THS 0 mois 0 jour 0 heure

Publié le par Violette Frédérique Plume, femme gaie transgenre travestie, écrivaine et danseuse dans le Vaucluse

Mon chemin de transgenre THS Zéro Mois, l'histoire d'une transition mtF sans hormones féminisantes (pourvu que ça dure), ladyboy avignonnaise, écrivaine blogueuse et danseuse de tango argentin dans le sud-est de la France

Être transgenre en France, comment vivre ou survivre avec sa trans-identité? Comment faire pour se féminiser?
Être transgenre en France, comment (sur)vivre avec sa trans-identité?

 

Anecdote amusante sur mon chemin de "femme" transgenre

 

Dans cette courte vidéo, je vous fais part d'une anecdote plutôt drôle quand on la remet dans le contexte de mon histoire personnelle de transgenre vauclusien-ne, celle d'une transition mtF (passage d'une condition sociale masculine à une vie quotidienne au Féminin - male to Female, en anglais), transition que j'ai entreprise sans hormones féminisantes, d'où le titre de cette publication: THS zéro mois; l'option hormonale étant un peu comme l'épée de Damoclès, autrement dit, le traitement hormonal de substitution, ou hormonothérapie pour personne transgenre/transsexuelle, dans mon cas personnel, est un but à atteindre que je veille à ne pas atteindre.

 

Transition mtF, féminisation d'un-e transgenre: pourquoi vouloir et comment ressembler à une femme? Sans THS

 

Un blog, une vie au féminin: témoignage à propos de mon test de vie réelle

 

A travers mon blog, vous allez plonger dans la psychologie et la poésie d'un être Lune~Soleil, d'un homme-fleur, d'une ladyboy française... ou dit plus "académiquement", d'un-e transgenre, qui n'est pas (encore) hormoné-e, ni opéré-e (écriture inclusive oblige, lol). J'ai décidé depuis le 16 décembre 2017, de faire mon test de vie réelle, sans qu'aucun psychiatre, ni endocrinologue, ne me le demandent. C'est donc de ma propre initiative que j'ai souhaité vivre ma vie sociale d'une manière clairement féminine sans être sous THS.

Mais comment définir ce qu'est un "test de vie réelle"? Prenons une personne dont l'identité de genre n'est pas "conforme" au corps dans lequel elle se trouve, c'est-à-dire, pour faire binairement simple, un individu qui se sent complètement appartenir au sexe opposé, un corps d'homme dans une âme de femme, ou vice versa, qui décide de modifier son corps en recourant à la thérapie hormonale accompagnée ou non d'une chirurgie esthétique féminisante afin d'ajuster son apparence physique au genre auquel elle s'identifie d'une manière profonde et sincère, elle doit, en France, s'entretenir avec un psychiatre (ou son médecin traitant), qui est habilité à donner l'autorisation à un endocrinologue de lui prescrire un traitement féminisant.

Pour cela, ce dernier demande au transgenre de vivre dans "la peau d'une femme" sur le plan social, au travers de sa vie quotidienne, et ce, je crois sur une période minimum d'un an. Ce test de vie réelle permet à la candidate aux hormones d'appréhender sa future vie d'une manière très concrète. Même s'il n'est plus vraiment exigé, il s'agit d'une confrontation avec son environnement.

Femme transgenre 100% bio*, danseuse de tango, coming out de personne trans-identitaire mtF sans traitement hormonal de substitution

Mon parcours de femme transgenre: comment faire ma transition mtF sans hormones féminisantes? THS 0 mois

 

Mon parcours de transgenre peut-il s'accommoder d'une vie sociale féminine dite de "travestissement", sans traitement hormonal de substitution, ni chirurgie esthétique féminisante?

 

Comment continuer de vivre d'une manière positive mon existence toute nouvelle de femme transgenre sans hormonothérapie, ni chirurgie esthétique, comme par exemple l'opération faciale féminisante ou l'implant mammaire? Si ma souffrance de personne trans-identitaire s'est largement atténuée depuis que je me "travestis" et me maquille telle une fille, que je me suis glissée dans la peau d'une femme, pas seulement dans le milieu du tango argentin dans le sud-est de la France, mais aussi dans ma vie quotidienne, sociale (faire mes courses, boire un verre en ville avec des ami-e-s...), je vis encore certaines difficultés à m'épanouir convenablement: ce n'est pas vraiment mon coming out et mon passing qui me posent problème, puisque de ce côté-ci, les gens m'acceptent relativement bien, certaines personnes même me trouvent très féminine, posée, épanouie et me font des retours chaleureux sur mon apparence, mon comportement et mon évolution au féminin. Par moment, je suis encore confrontée à des crises d'identité sexuelle: mon corps masculin, ce que j'ai entre les jambes, ma pilosité, ma voix, ma peau dont les pores ne sont pas resserrés spécifiquement comme peuvent l'être ceux de la peau de la femme, la répartition de mes graisses, régulièrement me rappellent que je ne suis pas dans le corps d'une vraie femme, biologique, hormonale... naturelle.

Cela peut paraître aux yeux d'un-e hétéro (homme ou femme cisgenre), fort ridicule, mais j'avoue que mes érections matinales me désespèrent. Constater dans le miroir de ma salle-de-bain, ou lorsque je porte les mains sur mon thorax, ou bien encore lorsque je mets et enlève mon soutien-gorge, que ma poitrine est implacablement plate tels deux oeufs sur le plat, ça me trouble au point que je me dis qu'il me faut aller impérativement vers l'hormonothérapie, tout au moins, vers de la chirurgie féminisante. Au mieux, j'aspire à un véritable traitement hormonal. Au pire, j'éprouve un besoin essentiel de me faire implanter des prothèses mammaires sous les muscles.

Comment dire avec des mots ce que je ressens dans de tels moments inconfortables? Il m'arrive de me sentir uniquement "travesti-e", inachevé-e sur mon parcours de transgenre.

 

Belle travestie transsexuelle d'Avignon, pas hormonée, ni opérée, gay transgenre célibataire de la quarantaine

 

Des témoignages de femmes transgenres, de transsexuelles, sur internet, vidéos ou articles, qui ne répondent pas à mes questions de trans pas encore hormoné-e ni opéré-e...

 

Je n'ai toujours pas réussi à tomber sur des témoignages qui répondent à mes questions les plus pressantes: des questions précises que je me pose quotidiennement, que j'ai fini par poser, en tant que chrétienne, à Jésus. Ici, j'ai encore plus recours à la foi, car être transgenre, homme-fleur, two-spirit, ladyboy, loliboy, t-girl, trans travesti-e, renvoie à une grande solitude, sociale mais aussi sentimentale.

Vous êtes nombreux/nombreuses à me demander si je suis hormonée ou pas, si j'ai l'intention d'aller vers l'hormonothérapie. D'abord, je veux vivre mon test de vie réelle: vivre comme une femme, sur le plan social, dans ma vie de tous les jours, pour voir comment je me sens ainsi, 100% bio, sur le plan alimentaire déjà, puis sans hormones féminisantes... Ensuite, jusqu'à présent, je n'ai que des témoignages de femmes transgenres avec THS à 3 mois, 6 mois, 1 an, 2 ans maximum, donc, à travers leurs témoignages, je n'ai aucun recul sur l'état physique et psychologique des trans hormonées au-delà de ces périodes. Qu'en est-il de la santé des femmes transgenres au bout de dix ans, vingt ans, trente ans d'hormonothérapie, avec ou sans reconstruction génitale? A-t'on accès à un THS le plus naturel possible? Je n'ai toujours pas trouvé de réponses rassurantes, de réponses claires, précises. En fait, je n'ai trouvé aucune réponse! C'est frustrant.

 

Comment vivre sans hormones féminisantes? Doit-on être un transsexuel opéré pour avoir une vie sentimentale?

 

Créature mtF sous THS à zéro mois, zéro jour, zéro heure: c'est ma vie, c'est mon choix, c'est mon dilemme!

 

Créature mtF non hormonée, ni opérée... c'est mon choix... c'est sans doute ma vie... C'est mieux que rien! Oui mais quand même. Quel paradoxe! Comment notre société occidentale, binaire, fait-elle pour nous exclure, nous les transgenres? Elle et lui, le berdache d'Amérique du nord, l'hijra d'Inde, le kathoey de Thaïlande, le rae rae de Polynésie, le muxhe du Mexique, l'eunuque, l'intersexuel? Nous avons vécu dans toutes les sociétés ancestrales en ayant pourtant une place... Mais en Europe, en France, depuis le dix-neuvième siècle, on a voulu nous éradiquer. Nous sommes devenus invisibles. Une telle société qui aseptise, qui formate, qui rationalise à outrance les esprits, est une société vouée à l'échec, qui court à sa propre perte. Dieu nous a créé(e)s! Ce n'est pourtant pas pour des prunes! Un corps d'homme dans une âme de femme: nous sommes de formidables éveilleuses de conscience, des touches de poésie dans les assemblées publiques. C'est une évidence. Nous sommes très utiles. Et nous sommes également un des signes de la bonne santé d'une société humaine.

Avant, il y a deux/trois ans de cela, dans une soirée de danse, lorsqu'un homme me faisait quelque confidence sur ses relations intimes avec des femmes, alors que j'étais encore déguisé(e), travesti(e) en homme, j'avais l'impression de le trahir, quelque part, j'avais même envie de lui dire qu'il ne devait pas se confier à moi.

Imaginez la torture que je vivais dans un groupe de mecs, au boulot, quand j'étais routier, manutentionnaire ou maçon! Les conversations entre hommes, surtout dans le milieu ouvrier, non seulement ça me faisait chier, mais en plus, ça m'écoeurait! Les femmes sont souvent considérées comme des salopes. Autant vous dire que j'avais tout intérêt à dissimuler au plus haut point que j'étais une femme dans ma tête et mon coeur.

Adolescent, je ne savais pas que j'étais un-e transsexuel-le, un-e transgenre: ce sont mes fantasmes d'eunuque, de castration, de féminisation ou de sissification, de soubrette, d'esclave homosexuel complètement féminisé, qui essayaient de m'emmener sur le chemin de ma vraie nature spirituelle. Mais inconsciemment, je déployais une violence inouïe envers ma propre personne pour ne pas admettre mon homosexualité et ma transsexualité: je ne devais en parler à personne, je risquais un grand danger. A mon âge, j'étais vulnérable, ma personnalité n'était pas forgée, je manquais de confiance. La peur du jugement, du rejet, m'a conduit-e à m'efforcer à vivre une vie "normale" d'homme hétéro.

Aujourd'hui, grâce au tango, la gente féminine m'accueille à bras grand ouvert. Moi qui n'étais pas bavard-e quand j'étais travesti-e en mec, je me surprends maintenant dans d'interminables conversations enrichissantes avec les copines, au point que j'en oublie parfois de danser (pour vous dire!). L'autre soir, à la fin d'une milonga, le DJ nous a mis de la musique moderne, les filles se sont jetées sur la piste de danse, j'étais avec elles, j'étais comme elles, nous dansions ensemble, une danse féminine, je savais alors que j'étais à ma véritable place. Que dire de plus!

Avignon, le 31 juillet 2017

 

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