciosité d'une plume en face des plumes moqueuses d'une mouette un peu folle ou d'un goéland blasé des cabarets, et beaucoup de déception, de désillusions... La vida es una milonga.

 

Une profonde remise en question, un mois d'août beaucoup moins chaleureux que celui de juillet, la transhumance d'une âme qui n'en finit pas de présumer, transpirer, d'élaborer, préserver, de se transfigurer, se blâmer, de tourner et virer, bref, de transhumer, une transition qui n'en voit pas la fin, je veux dire la cumparsita!

 

Du bleu de travail à la vie en rose, je suis passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, routier 40 tonnes, manutentionnaire, aide-maçon,  aide-électricien, préparateur de commande, chargeur déchargeur de camions, surveillant d'école et collège catholiques, puis le chômage, la longue durée, un voyage au long cours où l'on apprend à vivre avec des nouilles au sel et des PV qui s'accumulent. C'est sûr, ce n'est pas de la haute couture, on fait ce qu'on peut avec des bouts de tissus, quelques pièces d'étoffe, je confectionne mon habit d'Arlequin, le cou engoncé dans mon RSA... La crise, qu'ils disent! C'est peut-être pas pour demain le revenu de base universel, inconditionnel, quoique... Il y a bien des SDF qui sont devenus top-modèles.

 

Enfin, on s'en fout, hein? Qui gère? Qui décide? Qui fait les lois? J'ai fait le deuil de mon 11 septembre. Celui qui dérange. Et comme par la même occasion, je dérange avec, je me cache, me retranche, je m'explique: je retranche de cette société le peu qui me reste, une goutte d'eau noyée dans l'océan de notre humanité, c'est pas le radeau de la Méduse, certes, et non de Dieu Avignon le dimanche, je m'en fous pas mal, anachorète retranché derrières mes remparts, de mon souffle désespéré, je fais tourner la roue à aubes, celle de la rue des artistes, des teinturiers qui ont cédé le pas aux afficheurs du festival off, non loin de la rue du bon martinet (open in a new window, of course). Ce n'est pas l'argentin de Carcassonne qui s'égosille, té, et je n'ai trouvé que cette vieille roue nonchalante, à défaut d'affronter les moulins à vent.

Les lettres de mon moulin, elles n'ont pas la tournure d'un Daudet, d'un Mistral, ou d'un Pagnol, ni même d'un Fernandel, oh Bonne Mère, mais j'ai encore la fierté de revendiquer que mon tango est né en Provence, entre Avignon et les Saintes-Maries (ouvrir dans une nouvelle fenêtre).

Après ça, en cette aube dominicale pleine de fraîcheur sur Avignon, en ce dimanche 23 août 2015, une tanguera, de Paris cette fois-ci, redonne chaleur à mon coeur, sourire à mon âme, couleurs à ma plume.

Cela me change de cette tanguera de Marseille qui m'a fait chaviré, qui m'a touché, coulé. Je vois bien, je devine un peu, ce que c'est la vie tanguera, être une femme du tango, c'est drôle, c'est pas toujours marrant, même pas une semaine plus tôt, j'ai rédigé Tanguera, ce texte que vous avez beaucoup apprécié, et dont je suis pas peu fier! (ein neues Fenster öffnen).

 

Mais... que ce soit à Marseille, à Montevideo, Rome ou Berlin, les tangueras donnent du fil à retordre aux cavaliers, j'entends: ne se laissent pas si facilement séduire... Elles feraient même semblant d'égarer leur chaussure, fashion Cendrillon, les jetant loin dans une fontaine. Cela me rappelle une certaine jeune et belle et... cruelle tanguera (abrir una nueva ventana). Ok, pas du tout le même style, ni le même contexte!

 

Ah! Cette tanguera me met du baume au coeur, tandis que je fais l'ermite, ou du boudin... La vie en rose, c'est peut-être pour aujourd'hui tout compte fait? Attendons d'abord son éclosion, rose mandala ou fleur de lotus, ce n'est pas faute d'avoir posé la question, à l'instar du Petit Prince de Saint-Exupéry: "Mon amie la rose, c'est quoi l'instant présent?" (aprire una nuova finestra).

 

En tango, comme ailleurs, les roses ont des épines, mais en chacune d'elles, se cache une Rose Mystique, alors...

Puisque je suis le meunier qui dort, que mon moulin bat trop vite, que je rêve plus que je ne danse, en faisant mon "Que nadie sepa mi sufrir", loin de la foule, je prends chaque rayon de soleil comme une bénédiction. Et cette petite histoire de tanguera à Paris, ce court-métrage original, rempli d'allégresse, cette robe à froufrou, ces talons aiguilles espiègles, ce 5 à 5 de Louis Paralis, que je viens de découvrir dans les méandres du net, pose sur mon dimanche bien matinal, sur mon camino de rosas, cette bénédiction qui m'a inspiré ce présent billet!

 

Une tanguera à Paris

Que Nadie Sepa Mi Sufrir, Sandra Luna

"Amor de mis amores", ou encore "Que nadie sepa mi sufrir", reprise par Edith Piaf: "La foule"

La Foule, Edith Piaf

Une tanguera à Paris

Froufrou, Philippe Nicola - Accordion from Paris

Sous le ciel de Paris, Yves Montand

Fred Tango Plume sur ses grands "aires del sur", une chaussure dans l'eau pour faire son show, l'air marin jusqu'au cou, veste noire polo blanc, en bon cavalier, invite une criolla à chalouper sur un petit bateau! Histoire de faire chavirer en tango nos sequins et nos peplums

Fred Tango Plume sur ses grands "aires del sur", une chaussure dans l'eau pour faire son show, l'air marin jusqu'au cou, veste noire polo blanc, en bon cavalier, invite une criolla à chalouper sur un petit bateau! Histoire de faire chavirer en tango nos sequins et nos peplums

Pendant l'été 2015, une mouette rieuse m'aurait glissé à l'oreille que j'allais devenir une... danseuse de tango argentin...

Pendant l'été 2015, une mouette rieuse m'aurait glissé à l'oreille que j'allais devenir une... danseuse de tango argentin...

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