Un tango sur la sonate de Beethoven

Publié le par Frédéric Zarod


Un tango sur la sonate de Beethoven - Beauté & mystère de la danse d'un couple ou une marche funèbre au clair de lune


   
D'un abrazo cerrado à un tango ouvert, l'influence de la danse contemporaine, du nuevo sur une musique classique, Cecilia Garcia et Serkan Gokcesu interprètent (cf vidéo à la fin de mon article) un tango tendrement expressif sur la Sonate de Beethoven, Clair de Lune (titre bien connu en anglais: Moonlight Sonata).



On dit que le tango est une pensée triste qui se danse, pourtant rien de plus romantique et de champêtre que cette démonstration tendre de tango argentin...


Mais la pensée triste se glisse en secret si l'on sait la vérité historique de cette sonate, et l'on comprend que le tango est un acte d'amour sur le chemin terrestre qui n'a d'autre issue que la mort du corps physique, la mort du corps émotionnel, la mort du corps mental.


Le tango ne propose-t'il pas d'apprendre à mourir en marchant? Vis chaque pas de ton tango comme ton dernier souffle!

C'est le poète Ludwig Rellstab, cinq ans après la mort de Ludwig Van Beethoven, qui surnomme cette sonate : "Au clair de lune". Pour une sonate aussi profonde, qui pourrait bien évoquer une pensée triste d'ailleurs, rien de mieux que de faire appel à la clarté lunaire, symbole du corps astral, et n'assistons-nous point, dans le jeu du tao-tango des danseurs, à la mise en scène de l'être humain qui apprend à marcher dans la vie avec ses émotions?


Le mystère d'une âme qui danse, quand la lune éclaire cette part d'ombre qui recouvre la moitié de notre existence terrestre. On descend dans l'inconscient : la sonate nous accompagne, et l'on marche, à la découverte de l'émotion qui se soulève, ou qui essaie de sourdre au milieu de nos sentiments.



Si le tango est une pensée triste qui se danse, alors peut-être que cette sonate, classée à l'époque comme musique de deuil, nous invite à faire le deuil de nos émotions par une marche en tango qui célèbre la connaissance de Soi en guidant l'Autre, la connaissance de l'Autre en se laissant guider par le premier mouvement de la "Moonlight Sonata", un adagio sostenuto qui évoque la marche funèbre.


Le tango n'est-il pas une invitation à célébrer la vie, la marche dans un abrazo qui symbolise la rencontre du désir et de la peur, les deux pôles qui alimentent le samsara, le cycle des émotions.

Entre Eros et Thanatos, le tango argentin, c'est toujours et encore le désir de participer à la vie qui gronde en nous, et la peur de quitter la piste de danse après un dernier tango, une cumparsita qui est comme notre dernier souffle.


L'amour charnel et la mort du désir, ou la petite-mort après avoir consumer tous les jeux du possible de l'attirance des opposés.


Danser avec l'autre nous embarque dans une étrange aventure où la séduction nous met à l'épreuve. Un tango, c'est entrer dans notre propre nuit, et c'est au clair de lune, que la femme nous initie à nous découvrir, nous dépouiller de nos certitudes. Si notre mental et nos croyances se réchauffent en plein soleil, le yin comme la lune, se joue de nous à marée basse comme à marée haute : reste qu'il nous faut nous bien ancrer au sol, vivre l'instant présent d'une marche funèbre, car l'abrazo soulève des émotions dont nous apprenons à nous libérer.


Conscience, voilà pourquoi il est un clair de lune  notre tango!

Si la danseuse symbolise nos projections émotionnelles, nous entrons dans le mystère d'une âme qui danse : vous avez toutes et tous en tête la fin d'un tango de scène, où le cavalier (peut-être matador?) penche sa danseuse, parfois après l'avoir soulevée dans les airs, la penche, mais rarement en douceur... Le final d'un tango de scène nous rappelle la mise-à-mort du taureau, après le jeu de séduction, on ne sait jamais si le tango est l'expression érotique du couple ou bien le combat d'une âme contre la mort...


La petite-mort des émotions? Sans laquelle on ne se libère pas vivant du monde de la nuit que la lune  (ou bien la femme) éclaire pour nous guider?

 

- A propos de la sonate pour piano n°14 -
 


Le saviez-vous?
Beethoven compose la Sonate au Clair de lune entre ses deux premières symphonies, alors qu'il est en train de se rendre compte de sa surdité naissante.


L'anecdote :
Ludwig Van Beethoven déplore le succès de cette sonate tandis qu'il pense avoir composé de bien meilleures pièces. Le compositeur précise à son ami Czerny : "J'ai pourtant écrit mieux que cela."



Sources historiques via Wikipédia : Lien / ouvrir dans une nouvelle fenêtre


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Chose promise, chose due ! Un tango au clair de lune, Cecilia y Serkan :

 


 

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