Un garçon manqué avec des ovaires dans la tête

Publié le par Miss Violette

Un garçon manqué avec des ovaires dans la tête

 

Un garçon manqué?

Quel malheur, j'ai dû faire chou blanc depuis ma naissance...

 

Pour commencer, il faut bien naître quelque part, et généralement on naît d'abord dans un corps, celui de sa maman en premier lieu, puis dans le sien, un corps de fille ou de garçon, avant de poser les pieds par terre, dans une région du globe, un pays.

Je suis un être humain, ça, ok je le sais. Mais je n'ai pas eu le temps de m'enraciner. J'ai fait chou blanc, à vrai dire, je ne sais toujours pas si je suis née dans un chou ou dans une rose. Un garçon manqué? Qu'est-ce que j'ai raté?

 

Quelle est la probabilité de naître dans un chou, ou dans une rose?

 

Fille ou garçon? Sans doute une chance sur deux... est-ce une malédiction?

Est-ce un malheur que d'être né(e) pile poil entre deux chances? Pourquoi suis-je mal tombée? Et pas que d'un lit superposé quand j'étais môme! Tombée... là, dans un corps d'homme? Comment une fille peut-elle se retrouver malencontreusement dans l'anatomie qui ne devrait pas être la sienne? Dieu le Père peut-il se tromper à ce point, parfois?

 

Recto-verso, fille/garçon,

la parité comme on retourne une crêpe

 

L'inverse est envisageable également - histoire d'établir la parité, d'équilibrer mon yin et mon yang: comment un garçon a pu être enfermé dans une âme de femme? Pourquoi suis-je... un garçon manqué?

Quand j'étais adolescent(e), on nous disait: "Tout tout tout, vous saurez tout sur le zizi." Alors j'ai fini par faire une fixation sur l'appendice du mâle, le petit oiseau, le bidule avec lequel les mecs n'arrêtent pas de penser. Comme si la gente féminine ne pensait pas, elle non plus, avec son vagin utérus?

Je veux un enfant! Et vlan, dans ma tirelire, et je te dégage pour un autre, pour un plus grand, un aux épaules larges, qui gagne plus d'argent que toi, un qui est beau, un qui a un mas provençal, avec un champ de lavande, des oliviers, et surtout une piscine, et... t'as intérêt à me payer la pension alimentaire, rien à foutre si tu dois te saigner à blanc, que tu es maigre et à la rue.

Si tu n'es pas possessive, tu seras possédée, ma fille! Telle est notre société patriarcale.

 

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Histoire de castration,

le complexe des affaires mal rangées

 

Ah! La belle histoire! Que ce complexe de castration. Quand il s'agit d'un homme... La critique est facile. Moi, avec mon truc en trop, justement je me sens castrée: je ne peux même pas accueillir la vie.

Qu'est-ce que j'aurais bien aimé recevoir mon collègue de chantier, mon pote de boxe française, ou mon ancien voisin qui était apprenti-sophrologue...

Il ne s'agit pas pour autant d'ouvrir ma porte à tout le monde. Je suis avenante, et comme toute maîtresse de maison, j'aime recevoir. Une bimbo tellement gentille avec les garçons, une tanguera ouverte, blonde, c'est évident, qui sait non seulement changer une roue, mais qui sait dire non tout de même!

A vrai dire, quelle connerie! Quelle belle connerie que cette histoire de castration: quel est le mec macho et assez stupide pour faire croire aux filles qu'il leur manque un machin, un truc pour avancer dans la vie, réussir sans faire promotion canapé?

Quelle est la femme trop bête pour effrayer le petit d'homme: "si t'es pas gentil, ta bistouquette tombera; tu as vu ta sœur, ce qui lui est arrivé?"

 

A ce titre - et sur ce plan - je me demande si je ne serais pas plutôt... une fille manquée? Chez les femmes, tout est si bien rangé, c'est clean, le matériel a été soigneusement placé à l'intérieur. Qu'on ne me parle pas de complexe de castration, non d'une queue de castor!

Mes affaires sont déballées, ça pend, ça fait les valseuses, et flûte! Je fais surtout un complexe de malformation: vivre ainsi tout à l'extérieur, avec une partie de soi en exil... Le pire, c'est que tous les hommes sont fiers... de leur bordel.

 

Quelle malédiction pour moi! J'avais une chance sur deux pour être une fée du logis. D'où ma procrastination. Peut-être? Mes affaires? Bah... je les rangerai demain.

 

Obsession d'une femme enfermée dans le corps d'un homme, qui ne pense qu'à ça

 

Obsession. C'est pour cela que j'aime et danse le tango. Je ne pense qu'à ça, matin, midi et soir. Obsédée. Dans mes rêves de lolita aussi. Ou la malédiction de l'abrazo, cet enlacement qui vous donne des décharges d'ocytocine, vous savez, l'hormone de l'amour?

Dommage que l'étreinte du tango ne provoque pas une diffusion intense d'oestrogènes dans mon sang de fille ratée!

Dans l'abrazo, que je sois dans le rôle du cavalier ou dans celui de la danseuse, de la meneuse ou de la guidée, j'ai enfin l'impression divine, la sensation épaisse, adipeuse, charnelle, d'être enfin moi, toute entière: j'ai raté un train, j'ai manqué une leçon de sciences naturelles, ça doit être ça... Obession. Oui, je suis une folle du tango argentin... Un milonguero avec des ovaires dans la tête...

 

 

Je suis un(e) garçon(ne), mais c'est une histoire ambiguë

Au féminin une improvisation

Au masculin une chorégraphie

 

Pourquoi j'aime le tango argentin? Comment puis-je être capable d'être à l'aise dans les deux rôles, le rôle de l'homme, du cavalier, autrement dit du guideur, du meneur, et le rôle de la femme, de la menée?

Comment danser à plat pendant dix ans, et se retrouver du jour au lendemain sur des talons aiguilles de dix centimètres pour danser en milonga? Bref... ni queer, ni hétéronormée, juste... Leader & Follower Argentine Tango Dancer, mais encore...

Un garçon manqué avec des ovaires dans la tête

 

J'étais une argentine dans une vie antérieure VS On m'a fait croire que j'étais un garçon

 

Une fille de là-bas, vous m'en direz tant: si j'ai des réminescences, c'est à cause de l'Obélisque, à Buenos Aires, oeuvre d'art phallique, simpliste, par excellence. Je suis un garçon manqué, je vous l'ai dit, et vous ne manquez pas d'air de me montrer du doigt si aujourd'hui, à mon âge, j'ai décidé d'assumer enfin ma féminité, d'enfiler des talons aiguilles, de m'habiller comme j'aurais dû m'habiller dès le départ, en femme.

On m'a fait croire que j'étais un garçon. J'entendais dans la cour de récréation, tous les gros mots que disent les copains d'école. Ils se traitaient de gonzesse, de fillette, et je m'en arrêterai là, vous savez bien tout ce qui se dit jusqu'au milieu professionnel, qu'il soit ouvrier ou tertiaire, des mots grossiers, vous le savez, parce que vous l'avez vécu aussi, tandis que vous me jetez la pierre...

C'est ainsi, vous êtes humains, vous vous ralliez par sécurité à la loi des plus forts, des plus costauds, ou des mieux armés, fussent-ils des bourreaux...

En classe de sixième, je jouais à l'élastique et à la marelle avec les filles. Normal. Mais les gars du collège ne virent pas cela d'un bon oeil: on m'a fait comprendre que j'étais un garçon... manqué. J'ai appris très tôt à l'adolescence à me confectionner un masque, à pré-fabriquer une pseudo-virilité, tant par le comportement, le geste, le langage, que par la forme vestimentaire.

Je restais silencieuse: toutes ces insultes, entre eux, ou à l'égard des femmes, lorsque celles-ci ont le dos tourné, me faisaient mal. J'étais en détresse alors que je constatais qu'il fallait surtout ne pas se tromper de camp, au collège ou plus tard, dans le monde social des adultes.

 

Les garçons, ils parlent de foot, de bière et de... filles

 

Comme je les entendais parler en longueur de temps de foot, des performances aux gros muscles, de murge aux alcools forts, et des manières les plus raffinées de se taper une fille, de l'adolescence jusqu'à maintenant encore, pensez-donc bien que non seulement j'ai très vite abandonné l'idée de mettre des vêtements de femme, et mes cours de danse classique par la même occasion, mais j'ai aussi tout fait pour prouver que mon comportement était en adéquation avec mon apparence d'homme... frêle et poids plume (d'où Tango Plume...).

J'ai fait tout mon possible assassin, avec angoisse et des peurs paniques parfois, pour dissimuler que j'étais un garçon... manqué.

 

Quelle est la probabilité de...

 

Quelle est la probabilité de naître dans un  corps de garçon? Ou de fille? J'ai sans doute eu... une troisième chance. A moi de la saisir à présent.

 

Publié dans transgenre, tanguera

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