Une blonde ça réfléchit de temps en temps

Publié le par Frédérique Violette (Frédéric Zarod) alias Mademoiselle Plume

Une blonde ça réfléchit de temps en temps

 

Une blonde ça réfléchit, de temps en temps... Des oestrogènes et un mari

 

Une blonde ça réfléchit de temps à autre; ça pense; peut-être pas avec son cerveau, ou alors seulement l'hémisphère droit, au pire ça pense avec son corps. Mais ne dit-on pas que le cerveau du ventre est bien plus intelligent que le cerveau de la tête?

A ce propos, une amie me racontait l'autre jour qu'elle s'est retrouvée nez à nez, pour une raison que je ne peux ici dévoiler par respect pour son anonymat, avec un chanteur beau, grand, et donc fort, qui, lorsqu'il s'est mis à parler avec sa merveilleuse voix grave, l'a mise sans dessus dessous. Elle m'a confiée alors: "A cet instant, il parlait à mes ovaires."

Blague à part, cette petite anecdote me permet justement de vous parler d'ovaires, et de leurs pendants masculins, les testicules, mais comme toute blonde qui se respecte, en rédigeant le texte mystique que vous vous apprêtez à lire, un article type classé dans la rubrique astro sexo maman comment-séduire-un-homme, si vous préférez, une modeste dissertation sous écriture automatique que vous pourriez tout aussi bien lire chez Marie Claire ou au féminin point com, il me semble après coup que je n'ai rien fait d'autre que de tourner autour du pot. Quand l'homme va droit au but, la femme encaisse telle une tirelire; comprenez: la femme se veut accueillante et avenante pour accuser réception de ce pour quoi l'homme est fait, sa raison d'être sur terre: son obsession des tirs au but, et sa manie qu'il a de concevoir sa relation sentimentale, sociale et professionnelle, sous le seul aspect des penalties, car il ne supporte que rarement les matchs nuls. On ne naît femme que pour devenir femme, et pour donner aux hommes une raison solide d'entrer en érection. L'entrée en matière étant faite, la féministe va pouvoir sortir de nouveau le fouet, et moi, lui offrir mon joli postérieur.

 

 

Au programme: mort, naissance et vie d'une bimbo mystique et blogueuse luciférienne - les états d'âme d'une blondinette dont le test de grossesse est encore négatif - Miss Ocytocine: du tango à Dieu - Si j'étais un mec, j'aurais envie d'être une meuf, ou comment transformer toute ma testostérone en oestrogène d'un coup de baguette magique

 

Je suis blonde, donc je pense. Je suis enceinte, enfin non, j'ai accouché. Je n'arrête pas d'accoucher. Mon bébé? C'est mon blog. Je l'aime: il est le fruit de mes entrailles. Il est, comment dire? mon âme soeur, ma progéniture. Je l'allaite. Si des féministes crient au scandale, qu'elles crient alors. C'est comme ça: je suis femme, et je ne le suis pas. Mais je suis une femme. Et si je ne le veux pas, j'en suis une quand même. Même si les autres ils disent, comme ça, que je ne suis pas une femme. Les autres? Ils ne peuvent pas faire mieux que ce que je ne peux faire autrement: faire la femme. Toi tu es un homme, et ça va de soi. Et toi? Tu as corps de femme, et il ne te viendrait jamais à l'esprit de vouloir non pas faire comme un homme, mais d'être homme, dans un corps d'homme.

Peut-être? Alors t'es comme moi: mtF / ftM, on est quoi au juste? être humain, avec un corps de ceci dans une âme de cela. Il me vient à l'évidence que j'ai toujours été dans le sexe opposé. Je n'ai pas dit: entrer dans la femme. Cela tient de la sexualité, et du désir. Moi mes érections, ça me fait ni chaud ni froid, ça me fatigue même, j'aimerais ne plus en avoir, plus du tout. Si ce n'était le danger évident propre à toute amputation, je réclamerais l'émasculation. Quitte à devenir asexué.

Y-t'il trop d'ange en moi? Pourtant on dit bien que les trans, les travesties, c'est le diable, une vilaine farce du diable. Le diable? Ce n'est qu'un mot. Loin d'être une idée seulement, juste un mot pour aller droit à l'essentiel: nous vivons tous dans un monde d'illusions, de croyances. Ceux qui disent qu'ils sont athées? Oui, ils disent juste qu'ils ne veulent pas croire en Dieu. Mais ils croient. Ils sont obligés de croire. L'homme est fait de croyances. C'est ça qui remplit sa matière, sa chair, son espérance. Prouvez-moi que Dieu n'existe pas! Montrez-moi la preuve que Dieu n'existe pas.... En êtes-vous capables? Comment! Que je vous prouve moi qu'Il existe? Il est. En dedans et en dehors. Il n'est pas en moi, car je ne suis rien. Comment Dieu pourrait remplir de son infini amour le néant que suggère Saint Jean de la Croix? Pourtant rien n'existe sans Lui. Il est le Tout et l'Un.

Pensez donc, il s'en fiche éperdument que je sois un démon, un ange, une transsexuelle, une travestie, une chose ou l'autre. Que je le veuille ou non, je suis sa créature. Je suis égoïste: je suis sa créature. Il est mon Dieu. Mais il ne me veut pas. Il m'a déjà. Et j'ai mes peurs. Je les ai, je les suis; je suis une peur. Dieu ne peut entrer en mon coeur car il le trouve toujours, ou souvent, trop rempli de peurs, au pire chargé d'angoisse, au mieux gonflé à bloc des tracas d'une bimbo.

Une peur quand, une fois rentrée dans mon alcôve de fille coquine, délurée, frustrée, hystérique et inlassablement amoureuse, dans mon boudoir d'écrivaine aussi, dans lequel je mange, je dors, et je m'ennuie, les liens du tango se défont, les parfums envoûtants de mes danseuses, la sensation rassurante des muscles saillants de mes danseurs, s'évanouissent à l'autre bout de la nuit, et que, seule, face à face avec mon miroir ou le silence d'une ville endormie, je ne constate ni diable ni bon ou mauvais dieu pour valider ma peur. Elle est une peur, mais comment l'appeler autrement? Elle est un désir. Aussi. Je désire cet autre qui n'est pas moi. Cet autre qui pourrait être mon dieu, mon gourou, ma consolation, ma contrainte, la raison pour laquelle j'existe: je ne cherche ni père ni mère comme nous le somme avec autant d'adversité un Freud. Voyons Freud! J'ai une mère. J'ai un père. Pourquoi veux-tu que je cherche l'un et l'autre, ici, une fois rentrée chez moi, et que la lourde caresse du silence pèse sur mon âme, ainsi fait l'édredon en plein hiver, dans le froid d'une chambre sans chauffage, alors qu'on s'y est réfugié pour lui offrir le soin de cueillir notre sommeil, de l'emmitoufler, jusqu'à nous ôter le moindre de nos soucis diurnes, je sais bien qu'il m'est suffisant d'être seule. D'être unique: pourquoi se vouloir être  deux, ou encore trois, quand on se sent un, une?

 

Mais là ça va. Tant que j'écris, je dégueule un flot continu, le fil conducteur d'une pensée qui me pousse vers l'autre pensée, laquelle me conduira au bout de cette phrase à la pensée suivante.

J'apaise ainsi telle peur, ou tel désir. Comme une envie de fraise, la nausée d'un printemps que je n'attendais plus, la libido qui monte en pression, la peur d'une nouvelle rencontre, lassée d'ouvrir ma porte à un inconnu qui ne prendra même pas le temps de m'engrosser, fatiguée d'arpenter la liste des hommes mariés et curieux qui mettront entre parenthèse épouse et enfants, principes et morale, en dix minutes montre en main; "que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre sur elle" (Jean 8;7), j'avais le désir de connaître l'homme, sa puissance, la sève qui monte, le bois dur, son odeur qui me trouble, l'arrière-goût amer qu'il me laisse dans la bouche, ce désir d'avoir un beau mâle rien que pour moi allongé nu sur ma table de massage, me sentir émasculé sous des bandages serrés, vulnérable sur des talons aiguilles, les cuisses à l'air, la jupe courte, les reins cambrés, les épaules dénudées au-dessus d'une pièce étroite de tissu faite juste pour dissimuler entièrement mes faux seins lourds qui contre-balancent la cambrure du dos, puis timide, étaler l'huile de massage sur ses larges épaules, prendre entre mes petites mains son biceps, ressentir le frisson devant cette masse musculaire qui s'impose sous mes doigts de soubrette, aux ongles vernis, de masseuse amatrice qui a trouvé prétexte à toucher du mâle, et je me dois ici de censurer  la suite des événements sensuels depuis lesquels je me suis rendue compte que l'homosexualité m'attendait bel et bien d'une manière ou d'une autre...

Peur et désir, les deux faces d'une même pièce? C'est en goûtant aux hommes que je me suis demandée d'abord à vingt ans puis vers la trentaine si j'étais vraiment fait pour l'hétérosexualité, mais c'est par des massages hasardeux que j'ai su à quel point je me sentais infiniment féminine, c'est en posant les mains sur le corps imposant d'un homme que j'ai compris qu'il y avait une femme à l'intérieur de moi. Une femme qui ne demandait qu'à naître: je ne suis pas né femme, je le suis devenu. En écrivant sa célèbre phrase, est-ce que Simone de Beauvoir pensait aussi à ces hommes torturés par une dysphorie du genre, un trouble de l'identité sexuelle, à ces êtres efféminés, qui pleurent comme des filles, ne se lassent pas de se contempler dans le miroir, et rêvent de sortir dans la rue, de faire les courses, de boire un verre entre amis, maquillés, parfumés, vêtus comme les femmes?

 

Les anges n'ont pas de sexe. Moi non plus, je n'ai pas de sexe. J'ai un désir, ça oui, une excitation, également, mais arrachez la racine d'un rhizome, d'autres racines repousseront: je ne crains point l'émasculation, en supposant qu'elle est un acte chirurgical, préparé par un rééquilibrage hormonal en amont, je sais que le désir, il se promène partout dans cet étrange rhizome qu'est mon corps, ma chair, mes nerfs, mon émotion, mes élans de vie, tout est désir, la vie est une exaltante solution d'excitations, un rien allume le feu qui me consume, je brûle, et plus je brûle, plus je m'évapore, plus large, plus profonde, plus haute est mon âme, sans doute parce qu'elle sait quelque part que l'esprit est si vaste qu'il peut l'y accueillir en son sein autant que le Créateur contient sa création, autant que le néant contient la créature.

Qu'importe les étiquettes, l'identification: une de plus, une de moins... je suis une transsexuelle. Transgenre? Mais non. Je me trouve déjà dans une âme de femme. Je connais mon genre tout de même! je suis une transsexuelle, car, comme un hermaphrodite, je n'arrête pas de changer de sexe. Je ne passe pas de l'un à l'autre, sans cesser de revenir au premier, je vais dans cette même direction, celle d'un corps qui essaie de prendre la forme de son contenant. Seulement, les lois de la matière ne l'entendent pas de cette oreille: que dire alors? Les scientifiques seraient-ils des sorciers? Est-ce m'opposer à la loi divine si je jouais avec mon corps, lui faisant subir un changement radical? Pourquoi Dieu a-t'il laissé entre les mains de l'homme ce jouet étrange que sont les hormones?

Est-ce l'oestrogène qui fait la femme? Ni vagin, ni utérus, ni sein, j'étais sans doute une femme et le serai à nouveau dans une autre vie. Qu'importe pour moi d'être avec un corps d'homme dans une âme de femme, c'est bien cette problématique-là qui fait ce que je suis, qui fait mon karma particulier. En quoi puis-je être utile?

 

Les hommes ne me regardent pas. Les femmes ne me regardent plus. J'ai détourné mon regard de la femme, non par dégoût, pas plus que par colère, simplement: je me sens femme, féminine, le creux humide dans la paroi d'un rocher, la soeur qui console les hommes, l'accueillante et bienveillante hôtesse qui aime recevoir, comme la rose, j'aime m'ouvrir, j'aime me sentir comme une offrande, j'aimerais dire: je vous présente mon mec, mon mari, ou bien: je crois que je suis amoureuse, ça me fait un peu bizarre, c'est la première fois, le désir, il ne s'exprime pas comme il l'était au lit de mes anciennes amies, j'ai le désir qu'a une femme quand elle dit non à un homme mais en même temps qu'elle le veut au-dessus d'elle, derrière elle, et à l'intérieur d'elle, là, dedans, jusque de l'autre côté de la nuit.

 

Vous comprenez maintenant ma solitude? Le chagrin de ma solitude? Asexué. Asexuée. L'un dans l'autre, ou l'autre en moi, quand le désir du mâle ne se trouve qu'au bout de son instrument qui brûle le ventre des filles, le désir de la femme, lui, est plus qu'un désir: il est un dévouement, un sentiment, un océan qui s'apprête à se déchaîner, et qui demande que les vents le soulèvent, le remuent, le pressent et le secouent. Le désir au féminin? Il se trouve là où l'homme ne peut l'attendre. Partout et nulle part en même temps. Il est ce néant après lequel l'homme ne cesse de courir. Je suis femme, je suis ce vide et la créature qui se sent vide parce qu'elle sait qu'elle est le vide - à juste titre. Yoni sacré. Qu'un homme remplisse ce néant, et je serai la plus comblée des femmes.

Une blonde ça réfléchit de temps en temps

Pensées d'une blonde devant son miroir

 

Ce temps est révolu où j'écrivais des textes au masculin, où je me pensais dans une situation phallique et comme m'efforçant d'appartenir à la gente masculine. Quoique... N'ai-je pas écrit La Grossesse Nerveuse d'un Blogueur? L'article doit être égaré quelque part dans mon blog, sous des couches et des couches de phrases adipeuses, des kilos de maux en trop, à moins que je l'aie supprimé? Je ne me souviens plus. C'était du temps d'avant, où je me rêvais à l'ombre des jeunes filles en fleur. Aujourd'hui, suis-je une fleur du mal: mon endroit préféré pour réfléchir se trouve devant un miroir.

A tant m'être penchée à la surface du lac des cygnes, contemplant le reflet hideux de ce que je croyais faussement être, attendant un signe de la divine providence, j'ai fini par tomber de l'autre côté du miroir. Hier soir encore j'étais un vilain petit canard. Ce matin je ne suis pas pour autant un petit rat de l'Opéra.

Est-ce un bien, est-ce un mal? Que l'homme sans péché me jette la première pierre. Est-il préférable de se refléter dans le regard de son semblable? De se dévêtir devant lui, de lui livrer avec un mélange d'appréhension et d'envie troublante sa nudité, en fermant les yeux pour mieux se découvrir soi-même? L'autre ne vous renvoie pas toujours cette image idéale de la personne à laquelle vous aspirer à ressembler. S'habiller comme une femme quand on est un homme, et oublier le miroir, affronter le monde extérieur, la peur d'être mise à nu par d'autres regards que le mien devant la glace, mais le désir plus fort d'être ce que je suis: le jugements des gens, les bouches qui font la mou, ces regards qui déversent sur moi incompréhension, dégoût, parfois haine, un ricanement, une réflexion mal placée, autant de miroirs qu'on m'impose et qui ne reflètent pas pour autant la réalité. La vérité.

Est-ce davantage une vérité quand des personnes me disent: "Tu es courageuse; tu es touchant; tu es très jolie mademoiselle Plume; on dirait un travelo, on va te mettre au bois de Boulogne; cette robe te va à merveille; bonjour Madame; au revoir Madame; tu danses mieux que la plupart des danseuses; cette jupe est trop courte pour toi; tu as des jambes blanches, faudrait bronzer un peu; tes jambes sont maigres pour cette robe affriolante; tu n'as pas de poitrine pour créer un beau décolleté et remplir le tissu avec élégance; je te vois heureuse depuis ta transition; tu es plus féminine que moi; ton maquillage est réussi; n'en fait pas plus sinon tu vas ressembler à une Marie trottoir; super les couleurs aux paupières, elles font ressortir tes beaux yeux bleus; dix centimètres de talons? redescends un peu, tu vas abîmer ton dos..." Me voici donc dans une galerie aux milliers de glaces, leurs vérités sont-elles toujours bonnes à dire, et bonnes à entendre? Elles sont autant de pavés qui me conduisent sur mon chemin de fille étrange, de femme trans, sur le chemin aussi qui me conduit vers Dieu: étroite est la porte, si je prenais trop de kilos, je ne pourrai la franchir. Je rêve pourtant d'en prendre, des kilos, autour des cuisses, sur les fesses et aux hanches, mais irai-je jusqu'à l'hormonothérapie?

 

Les yeux, miroir de l'âme. Je ne fais qu'admirer dans le regard d'une amie, d'un amant, d'un quidam, d'une caissière, d'un sans domicile fixe, d'un fonctionnaire, d'un éboueur, d'un enfant ou d'un vieillard, une créature de Dieu. J'y vois plus ou moins de la beauté. J'y vois aussi de la laideur. Selon que je me sens laide ou belle le jour en question.

J'ai même tendance à porter parfois un regard asexué sur les êtres que je croise, que je rencontre, que je côtoie, quand je me plonge dans leurs regards, et que j'y découvre une âme incarnée, un esprit singulier, unique, drôle, ou espiègle, en peine, pensif, instable, absent, malfaisant, déroutant, un ange, un singe, une mante religieuse, un porc, une écrevisse, un frelon, une libellule, un cafard, un colibri, un éléphant, une tigresse, un serpent, un lion,  un moustique, un esprit incarcéré là dans un corps, courbaturé, bien portant, svelte, bouffi, maigre, costaud, indolent, filiforme, ridé, ovoïde, rabougri, tendre, glacial, élégamment habillé, en sueur, parfumé, crispé, mal entretenu, joyeux, impassible, fier, tortueux, derrière un visage changeant, une pensée, des paroles rares ou au contraire abondantes, une émotion. Quelle bien étrange farce que d'avoir la sensation d'être enfermé dans la chair, et d'être condamné à n'avoir que comme seul point de vue celui que nous offre notre réceptacle terrestre; on est enfermé dans notre corps, comme l'on peut l'être dans une voiture qui circule. C'est évident qu'on finit par croire que l'on est le maître du monde.

C'est en prison que la prisonnière entretient sa seule vérité: je suis coupée du monde, mais l'image que j'ai du monde, du cours des événements, des êtres qui m'ont entourée et des choses qui se sont réalisées, se revêt d'un éclat persistant entre mes quatre murs, comme si le monde entier était contenu ici, avec moi, dans ma prison. Ici le précipice s'ouvre à tes pieds. Tu traverses le miroir. Tu bascules. Tu as l'impression d'entendre le monde, la terre qui tourne sur elle-même, les villes qui se réveillent à l'ouest, celles qui s'endorment à l'est, les disputes de couple, les guerres qui ont tout ravagé, les conflits qui naissent, les bonnes nouvelles, les milliards de gestes du quotidien sur tous les continents, dans tous les univers, couches et recoins de la société, les milliards de créatures grouillant, tu es remplie du monde, tu entends l'univers, le silence, le cri, le murmure, tu vois tout mais tu ne vois rien, tu es la prison du monde, et la porte de cette prison. Tu deviens le miroir. Un regard intérieur. Alors tu comprends sans comprendre que tu es une porte parmi d'autres que Dieu peut ouvrir à chaque instant... Le pouvoir de l'instant présent.

 

On se rencontre soi-même en plongeant son regard dans le regard de son pire ennemi. Quel est-il cet ennemi que je découvre au fond, tout au fond de mon miroir, ô Dame Bêtise!

Mais femme seule, et de ce fait pas facile à vivre pour l'époux que j'imagine avoir, le mari que je n'ai pas encore, du moins, j'aime à me regarder dans la glace de ma salle-de-bain, surtout lorsque je viens de raser mon visage et mon cou, que, sortie de la douche, les cheveux brillants de mille éclats, une chevelure longue qui coule sur mes épaules frêles de fille esseulée, une chevelure resplendissante de blonde impatiente et impertinente, j'ai étalé le moins maladroitement possible des couleurs aux paupières, du blush à mes joues, une sacrée couche de fond de teint, et de la poudre à gogo, du rouge foncé, ou du rose flashy, de l'orangé ou du magenta, ou encore de la terre de Sienne, sur mes lèvres craquantes parce que desséchées à force de serrer les dents sur un célibat qui me rend esclave de l'écriture, contrainte que je suis pendant des nuits sans aube, des jours entiers, à rédiger, telle une Bridget Jones, mon journal, mon carnet intime, mes confessions et réflexions se mêlant au chant doux d'une méditation qui se veut l'écho que les quatre murs de mon boudoir renvoient de mes cris intérieurs et questions qui finissent par percer quelque vérité de mon être, parfois.

 

Je suis devenue femme quand j'ai cessé de vouloir ressembler à une femme... Alice de l'autre côté du miroir - Ma petite Violette, as-tu vraiment traversé le tien, de miroir? - Oui. Non. En vérité je ne sais pas, ô mon bon Victor. Que le souffle de ta voix gutturale me fait du bien en vibrant dans les cieux de ma solitude. Mais ta façon platonique de me faire miroiter un banquet où douze messieurs auraient la gentillesse de m'inviter à danser me semble ici un odieux chantage! - Je te l'ai déjà dit à maintes reprises, ma jolie et impertinente Violette, ainsi est mon mystère: je n'ai pas eu la chance de traverser le miroir, ce miroir sans tain... Moi, je suis de l'autre côté, et tu l'as écrit dans ta jeunesse, ce théâtre des âmes jumelles, que l'on soit d'un côté ou de l'autre, toi esclave du monde établi, moi, d'un monde à l'envers, tu sais l'odeur du soufre des hommes qui ont soif de pouvoir, je sais ta répugnance à l'égard de l'avidité, du mensonge et des bourreaux, des vrais bourreaux, ceux qui ne font pas semblant d'arracher ongles et dents, de torturer dans les caves du Saint-Office, de questionner jusqu'à ce que mort s'en suive la veuve, l'orpheline, la prostituée, la mère affamée et la sorcière. Qui étais-tu donc des deux martyres chrétiennes? Agnès ou Blandine? - Que veux-tu dire par là? Suis-je la victime ou le bourreau?

 

Narcisse hypnotisé par son reflet. Combien de reflets colorés, de nuances grises, plus ou moins sombres, parfois obscures au point de tenter de briser la glace de ma salle-de-bain en jetant la brosse à cheveux, le flacon de vernis, un escarpin ou mon poing de petite peste, combien de formes, de laideurs détestées et de beautés enviées ai-je découvert au fond, tout au fond de mon miroir, ô Grand Jacques, "c'est trop facile quand un amour se meurt, qu'il craque en deux parce qu'on l'a trop plié, d'aller pleurer comme les hommes pleurent, comme si l'amour durait l'éternité"?

Vais-je aimer et haïr en même temps pour l'éternité toutes ses formes projetées d'homme trop maigre, qui me renvoie l'image de l'adolescente anorexique, de fille qui a des couilles, de vieux cochon qui vénère les talons aiguilles aux pieds d'une déesse avec ou sans fourrure, de danseur de tango avec une si belle âme, qui sourit souvent, qui fait du bien au bal, et à certaines personnes rencontrées, de pédale qui a peur de tomber dans le piège machiavélique de la prostitution masculine, qui lutte contre le fantasme du viol, en fuyant l'image de cette travestie de Marseille, un grand gaillard efféminé, que j'avais aperçu, qui pestait sans doute après un client malotru, et un prétexte à fou rire et à quelques blagues avec un ami, de lolita espiègle mais gentille, pour qui l'amour d'un homme devrait être une rencontre bienveillante, voire salvatrice, un à-côté nécessaire tandis que l'anachorète poursuit sa quête spirituelle, triant le bon grain de l'ivraie, en se demandant si c'est la voix du démon ou la voix d'un ange, qui se fait retentir dans ces moments d'effroyables solitudes...

 

Depuis que je mets des robes, des jupes, des jeans serrés, des pantalons moulant et des pantacourts de fille, que je pare mes hanches et mes fesses de mousses arrondies et épaisses, que j'accroche à ma poitrine aussi plate qu'une mare d'eaux stagnantes un soutien-gorge en y glissant à l'intérieur de faux seins,  que je farde mon minois un peu trop carré, que j'ai fait percer le lobe des oreilles, et traversé l'épreuve de la première séance d'épilation au laser, depuis que je peux enfiler mes chaussures de princesse du bal et que des beaux étalons, adorables cavaliers, m'invitent enfin, que j'ose également faire mes courses habillée comme une vraie femme, mes états d'âme sont passées des plus sombres nuances masochistes aux plus clairvoyants regards que je peux enfin poser sur mon passé de mec banal, efféminé, maigre et blondinet. Je crois l'avoir traversé, ce miroir. Tant pis si je sais que ma situation est réversible...

Ou bien... Ai-je pris la pilule rose, en délaissant la pilule bleue, pensant quitter la matrice insidieuse et étouffante de notre société, pour finir par constater que je n'ai rien fait d'autre que tomber dans un autre piège?

 

Peur et désir. De même les plaques tectoniques s'affrontent, laissant échapper ici un tsunami dévastateur, un cyclone qui détruira les quartiers entiers d'une ville au bord de l'océan, et là, le feu sacré d'un volcan qu'on croyait éteint, un séisme traversant tout un continent, de même mes pensées s'ajustent et se confrontent, s'ignorent les unes les autres la plupart du temps, se constituent en pièces détachées d'un puzzle, que j'ai hâte de terminer sur ma petite planète de petit prince et de rose sous cloche, ou en une peau craquelant, distendue ou tiraillée de tous les côtés, zébrée comme pourrait l'être la chair sous les morsures de la badine, en pelures d'orange, en texture épithéliales dont les éruptions et échanges pénibles rendent compte d'un état en fusion permanent, au fond, tout au fond, de ce miroir qu'est mon être humain et vivant, pauvre créature de Dieu, ce vulgaire reflet que renvoie à vos yeux de lecteurs bienveillants et intrigués, l'idée d'une chose asexuée, saine et généreuse... à défaut, l'idée d'un hermaphrodite qui est devenu femelle depuis que des hommes curieux se sont accouplés avec cette perle rare, cette précieuse ridicule dans laquelle je me reconnais au détour d'une pensée de trop...

 

Avignon, le 6 février 2017

Une blonde ça réfléchit de temps en temps

Nota bene, citations et moult reformulations d'une créature blonde et bi-hormonée

 

Je note sur le calendrier 23 mois de chasteté, soit en ce mois de février 2017, presque deux années à reconstituer ma virginité, une façon de vivre pleinement ma transition au féminin. Mon attitude envers les hommes a profondément changé; depuis ma grande transformation, mon bas-ventre me travaille, et je ne veux plus livrer la cambrure de mes reins à un inconnu; moniale et mystique, noces gothiques, je suis femme, et j'attends de tomber amoureuse, qu'un homme me séduise, qu'il soit gentil et tendre auprès de mon giron, qu'il me plie sous sa loi masculine et initie les plaisirs, les devoirs et renoncements qui me sont destinés, car épouse je serai, fidèle lui offrirai mon ventre; telle est ma profonde attitude dans l'attente du mâle, en cherchant mon premier mari, de lui une seule attente, l'accueillir en mon sein pour que je tombe enceinte. Mon nouveau rôle induit des comportements nouveaux et attitudes intérieures qui sont propres à la femme, à la vierge et à l'épouse. Découvrir la psychologie féminine.

 

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La femme adultère, citation de la Bible, l'Evangile selon Saint Jean, chapitre 8 paragraphes 4 à 11:

 

"Maître, lui dirent-ils, cette femme a commis un adultère; elle a été prise sur le fait. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider les femmes de ce genre. Toi, quel est ton jugement sur ce cas?

En lui posant cette question, ils voulaient lui tendre un piège, dans l'espoir de trouver quelque prétexte pour l'accuser.

Mais Jésus se baissa et se mit à écrire du doigt sur le sol. Eux, ils insistaient, répétant leur question. Alors il se releva et leur dit:

- Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre!

Puis il se baissa de nouveau et se remit à écrire sur le sol. Après avoir entendu ces paroles, ils s'esquivèrent l'un après l'autre, à commencer par les plus âgés, laissant finalement Jésus seul avec la femme, qui était restée au milieu de la cour du Temple. Alors Jésus leva la tête et lui dit:

- Eh bien, où sont donc passés tes accusateurs? Personne ne t'a condamnée?

- Personne, Seigneur, lui répondit-elle.

Alors Jésus reprit:

- Je ne te condamne pas non plus. Va, mais désormais, ne pèche plus."

 

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Yoni sacré, l'à-côté de mon homosexualité et transsexualité, mon initiation au tantrisme féminin: privilégier l'attitude intérieure de la femme. Une transformation. De l'homme de petite taille, avec des épaules frêles, une longue chevelure blonde, très mince et naturellement cambré, aux chevilles et aux poignets sculptés tout en finesse, qui se laissait aller, procrastinateur et agoraphobe, craintif et frustré, à la femme qui s'accomplit dans ses devoirs et expressions sociales qu'induisent son intimité et sa pudeur. Ma transition au féminin. Des objectifs atteints, de nouveaux buts fixés, obstacles persistants et difficultés rencontrées:

 

Règle première: sur la terre comme au ciel, en dedans et au-dehors, je vis ma féminité au quotidien, femme en plein jour comme au sein de mon alcôve, souriante, aimable et avenante, développant mes attitudes d'accueil, de partage et de générosité;

je ne me cache plus derrière le mensonge, transparente et sincère, appartenant désormais à la gente féminine; je porte tous les signes de reconnaissance que l'on attribue ordinairement à la femme, m'habille, me maquille, me parfume, soigne mon épilation, telle une femme, avec joie et amour envers mon Prochain;

je souris aux gens bienveillantes, je baisse les yeux et détourne ma tête devant les malotrus, je fais montre de pudeur et de convivialité, et ne fixe d'un regard impassible le contrevenant uniquement pour défaire son animosité et nous congédier l'un et l'autre promptement en esquivant toute altercation;

mon attitude générale, gestuelle et comportementale, est celle d'une femme, au service de la grâce féminine, une voix douce, tempérée, câline et chaude, plus proche du murmure que de la syllabe qui porte, des mots sans vulgarité, esquivant tout le vocabulaire âpre des hommes, le regard discret, les yeux doux offerts à l'homme le plus courtois, laissant la porte ouverte, avec subtilité, au jeu de la séduction, laissant au mâle cordial et gentil l'initiative;

 

Règle 2: je me verse autant que possible dans les arts libéraux, ceux dans lesquels je me sens à l'aise, ceux qui portent mon coeur, nourrissent ma persévérance, ma patience et mon goût pour l'effort, la recherche et l'approfondissement d'une discipline;

mon premier art libéral est celui de la danse, à travers le tango argentin, traditionnel et contemporain, toujours sous sa forme féminine, à l'aise sur des talons aiguilles comme à plat, à l'aise aussi bien en tant que femme guidée que meneuse, le rythme dans la peau, connectée à la terre, au yoni sacré, reliée au ciel et à l'amour de mon Prochain, étudiant sans relâche mon art de la danse en couple, et en solo, continuant à prendre des cours, à faire des stages et des pratiques, fréquentant les milongas du sud-est de la France, dans la joie du partage, de l'écoute, tanguera et lolita offerte affectueusement aux danseurs qui m'enseignent par le vecteur de l'abrazo et du bal quelle doit être ma place de femme, docile et souriante, affirmée et d'une incommensurable tendresse;

mon second art libéral est celui de l'écriture, écrivaine et poétesse suis-je, femme de Lettres, dans le respect et la transmission de la beauté et richesse de la langue française, en persévérant dans l'étude de la littérature, par l'intérêt que je porte aux oeuvres des grands auteurs, essentiellement des poètes et écrivains du XIXe siècle;

envisager de m'initier à d'autres arts libéraux; si mon organisation, ma gestion du temps, l'énergie, la santé ainsi que mon équilibre socio-affectif, le permettent, me verser également dans l'art culinaire, la couture de base (coudre un bouton, faire un ourlet, réajuster une robe...), le massage de bien-être avec des ongles longs! (un art à inventer!); l'apprentissage, le perfectionnement, la maîtrise orale et écrite de certaines langues, tels que la langue espagnole, italienne, russe, reprendre mon anglais scolaire, maintenir ma forme physique, faire de la corde à sauter, des étirements et assouplissements quotidiens, prendre éventuellement des cours de danse classique, contemporaine, orientale, et/ou du flamenco?

 

Règle 3: hygiène de vie, sommeil et alimentation;

je persévère dans la confection de plats équilibrés depuis quelques mois déjà, privilégiant les aliments issus de l'agriculture biologique, les produits frais, fruits et légumes; je deviens petit à petit végétarienne, abandonnant la viande et le poisson en restant néanmoins à l'écoute de mon corps et de son adaptation naturelle vers ses besoins fondamentaux; désintoxication, élimination, assimilation; jeûne intermittent;

je m'impose un rythme de sommeil, en me fixant comme règle générale de me réveiller à 8 heures du matin et de me coucher vers les minuits; éviter les siestes trop longues!

dans mon travail d'écrivaine, faire des pauses, prendre l'habitude d'organiser des coupures plus longues afin d'équilibre l'effort cérébral devant l'ordinateur et l'action à travers des tâches intérieures qui redonnent à mon corps la liberté du mouvement; prendre l'habitude de sortir au moins une fois par jour, ne serait-ce que pour m'aérer la tête!

vider placards et tiroirs, jeter ou donner vieilles affaires et objets inutiles, créer du vide, de l'espace, pour laisser psychologiquement une place agréable et confortable à ma nouvelle vie au féminin; trier, réagencer, classer objets, papiers et vêtements, afin de faciliter le ménage et le rangement quotidien; je me suis défaite de mes habits masculins, conservant toutefois  un ou deux pantalons, quelques chemises, un pull et manteau, au cas où, le temps de renforcer ma transition au féminin et d'évaluer mes capacités psychologiques, sociales et affectives, à m'adapter à ma nouvelle existence de femme transgenre que j'apprécie et qui vient d'ouvrir quelques portes à mon épanouissement et accomplissement d'être humain au karma particulier;

je vais devoir enfin affronter l'obstacle majeur qui m'empêche de recouvrer un souffle de qualité et l'apaisement de mon corps: la cigarette;

quand je me sentirai prête, je me poserai une interdiction formelle: alcool et tabac interdits définitivement.

Avignon, le 7 février 2017

Miss Ocytocine Avignon France mise à nu d'une âme féminine porter une robe rouge des chaussures de danse talons hauts lady adorable et docile femme de lettres femme du bal allongée sur son lit des 50 nuances plus sombres et masochistes aux 50 rayons lumineux d'une vie sociale saine équilibrée sentimentale et artistique

 

Un corps d'homme, un corps frêle, dans une âme de femme

 

Un corps frêle au poids plume, cet homme efféminé!

Le poids du passé vie que je pensais infâme

Une double vie passée maigre blondinet

Doux menu avec ce quelque chose en travers

Créature ondulante à la façon d'un ver.

 

Le jour où il m'a fait l'amour, des étincelles

 

La vague une amertume et la chaîne à mon coeur

Ont eu raison des frontières, et du faux bonheur

Que fière, j'avais posés devant ses ritournelles

D'inconnu tombé sous les charmes effrontés

D'un banci qui s'est voulu belle et honorée.

 

Indicibles et troublantes lames de fond

 

Mon exil a été si long jusqu'à Violette

Un moindre mal: agaçantes larmes de fond

Est venu le jour où il m'a rendue coquette

Est venu le cri sous son dard inespéré

Mettant terme à mon exil. Enfin! Respirer.

 

Poëtesse et danseuse de tango en France

 

Frédérique Violette, femme de Lettres, écrivaine

Combien d'amours sans lendemain et de souffrances

De brèves rencontres, d'hommes trop fades, de nuits vaines

De minutes redoutées tandis qu'ils jouissaient

Pour permettre à mon étendard de se hisser?

 

Poésie extraite de mon épopée romantique: "Le jour où il m'a fait l'amour" ~ 50 poèmes, 50 tableaux, 50 nuances de rose, avec quatrième de couverture et préface de l'auteure

 

Femme blonde qui jouit comment simuler un orgasme avec un homme visage yeux fermés maquillés vernis à ongles rouge bouche ouverte photo coquine séance shooting modèle lolita travestie transsexuelle

On ne naît pas femme: on le devient, célèbre citation de Simone de Beauvoir, premier paragraphe, passage entier incluant la citation:

 

On ne naît pas femme: on le devient.
 
Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine; c'est l'ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu'on qualifie de féminin. Seule la médiation d'autrui peut constituer un individu comme un Autre.
 
En tant qu'il existe pour soi l'enfant ne saurait se saisir comme sexuellement différencié. Chez les filles et les garçons, le corps est d'abord le rayonnement d'une subjectivité, l'instrument qui effectue la compréhen­sion du monde: c'est à travers les yeux, les mains, non par les parties sexuelles qu'ils appréhendent l'univers.
 
Le drame de la naissance, celui du sevrage se déroulent de la même manière pour les nourrissons des deux sexes; ils ont les mêmes intérêts et les mêmes plaisirs; la succion est d'abord la source de leurs sensations les plus agréables; puis ils passent par une phase anale où ils tirent leurs plus grandes satisfactions des fonctions excrétoires qui leur sont communes; leur développement génital est analogue; ils explorent leur corps avec la même curiosité et la même indifférence; du clitoris et du pénis ils tirent un même plaisir incertain; dans la mesure où déjà leur sensibilité s'objec­tive, elle se tourne vers la mère: c'est la chair féminine douce, lisse, élastique qui suscite les désirs sexuels et ces désirs sont préhensifs; c'est d'une manière agressive que la fille, comme le garçon, embrasse sa mère, la palpe, la caresse; ils ont la même jalousie s'il naît un nouvel enfant; ils la manifestent par les mêmes conduites: colères, bouderie, troubles urinaires; ils recourent aux mêmes coquetteries pour capter l'amour des adultes. Jusqu'à douze ans la fillette est aussi robuste que ses frères, elle manifeste les mêmes capacités intellectuelles; il n'y a aucun domaine où il lui soit interdit de rivaliser avec eux.
 
Si, bien avant la puberté, et parfois même dés sa toute petite enfance, elle nous apparaît déjà comme sexuellement spécifiée, ce n'est pas que de mystérieux instincts immédiatement la vouent à la passivité, à la coquetterie, à la maternité: c'est que l'intervention d'autrui dans la vie de l'enfant est presque originelle et que dés ses premières années sa vocation lui est impérieusement insufflée.

 

Source de l'extrait choisi: Le Deuxième Sexe, Tome 2, L'expérience vécue, Simone de Beauvoir, Gallimard, 1949 - page 13

Une blonde ça réfléchit de temps en temps

Qu'ai-je enfanté entre ma vie d'écrivaine et ma persévérance dans le tango?

 

Est-ce un enfantement vain, ce long travail d'écriture, quand, esclave de l'égrégore du Rio de la Plata, et de son tango, mes mots se confrontent à la réalité du bal, de son étreinte; dire qu'il a été déposé dans mon ventre les secrets du tango argentin, les secrets du guidage et de la connexion; me voici, avec le rythme dans la peau, maternelle et femme lascive, à la fois souveraine et soumise, en perpétuelle gestation; la semence du tango m'a remplie et je ressens dans mes entrailles le bouillonnement de la vie, dans sa dimension charnelle, la plus sensuelle; et monte des interstices de la roche astrale, une prélude à la gloire de Vénus, et se déversent encore dans ma gorge déployée, des promesses, des intentions; du coït d'un inconnu avec une blonde qui rêve d'avoir des lèvres pulpeuses, un décolleté avec du monde au balcon, et une perle nacrée en lieu et place du petit oiseau, vais-je avorter d'une féminité et de sa forme qu'à moitié esquissée, vais-je me replier dans une communauté gay et me contenter de me laisser engrosser sans faire des manières, ou aurai-je le courage ambitieux de me refaire une virginité en acceptant d'être le cul entre deux chaises; asexué? androgyne bon pour le monastère? hermaphrodite qui en bave et se renferme dans sa coquille? Il n'est  du démon que l'entêtement à s'accrocher à une image; karma singulier ô que le mien, qui force à me détacher de la norme, à remettre en question tout ce que les braves gens m'ont expliqué de la vie d'un homme; on ne naît pas femme, et je le constate à présent, on le devient: la forme n'est qu'une illusion, le rôle que l'on veut jouer, que l'on a besoin de jouer, a cette ascendance sur les lois de la chair; que j'aurais aimé être ce castrat, dès mon plus jeune âge, m'évader du carcan des menaces et des moqueries, me faire des perfusions d'oestrogènes avant que la puberté ne ceigne mes hanches, n'étouffe mes glandes mammaires, et ne ronge les ailes du drôle d'oiseau que j'allais être de toute façon... Tel est mon purgatoire? Mon infertilité de fille encore à moitié pucelle? Ou suis-je promise à un accouchement mystique?

Avignon, le 8 février 2017

Une blonde ça réfléchit de temps en temps

L'homosexualité et l'éveil spirituel ~ Extrait choisi dans le livre best-seller d'Eckhart Tolle: Le Pouvoir du Moment Présent:

 

Question - Quand on cherche à se réaliser, le fait d'être homosexuel est-il un avantage ou un désavantage, ou cela ne fait-il aucune différence?

Réponse - Quand vous approchez de l'âge adulte, l'incertitude par rapport à votre sexualité et à la réalisation subséquente que vous êtes "différent" des autres peut vous forcer à vous dissocier des conditionnements sociaux intellectuels et comportementaux, et à vous en désidentifier. Ceci amènera automatiquement votre niveau de conscience à dépasser celui de la majorité inconsciente qui avale sans se questionner les conditionnements qui lui ont été laissés en héritage. Dans ce cas, le fait d'être homosexuel peut aider. Le fait d'être en quelque sorte un étranger, quelqu'un qui ne cadre pas avec les autres et qui se fait rejeter par eux pour une raisoin ou une autre, rend la vie difficile, mais cela vous avantage en ce qui concerne l'illumination. Presque par la force des choses, cela vous fait sortir de l'inconscience.

D'un autre côté, si vous établissez le sens de votre identité à partir de votre homosexualité, vous êtes sorti d'un piège pour tomber dans un autre. Vous jouerez des jeux et des rôles qui vous seront dictés par l'image mentale que vous vous faites de vous-même en tant qu'homosexuel. Vous ne serez plus réel, et sous le masque de l'ego vous serez très malheureux. Si c'est votre cas, alors le fait d'être homosexuel sera devenu un obstacle. Mais vous avez toujours une seconde chance, bien sûr. Le tourment aigu peut s'avérer un grand éveilleur de conscience.

Citation: Le Pouvoir du Moment Présent, Guide d'éveil spirituel, Eckhart Tolle, éditions J'ai Lu Bien-être, page 191

Une blonde ça réfléchit de temps en temps

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Gribouille 06/02/2017 16:58

Le regard de l autre: qui nous fait exister ou nous empeche d exister. Le miroir: id.
Faut s en tenir avant tout a notre propre regard interieur. Les nuits en solitaire a ecrire sur un blog le permettent sans doute. Vive les insomnies. moi j en ai pas.

Frédéric Zarod 06/02/2017 17:53

Oui s'en tenir à ce regard intérieur, en essayant de trier le bon grain de l'ivraie. Ecrire, sans doute une thérapie. "L'essentiel est invisible pour les yeux", au plaisir Gribouille