Tango, séparer le bon grain de l'ivraie

Publié le par Frédéric Zarod

    quels sont les obstacles pour apprendre a danser le tango argentin separer le bon grain de l ivraie
 
 
Comment apprendre le tango, ses difficultés, ses pièges, sa richesse

Séparer le bon grain de l'ivraie en nous-mêmes est une chose périlleuse. Faut-il encore être guidé par quelqu'un qui a expérimenté ses propres limites, qui nous fasse ressentir physiquement l'énergie du guidage, une personne qui a confronté sa problématique - ici, du guidage et de la connexion entre le danseur et la danseuse - en arpentant les pistes de danse, en cherchant l'enseignement susceptible d'apporter des réponses "justes".
 
Il paraît fort compréhensible que payer un cours de danse pour acquérir - AVOIR - un "produit dansé", un "prêt-à-porter" sous forme de package "X figures/heure" reviendrait à croire qu'il suffit de s'acheter un beau costume et de vraies chaussures de tango ou encore un pantacourt fashion maestra nuevo pour acquérir l'expérience et le vécu d'un maestro, d'une maestra.

Je pèse les mots : "expérience" et "vécu" (vécu sur une piste, dans un cours de tango ou de danse de société ou encore dans la vie quotidienne - car atteindre un haut-niveau ou simplement un niveau convenable, comme c'est le cas dans toutes les discplines demande... quelques sacrifices, tout au moins des choix difficiles à prendre).
 
 
Après cela, chacun est libre - dans son parcours de danseur ou danseuse - de s'arrêter en cours de chemin, de se maintenir à un confort qu'il ou elle trouve suffisant et suffisamment agréable selon les perspectives qu'il ou elle assigne à son tango, à sa kizomba, à son boogie ou encore à son fox trot.
 
Je ne dis pas que les danseuses et danseurs sont mauvais, ni médiocres, ni paresseux...

Pour moi il n’y a pas de bon ou mauvais danseurs/danseuses.
Notre ennemi commun à toutes et à tous est : la prétention, l'égocentrisme, le "syndrôme des oeillères"...
 
La danse n’est pas un sport, la danse n’est pas un défouloir, la danse n'est pas non plus un règlement de comptes entre individus ou écoles, encore moins une "guerre des sexes" - pour évoquer Friedrich Nietzsche! ("...si les sexes se font la guerre les uns aux autres, c'est parce qu'au fond ils ne s'aiment qu'eux-mêmes..." si ma mémoire est bonne!).
La danse sociale est une marche, le tango argentin est une marche. Une marche à deux.


Une marche naturelle, dans la plus grande simplicité - oh! que les chemins sont si longs, si tordus, si rebutants, avant que l'on découvre dans l'épuisement, sous les écorchures, que la simplicité était le plus court et le plus aisé des chemins (le plus sage?)!

Une marche dans la confiance en l’Autre et en Soi, dans l’énergie du sol et du retour du sol par nos “racines” vers notre verticale et auguste posture d'être humain qu’est la chaîne cinématique allant de la plante des pieds jusqu’au sommet du crâne, en passant par le ventre (le hara des japonais!).

   
 
  Un-art-subtil-un-travail-d-orfevre les reines du bal milonga
 
 
C’est un apprentissage long, dur aussi car ça remet en cause notre égo!
 
Notre principal obstacle à l'apprentissage est le mental, nourri par ses croyances individuelles et culturelles, un sur-moi tissé comme un treillis apprêté aux fondations d'un bâtiment.... qui ne laisse plus ressortir une seule tige, une seule fleur de la terre-mère-nourricière!
Hors, toute la magie du tango vient de ce que la personne qui guide - ou leadership en anglais (culturellement l'homme) - et la personne guidée - ou follower (culturellement la femme) -, sont autonomes par leur équilibre et leurs appuis au sol. Les pieds puisent l'énergie dans le sol, telles les racines d'un arbre qui a foncièrement besoin de la terre, puis nourrissent les axes du danseur et de la danseuse.
 
 
Je peux le dire par expérience :
 
10 minutes pour apprendre une figure ( qui sera faite dans la force? )
et 10 ans pour apprendre à marcher.  
 
 
Je le redis, notre première difficulté d’élève, c’est notre propre orgueil, notre volonté de ne pas trop égratigner l’image que l’on se fait de nous mêmes en tant que tanguero ou tanguera après un an, deux ans, cinq ans , surtout si l’on nous considère comme bon danseur - ou bonne danseuse!

Plus on a d'années derrière nous d'ailleurs, plus il est difficile de se remettre en question. Le nombre d'années en tango ne veut pas dire grand chose : faut-il encore prendre le bon départ. Si les défauts de l'élève sont corrigés d'entrée de jeu, il lui sera plus facile d'évoluer vite et bien... 
   
 
Séparer le bon grain de l’ivraie… faut peut-être se vouloir “débutant” à vie … en tango comme en toute autre discipline!
 
Refuser un confort immédiat.
 
Se dépouiller de son orgueil.
 
On passe rarement une brêche très étroite sur le seul chemin escarpé qui nous fait gravir certains sommets sans être obligé de jeter son fardeau, son sac-à-dos trop encombrant…
 
Pour atteindre un niveau “plus” élevé, faut parfois aussi changer d’état. L’eau est obligée de devenir vapeur pour traverser le filtre d’une cafetière italienne, avant de pouvoir revenir à son état “liquide” rempli de la saveur d’un bon café gringo!
 
Et pendant ce temps, il n’est pas confortable d’être vapeur! On préfère se répandre sereinement au fond d’un récipient accueillant.
 

Mais dans le tango, il y a la Beauté de la Tanguera, sa robe affriolante, sa cuisse qui étincelle à chaque boléo, il y a encore son pied et sa cheville magnifiée par une chaussure qui sait si bien la mettre en valeur. La sensualité est là. Le désir de l’homme est soumis à rude épreuve. Oui, la Tanguera est le feu sous la cafetière italienne… Tout est fait dans le tango pour vivre l’expérience de l’alchismiste qui essaie en vain (?) de transformer le plomb en or - en ignorant qu’il se transforme lui-même… spirituellement?  

 
Je sais, j'ai déjà fait le premier pas....  deux pas, trois pas, ... mille pas! La route est longue!
 

Publié dans Tango argentin

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