Tango Funèbre

Publié le par Frédéric Zarod

  
La tanda Jacques Brel: le Tango Funèbre

Pour l'amoureux que je suis des textes de Jacques Brel, de ses chansons poétiques, et en tant que danseur invétéré et passionné de tango argentin,  j'aime penser que notre Grand Jacques est à la chanson française ce que Carlos Gardel est à l'Argentine et au tango rioplatense. Il me plaît d'imaginer ce que l'oeuvre de Brel aurait pu être, si l'artiste avait travaillé avec les plus grands musiciens de Buenos Aires... J'ai dansé des tangos sur plusieurs chansons de Brel, c'est un délice, on danse sur sa voix, ses mots, son émotion... Les plus grands s'en vont trop tôt, Jacques Brel après les Marquises, Carlos Gardel après Volver...   

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"Une nuit, alors que, je m'en souviens, mon regard restait attaché à une rose safran toute fraîche que j'avais achetée le jour même et placée dans un vase opalescent à long col, Jacques Brel fut, entre deux tangos, interrogé. Je n'avais jamais entendu cet enregistrement."
(Extrait : chapitre II, Un chemin qui mène au pays des morts, Radio Nuit, roman, Claude Mauriac, Grasset)





"Le tango est une pensée triste qui se danse", et la mort chantée par Brel est une pensée amusante quand elle se joue en tango, et qu'elle se moque des vivants, ou des encore vivants.
 

"Ils se poussent du coeur pour être le plus triste, ils se poussent du bras pour être le premier* "



Si la vie est une farce (la vida es una milonga), alors que dire de cette marche funèbre à laquelle nous invitent ce tango ainsi que la voix du grand Jacques, où chaque mot est posé sur chaque temps, accentué comme des questions :

"Est-ce que la mort s'en vient, est-ce que la mort s'en va, est-ce qu'il est encore chaud, est-ce qu'il est déjà froid?*  " 



Des mots, des accents semés de contre-temps, le tango n'est-il pas une marche funèbre? Contre le temps, on ne peut rien, seulement marcher, et que les mots soient farceurs, trompeurs, il ne nous reste que nos pieds écorchés pour nous rassembler, nous lier, nous épouser sur un tango argentin:

"Ah! je me vois déjà, m'installant à jamais, bien triste bien au froid, dans mon champs d'osselets*



Dansons, buvons, baisons s'il le faut, tant que nos corps sont encore chauds!

"Je me vois tout au bout de ce voyage-là, d'où l'on revient de tout...* "   



Les roses fânent, les vases se brisent, tous les chemins mènent au pays des morts, marcher, et encore marcher, car, triste ou gaie pensée, le tango argentin est funèbre, mais sans lui, qu'est-ce que la vie serait mortelle!
 

Avignon, le 15 décembre 2012

 
* Extraits : Le tango funèbre, Jacques Brel, Editions musicales Pouchenel, Bruxelles, 1964
 

Jacques Brel, le tango funèbre - Subtitulada en español

La légende de Carlos Gardel, Châtelet les Halles

Volver, Carlos Gardel - tango argentino

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