La Robe Rouge ~ Confessions d'une danseuse

Publié le par Mademoiselle Plume

La Robe Rouge ~ Les confessions d'une danseuse française de tango argentin

La Robe Rouge ~ Les confessions d'une danseuse française de tango argentin

Quel avenir pour une danseuse qui a une bien étrange préférence pour les robes rouges?

~ Carnets intimes d'une tanguera (pas) comme les autres ~

 

Quitter ma petite ville, tenter ma chance là où les danseuses de tango queer peuvent s'épanouir, et prendre enfin soin de leur jardin secret, que ce soit en robe rouge style vintage, un brin victorien, ou en pantacourt noir et débardeur rose, en jean et brassière, ou avec une jupe courte et un corset gothique? Quel avenir pour une femme trans leader & follower tango dancer? Paris? Buenos Aires? Londres? Berlin? Rome?

Je me perds si je reste ici, en Provence, j'ai l'impression désagréable que je n'ai pas d'avenir. Tout quitter, prendre des risques; ici, j'ai l'impression que je végète, que je m'ennuie autour de ma danse.... Une rose à peine éclose, qui s'étiole déjà? Une petite rose du tango qui flétrit dans sa jolie robe rouge, assise et impatiente, tout en retenant ses larmes?

Ou bien abandonner le tango, purement et simplement, après dix années de travail assidu, d'apprentissage douloureux? Aller vers les hormones, puis l'opération de reconstruction génitale, avec ou sans vaginoplastie, qu'importe, pourvu que les hommes du bal oublient le mâle que j'étais, qu'ils voient davantage la femme, pas seulement une robe rouge! Qu'ils m'invitent dans les milongas du sud de la France! Je ne suis pourtant pas une débutante! Je sais danser en tango ouvert comme en abrazo cerrado, suis très musicale, bonne suiveuse, à l'écoute du guidage en offrant correctement mes appuis, ainsi qu'un axe verticalement conséquent, que demander de mieux?

Je me trouve, avec la robe virevoltante,  dans un grand virage de ma vie... J'ai pourtant fait mes preuves. Partir, tout recommencer, renaître? Renaître dans une robe rouge, ne l'ai-je pas déjà fait pour cette nouvelle rentrée tanguera? (ouvrir dans une nouvelle fenêtre mystique).

 

La Robe Rouge ~ Confessions d'une danseuse
La Robe Rouge ~ Confessions d'une danseuse
La Robe Rouge ~ Confessions d'une danseuse

Un mystère de plus tombé dans la fontaine de Vaucluse

 

Quitter Avignon, ses remparts rassurants, et la quiétude spiritualisante du Palais des Papes, avec ma robe rouge et ma nouvelle garde-robe pliée, compressée, dans une gigantesque valise trop lourde à porter, pour aller... pour aller où?

Partir, chercher bonheur ailleurs, là où mon tango pourra enfin s'épanouir? Aller à Paris, Berlin ou Buenos Aires? Comment une tanguera peut-elle survivre au XXIe siècle?

 

Le Vaucluse ne manque pourtant pas de très belles milongas, familiales, conviviales, joyeuses et dotées chaque fois d'une bien belle énergie, baignées d'intentions respectueuses, des bals plutôt bondés dans l'ensemble... Le Sonograf' au Thor, la milonga Tres Castillos à Saint-Paul Les-Trois-Châteaux, Lo de Lola à Loriol du Comtat, et c'est chaque fois, en règle générale, dans ces trois milongas que mon tango s'épanouit le plus, avec une grande joie, au masculin comme au féminin.

J'ai demandé à quelques amis la raison d'une telle particularité, tandis qu'il m'arrive régulièrement d'être déçue dans les Bouches-du-Rhône ou le Gard; ils éprouvent la même sensation, sont étonnés comme moi, et ne parviennent pas plus que moi à expliquer cette joyeuse magie vauclusienne. Cela demeure un mystère à mes yeux! Un mystère de plus tombé dans la fontaine de Vaucluse. Mais je n'irai pas mouiller ma belle robe pour attraper un secret  sans importance: après tout, en effet, je rends grâce à la vie, on s'y sens si bien dans les milongas du Vaucluse.

Les gens m'acceptent, du moins me tolèrent, en tant que femme transgenre, ça se passe bien, mais après mes premiers émois de tanguera,  pour une danseuse queer... je pense que la milonga queer regorge bien plus de possibilités de danser, d'être invitée... alors... gros gros doutes, baisse de moral... Ho! Je ne suis quand même pas au bord du suicide. L'espoir est un accroche-coeur qui livre bataille au milieu de ma chevelure de blonde.

Ceci dit: je tiens à remercier du fond du coeur les danseurs qui m'invitent régulièrement en milonga, depuis mes premiers pas en talons hauts, depuis les bals de plein-air à Caromb et à Aubais.

 

S'il n'y pas de milonga pour les drôles d'oiseaux par ici, et qu'il faut se déplacer dans des lieux discrets à Nîmes, peut-être Marseille, ou encore à Toulouse, Paris, Berlin... sans parler des milongas queer de Buenos Aires, on ne peut pas dire qu'il ne se passe rien en Avignon!

Si tu ne vas pas au tango rioplatense, le tango rioplatense ira à toi! Eh! Nous avons tout de même reçu la visite d'un Maestro qui est venu nous donner une... Leçon de Tango! Pablo Veron a assuré un stage récemment, pendant le week end du 1 et 2 octobre. J'ai découvert un pédagogue passionnant, efficace, précis, dont la danse est... tout simplement divine, ainsi qu'un être humble, avec une réflexion fort juste.

 

Partir? Quitter la Provence? Je vais y réfléchir à deux fois quand même... Tant pis si je dois rester assise pendant une heure ou deux sur ma chaise, croisant et décroisant mes gambettes de lolita effrontée, travaillant la mirada, en évitant d'effrayer les hommes qui se demandent peut-être parfois si je suis ici pour le plaisir de la danse ou pour me trouver un adorable mari...

 

La Robe Rouge ~ Confessions d'une danseuse
La Robe Rouge ~ Confessions d'une danseuse

Ma première fois en robe, l'expérience arlésienne, ou l'école du bal

 

Si c'est au lac du Paty, cet été, que j'ai enfilé pour la première fois mes talons hauts, mes fameuses chaussures rouges, si c'est encore à la rentrée, dans une milonga du côté de Montpellier, que je suis allée danser pour la première fois dans une tenue féminine, un joli haut à manches longues et aux épaules dénudées, avec mon plexus de fille craintive mis en valeur par un beau collier gothique, c'est en ce début du mois d'octobre, que j'ai vécu l'une de mes plus belles expériences qui jalonnent ma transition commencée sept mois auparavant: l'expérience arlésienne ne fut pas si éprouvante que ça, l'idée m'est venue, je crois, dans la nuit du vendredi au samedi, venir en robe rouge, une idée qui s'est imposée d'elle-même, comme les expériences précédentes, le moment était venu, je ne sais pas comment dire, je ne me suis jamais forcée, chaque étape sociale de ma transition féminine s'est posée tel un papillon sur une fleur.

J'aurais beaucoup de choses à dire sur cette soirée merveilleuse, qui ne manque pas de piquants. Être une rose du tango, ça ne s'improvise pas, ça ne se planifie pas pour autant.

 

Ce que je peux dire pour ma première milonga en robe, c'est que j'ai pris conscience que prendre des cours de tango, s'entraîner toute seule chez soi à sa technique et ses fioritures de fille, même si cela est une préparation indispensable, surtout dans ma situation, ça ne remplace pas l'expérience du bal...

La meilleure école de tango rioplatense, c'est encore la milonga, le bal, c'est dans le bal qu'on met à l'épreuve ce qu'on apprend en cours. Sans milonga, d'abord, le tango n'aurait pas de sens. Ensuite, si l'on se prive trop longtemps de l'expérience sociale du bal, on se déconnecte de l'esprit du tango (même en France), on fuit l'égrégore du Rio de la Plata, moi il me faut danser, rentrer dans le feu du bal, inviter, me faire inviter, el garufa, comme ils disent les argentins, au masculin comme au féminin, casser des brides de chaussures, transpirer, jusqu'à écorcher mes pieds, comme ça a été le cas ce samedi soir à Arles, un centimètre carré de peau arrachée sur mon pied, parce que mes chaussures étaient neuves, et que c'est comme ça que je vis mon tango rioplatense: l'amour du tango, la passion de la danse, me transcende.

 

Je suis une danseuse. J'aime danser. La danse est ma respiration, ma thérapie, ma nourriture. J'ai besoin de danser. Je ne fais pas semblant, je suis une naissance du tango, j'expérimente, je découvre par moi-même. Quatre cavaliers m'ont invitée. Je ne m'attendais pas à autant! Bien que j'aurais préféré danser plus, ce n'était pas les danseurs qui manquaient pourtant! Mais... j'ai tendance à oublier, dans mon ivresse de jeune femme du tango, que... ce n'était pas une milonga... queer.

 

La Robe Rouge ~ Confessions d'une danseuse
La Robe Rouge ~ Confessions d'une danseuse
La Robe Rouge ~ Confessions d'une danseuse

Vêtue d'une robe rouge, chaussée d'une nouvelle paire de chaussures à talon, couleur chair, je fête mes... dix ans de tango rioplatense

 

Je suis entrée dans le tango argentin comme d'autres entrent en religion; en cette rentrée 2016, avec ma robe rouge et mes nouvelles chaussures à talon, couleur chair, je fête mes dix ans de tango argentin, ainsi que les cinq ans de mon blog, de mon univers mystique d'écrivaine et de danseuse.

Il a été déposé dans mes entrailles de créature gothique les secrets de la connexion et du guidage, je ne le redirai jamais assez, il y a dix ans, tel un coup de foudre, j'ai reçu le rythme dans la peau, la musique est tombée dans mon corps, le corps d'une renaissance, d'une deuxième adolescence, celui d'une jeune femme transgenre, qui attendait 2016 pour enfin naître, par chance, dans les bals du midi de la France, une danseuse vierge mise à nue au début d'une saison étrange où l'élévation des consciences resplendit plus que jamais dans toutes les contrées du monde.

Je suis mariée au tango, fatalité, on ne choisit pas l'amour, c'est l'amour qui nous prend, nous presse, nous transforme; mystérieuses heures qui précèdent l'aube, l'angoisse se réveille, je m'abandonne, il pleut, ça rafraîchit mon coeur brûlant, longue longue route qui serpente, chemins de traverse, pièges et précipices, tomber et se relever, enfiler ma robe rouge en pensant à cette scène de danse-théâtre, chorégraphiée par Pina Bausch, le Sacre du Printemps (cf blog Les Corps émouvants, article Le Sacre du printemps par Pina Bausch ~ ouvrir dans une nouvelle fenêtre)... Car je me souviens d'un mois de mars où j'ai mis pour la première fois des chaussures à talon, en me jetant corps et âme dans le rôle de la danseuse, ses embellissements, sa technique féminine: printemps 2016, le début de ma transition, un moment sacré pour moi, la naissance de Mademoiselle Plume (Federica pour les intimes!).

Mais le Sacre du Printemps de Pina Bausch, la robe rouge et la musique de Stravinsky, me renvoient à une autre expérience vécue en 2011, si ma mémoire de blonde ne me fait pas défaut, une expérience bien étrange celle-ci, un peu similaire au bal d'Arles, sauf que je ne m'attendais pas du tout, ce soir-là dans la salle de spectacle du Bois de l'Aune, dans le quartier du Jas de Bouffan à Aix-en-Provence, à me retrouver vêtue de la robe rouge!

Cinq ans plus tard donc, le Sacre du Printemps et sa robe rouge, me poursuivent! Pour me dire quoi, au juste? Entre l'expérience troublante à Aix et la milonga arlésienne, est-ce que Dieu tente de me remettre sur mon Chemin de Vie? Recevoir ainsi, d'une manière tellement étrange, des réponses à mes questions dans des moments de grand doute, me replace dans la Foi.

Ô Très Sainte vierge Marie, je te salue, ô Reine de miséricorde, toi qui es pour nous vie, douceur, espérance, vers toi, nous les fils d'Eve, nous crions dans notre exil, vers toi, nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes, toi notre avocate, tourne vers nous tes yeux plein de bonté, et Jésus, ton Fils béni, montre-le nous au terme de cet exil. Ô Clémente ô si bonne ô douce vierge Marie. Amen.

Il est écrit dans les rochers que l'eau est plus puissante que les plus hauts sommets qui ont déchiré la terre.

Il est écrit dans tes yeux que le tango est une danse d'improvisation qui ne s'improvise pas.

J'écris comme je danse, je danse ce que j'écris, l'âme en peine, mon tango est étroit, si je reste ici, je m'égare, je m'égarerai si je m'en vais, à peine éclose, rose rouge de la Reine des danses qui flétrit déjà, étroite est une porte, cachée sa serrure, j'ai la clef, que m'importent les gens qui pendent leurs certitudes comme des trophées de guerre, je doute, jusqu'à ce qu'ils me prennent dans leurs bras, je laisse la musique me pénétrer, là, en profondeur, le tango m'engloutit, désormais j'appartiens au tango, l'égrégore du Rio de la Plata.

Tanguera Robe Noire

 

Témoignage: j'ai joué le rôle de la jeune femme sacrifiée dans le Sacre du Printemps

 

Comment me suis-je retrouvée en robe rouge, à jouer le rôle de la jeune femme sacrifiée dans le final du Sacre du Printemps, cinq ans auparavant à Aix-en-Provence?

Le coeur a ses raisons que la raison ignore, n'est-ce pas? C'est un ami du tango qui m'avait accompagnée à cet étrange spectacle de... danse contemporaine. Il pourra témoigner! A cette même époque, j'écrivais mes premiers textes sur le tango argentin dans ce blog qui avait alors comme nom de domaine non pas tango-plume.com mais le mystere-victor.com, du titre de ma pièce de théâtre.

Les gens ne savent donc pas qu'à la milonga d'Arles, d'une robe rouge à une autre robe rouge, j'ai fêté les cinq ans de mon blog, cinq années de travail d'écriture, de réécriture, de corrections et de mise-en-page. Et c'est pas fini! Mon univers de danseuse gothique est encore un beau chantier!

 

Revenons donc à ma toute première robe rouge, si vous le voulez bien!

J'ai joué, pour le final d'Igor Fedorovitch Stravinsky, le rôle de la jeune femme sacrifiée dans le Sacre du Printemps au théâtre du Bois de l'Aune, je crois que c'était en 2011 (?), à Aix-en-Provence au Jas de Bouffan. C'était un spectacle contemporain basé sur le Sacre du Printemps de Pina Bausch, (ouvrir dans une nouvelle fenêtre, je vous renvoie au Nouvel Obs/temps réel/culture, le Sacre du Printemps, un chef d'oeuvre de Pina Bausch, article de Rapaël de Gubernatis, à propos d'une des dernières interprétations de cette célèbre création de danse contemporaine).

En ce qui concerne l'adaptation originale qui a eu lieu au Bois de l'Aune, la mise en scène reprenait la robe rouge, un décor sobre et sombre, avec une grande part d'improvisation (et pour cause...!): pourquoi Romero m'avait-il enfilé cette sacrée robe pourpre pour faire le final? Le hasard? Une coïncidence? Mon chemin?

Lorsque nous, le public, sommes entrés dans la salle, il n'y avait aucun gradin, on nous a donné à chacun un casque... la musique de Stravinsky a commencé à être diffusée dans le mien, et une voix m'a proposé de me déplacer, d'effectuer des mouvements, et pour chaque personne présente dans la salle, qui était en train de se demander, comme moi, où étaient passés les sièges, c'était ainsi.


J'ai réalisé alors que nous allions être les "acteurs/danseurs" de ce Sacre du Printemps... façon Pina Bausch.


Quand je repense à mon expérience arlésienne (octobre 2016) où j'ai mis pour la première fois une robe, cette robe rouge, pour danser en milonga, soudainement je repense au moment où une femme du public s'est retrouvée dans le second rôle, celui de Roméro, où elle a passé par ma tête la robe rouge que je venais de ramasser par terre comme la voix dans mon casque venait de me le demander, puis cette même voix ~ The Voice, si vous préférez! ~ m'a proposé de faire différents mouvements, sous la musique de Stravinsky, je me suis retrouvée à "danser" comme j'ai pu, tour à tour capturée par la foule, puis en train de fuir, et je me suis effondrée, morte.... comme la voix me l'a suggéré: j'ai joué le jeu, mon rôle, le final du Sacre du Printemps...

Oui, étrange expérience vécue, d'autant plus étrange que depuis mon adolescence, j'avais déjà porté en de rares occasions, secrètement, des vêtements de femme, car je me sentais profondément appartenir à la gente féminine, c'était une souffrance, une double vie, que je tenais à sauvegarder, coûte que coûte, en cachette; je me suis très tôt dans la vie toujours identifiée à une femme, luttant contre ce "mal", luttant avec grande violence et beaucoup d'angoisse contre ce qui s'avère être une histoire de transidentité, une problématique de disphorie de genre, je me suis évertuée à aimer une femme, à fonder une famille, à faire des arts martiaux, du tae kwon do, de la boxe anglaise, du karaté, je me suis lancée à corps perdu, dans des métiers très physiques, virils, conducteur routier semi-remorque 40 tonnes, maçonnerie, manutention et port de charges lourdes, préparation de commande dans les liquides, BTP, etc...

Mais rien à faire... depuis quelques années déjà je me suis enfermée dans un cocon, éloignée de toute vie sentimentale, professionnelle, le désert, le néant, l'isolation, incomprise, jusqu'à cette année 2016 où... j'ai commencé ma transition de femme...... Celle de Frédérique, de Federica, ou de.... Mademoiselle Plume.

 

Nota bene: comble du comble, pour la danseuse que je suis, à cette milonga d'Arles, j'ai fêté également mes dix ans de "rythme dans la peau", puisque c'était en octobre 2006 que dans un thé-dansant, en posant le pied sur un temps fort, il y a eu comme quelque chose qui est tombé dans mon corps, une sensation formidable, agréable, j'ai su à cet instant que le sens du rythme venait de "descendre" tel un coup de foudre, dans mon bas-ventre, dans chacune de mes cellules, un don de Dieu, ici encore, une bien belle expérience, et surtout, un phénomène étrange qui m'a facilité par la suite l'apprentissage de la danse de couple.

La Robe Rouge ~ Confessions d'une danseuse
La Robe Rouge ~ Confessions d'une danseuse

Tanguera Robe Rouge

Commenter cet article