T'aimer d'amour

Publié le par Frédéric Zarod

T'aimer d'amour

T'aimer d'amour

Tango Mystique - Chapitre 20

T'aimer et me fondre d'amour

 

Je ne suis pas blanc comme neige, mais je veux me fondre dans tes bras, noire mon âme, rouges sont les flocons qui perlent à mes yeux... et dans tes plis soyeux fondre comme neige.

 

Moi l'igloo sous l'ardent souffle de tes amours, mon égo mon désir, à perdre haleine, à bâton rompu, à la chaleur de tes rires, à la misère de mes nuits, je me contente de faire et défaire des noeuds, avec mes rêves de toi, à défaut, jusqu'au vain cauchemar, avec mes boyaux...

C'est dire que l'épouse d'Ulysse faisait grise mine, c'est dire que j'ai mauvaise mine à l'aube, et toi mon lys, tu n'es pas blanche comme fleur d'oranger, laisse-moi goûter à ton miel, toucher tes bijoux, c'est l'hiver, mon coeur fond comme neige, au soleil...

 

Au soleil, j'ai l'air d'un sot, moque-toi, je dis des mots bêtes, mais ce n'est pas ma bouche qui les dit, ce n'est pas entre mes lèvres humides et tremblantes que vont et viennent ces phrases lancinantes, tu es belle, des mots bêtes, je dis, des mots...

 

Regarde mes doigts, s'il te plaît, regarde-les, leurs phalanges pleurent, pulpes grasses, une lavande dans ma paume, coulent les huiles, regarde mes doigts, ils veulent tant jouer avec les grains de ta peau, regarde-les, je t'en supplie...

J'ai froid aux yeux, mes paupières comme des manteaux, prends tous les amants que tu veux, mes yeux seront des portes-manteaux, pends tes vêtements aux bouts de ma plume, j'écrirai tes parfums, vont et viennent ces phrases lancinantes, parce que si tu ne me fais souffrir jamais, comment pourrai-je mourir en prétendant que je t'ai aimée?

 

Prétendants? Le fleuve de ta beauté en charrie tellement, que j'en suis leur méandre, sous tes pieds le serpent, sous tes dents une pomme, laisse-moi fondre d'espoir, brise-moi les os, je ne serai que pépins que tu craches, sous tes pieds la neige, sous tes dents un glaçon, pendant qu'ils viennent et vont, tandis qu'ils défont les draps de satin en ta demeure de pourpre et d'or, au milieu des rubis et des diamants que je t'ai versés autour du corps, que je suis allé chercher en allant plier ma solitude aux heures ténébreuses, et glaner des sinistres minutes dans le précipice du crépuscule, je nettoierai chaque flocon, lustrerai la glace, me fondre comme peau de chagrin dans le souvenir de ta voix, le souvenir de tes lèvres qui s'agitent et que je n'écoutais plus à tant les admirer, crevant l'envie d'éponger les écumes de toutes tes colères, chialant pour porter la moindre haine qui te reste comme l'unique preuve de mon renoncement...

 

N'ai-je pas cet hiver en guise de paix, neige devant ma grotte d'anachorète, ta douceur, ton enchantement, même de loin, même au creux de mon sommeil.

 

Je ne dors plus, ni le jour ni la nuit, les aurores sont des portes, à la manières que tes amants ont de partir après t'avoir épuisée de chagrin et d'amour...

Et le mien, le mien, un chagrin qui ne sera jamais égratigné, parce qu'un amour jamais consommé, parce que chaque fois que je t'enlace, c'est l'été, et ses arbres fruitiers, ses fruits gorgés d'eau, parce que chaque fois que tu me quittes, c'est l'hiver, et pour seuls équinoxes, encore de nouveaux amants, mais mon amour ne sera pas une porte de plus qui s'ouvre à ton matin où tu trembles d'avoir trop coulé telle une fontaine qu'on n'attendait plus, d'avoir trop baisé des muscles épais, d'être tombée et de t'être brisée les reins sur leur cuir de mâles indélicats.

 

Mon amour n'en sera jamais un, alors qu'ils ont le courage de tes charmes, je n'ai que la fuite pour couvrir mon coeur des pétales de ta saison, alors qu'ils ont le charme pour te faire succomber à leurs maux gourmands, je n'ai que le supplice d'aimer en secret ta saison...

Ô Toi, tu es une saison, à toi toute seule!

 

Je finis par devenir blanc comme une oie, quitte à me battre en neige, frappe de ton mieux, ce n'est que mon orgueil qui gonfle, simplement éloigne-moi de tes chants, de tes rêves, des sucreries de ta voix, afin que je puisse m'effondrer de nouveau, puis tomber, tomber si bas, que de mon coeur en morceaux, je vole au-delà de ces espoirs granuleux, mouillés, souriants ou tristes, que tu déposes dans mon ventre, lorsque nos regards se sont abusés, et que dans le tien, j'ai bu une eau de rose, et avalé la rosée des matins de l'Orient.

Je vole si haut, si haut, que de mon vol je touche les Saints, je vole si haut, que ma chute sera pour te servir - on peut bien abattre un pauvre arbre pour franchir un fossé - et je tombe si bas, que je lutte pour ne plus t'aimer, ne plus t'aimer, voilà mon effort.

Ne plus t'aimer, pour t'aimer plus haut que les anges, je sais que tu sais que j'ai deux amours, deux pour toi, l'un est le diable, l'autre est une caresse de lumière, une effervescence divine, un sacre du printemps, une onde délicieuse qui me fait rougir, un sacerdoce platonique, une attente en vain dont la souffrance brûle le désir, alors me fondre, oui, comme la neige, tu es une saison, ma saison préférée, tu es belle, malgré mes mots bêtes, belle et saisonnière quand tu me cueilles à chaque distraction, belle à n'en plus finir, et fondre... fondre...

Fondre d'amour sous tes longs cils, sur tes pommettes étincelantes, fondre d'amour entre tes dents qui rient, entre tes doigts qui m'ensorcellent, fondre d'amour au bout de tes ongles qui chatouillent, au contact de tes robes talaires les mieux fleuries, fondre d'amour en bavant quelques mots d'excuses, fondre d'amour aux côtés de ta peine, à la merci de tes joies, au-dessus de ta langue dont les syllabes sont telles les vagues qui s'endorment sur la plage, me fondre là où il ne fait que neiger, oui, tu sais bien, c'est l'hiver ici, l'été là-bas, ou l'inverse, j'ignore...

Mais il neige toujours quand je vois ton coeur te promener, ma tendresse au bout d'une laisse, tes amours séparés du mien, un bout d'iceberg et ma souffrance invisible, neiges éternelles au sommet de ton effronterie, voilà: fondre comme neige au soleil, sous ce drap de frissons tendres que les vents marins ont déposés avant que je découvre l'éclat de ton être, me diluer avec ces flocons de lumière qui m'ont rendu aveugle, sans que je puisse m'apercevoir que tu allais, dans mon coeur qui se croyait enfin à l'abri, t'asseoir.

Ainsi fait la reine qui étend son royaume.

Ô comme il fait si bon de me fondre, pour te laisser le plus de place, et d'amour, m'élever, et d'amour, t'aimer... oui d'amour... d'amour... me fondre.

 

Avignon, le 25 décembre 2015

Tango Mystique:

Lire chapitre premier L'Atelier

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Me fondre comme neige au soleil, fondre d'amour...

Me fondre comme neige au soleil, fondre d'amour...

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